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Gouvernance et brigandage !

Gouvernance et brigandage !








Après celle du Sénat, saccagée par les quatre farouches sénateurs de l’opposition, c’est au tour de la salle de séance de la Chambre des députés qui a été rendue méconnaissable par une déferlante de violence. Chaises et bureaux jetés à même le sol, système de sonorisation endommagé. Tous ces actes de protestation en dehors de toute justification laissent pantois les observateurs. Le fil du dialogue déjà ténu entre la majorité présidentielle et la minorité de l’opposition s’est rompu dans le fracas des chaises brisées par des mandataires du peuple, frustrés de ne pas pouvoir infléchir la courbe imprimée à la chose publique par une majorité triomphante et menée à la baguette par un nouvel « animal » politique en la personne du président de la Chambre basse.

On a appris récemment qu’un incident similaire s’était produit lors d’un examen à l’Académie de police -une institution pourtant appelée à garantir la discipline et l’ordre sur l’ensemble du territoire-. On a aussi les mêmes étranges incidents: bris de vitres et chaises renversées avec une rage peu contenue.

Une situation quasi-générale qui prouve que s’est installée au sein de nos administrations une violence sourde. Elle est à n’en pas douter le résultat d’une double crise de confiance et de légitimité au niveau des différentes hiérarchies qui assument les destinées de ce pays. C’est aussi la manifestation d’un climat délétère qui recule dramatiquement les bornes de la violence. Désormais, il n’y a plus de violence légitime ou illégitime, elle semble être la voie royale par laquelle passent tous les conflits. Un discours nihiliste basé sur le dénigrement a, ces jours-ci, bonne presse et devient le lot quotidien des Haïtiens.

Dans la rue se répand une violence à ciel ouvert comme une épidémie, et qui relève de l’irresponsabilité d’un « État » en pagaille et d’un environnement social fébrile. Au Sénat et à la Chambre des députés se multiplient les scandales politico-financiers et les manifestations d’autodestruction des symboles de la République. La séance de ratification du Premier ministre s’est finalement tenue dans une ambiance à couper au couteau. En dépit de sourires goguenards affichés par certains députés, la tension était palpable. Le président de la séance a dû rappeler que le port d’armes était interdit dans l’enceinte du Parlement.

Chaque jour qui passe expose l’inanité d’une gouvernance qui part dans tous les sens. On assiste aussi incontestablement aux faiblesses d’une société civile et politique balkanisée qui trouve un peu de réconfort et d’unité que dans son opposition tous azimuts aux tenants d’un pouvoir décrié, sans pour cela parvenir à varier l’offre politique.

Il faut donc revoir toutes les cartes, c’est à dire, les stratégies de lutte qui n’arrivent pas à se départir de l’horizon du dechoukay et de la menace. Envisager la construction enfin de cette « unité historique de peuple », apprendre à planifier sur quatre cinq ans, non pas seulement en misant sur la chute d’un président ou sur l’avènement d’un homme ou d’une femme providentielle.

Construire de vraies alternatives à la gouvernance exige que nous prenions le temps de revoir le pacte social haïtien, et surtout de comprendre comment déboulonner la mécanique de l’exclusion.

Dans un domaine aussi fondamental pour notre avenir, les bonnes résolutions conjoncturelles sans la définition scientifique des voies et moyens nous conduiront droit dans le mur. On a déjà fait l’expérience ces dernières années.

Un intellectuel engagé a proposé que des millions d’Haïtiens se tiennent pour quelques heures au bout des routes ou s’asseyent au milieu de la rue pour crier sans violence leur ras-le-bol. C’est un petit bout de piste à explorer pour faire du réveil démocratique haïtien, un mouvement pacifique et populaire, loin des menaces et des manifestations mortifères et autoflagellatrices.

Roody Edmé



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