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Les Haïtiens sont humiliés

Les Haïtiens sont humiliés



Les temps de dictature et de chaos, aussi opposés peuvent-ils être, se rencontrent de manière assez troublante à chaque fois qu’il faut faire peu de cas du respect des droits de l’autre. De l’ennemi à abattre. Puisqu’être en politique suppose la poursuite de l’illusion de gagner. Par tous les moyens. Avec toutes les armes possibles, imaginables et accessibles.

Naïvement, le citoyen, même celui qui vit de petites rapines ou de grand banditisme, croit ou espère que certaines institutions républicaines concourent à la défense des intérêts citoyens et bonifient les valeurs et les principes du système politique adopté pour la gestion des affaires de la République.

Il est vrai que nous avons connu, des fois aimé et supporté, des dirigeants indignes et incapables de prendre conscience des devoirs et des responsabilités liés aux fonctions qu’ils occupent. Soit ! Mais, aujourd’hui la République ne s’éloigne pas simplement des grands champs de la démocratie et de la gestion honnête, elle humilie ses citoyens. Jusqu’à ceux qui ne demandent pas plus qu’une promesse, qu’une explication sibylline, qu’un petit faire semblant pour se fermer les yeux et se contenter de croire qu’il faut kite peyi a mache.

Oui, les Haïtiens sont humiliés et c’est même devenu le sport préféré de ceux qui peuvent se permettre d’abuser, profitant de leur pouvoir ou de leur position dominante. En accumulant les stupidités, les manquements au devoir, les insultes au bon sens, les accrocs à la dignité humaine, les Haïtiens détestent de plus en plus leur image et n’osent plus se présenter aux autres. Quand nous nous sentons humiliés, nous avons envie de nous cacher. De nous enterrer vivants. Sauf que nous ne pouvons nous en prendre qu’à nous-mêmes ; et les autres, à distance, nous regardent avec pitié et amusés. C’est dur de ne pouvoir pointer du doigt un bouc émissaire. Ce n’est plus la malveillance des journaux américains qui ont convaincu le monde entier que le sida avait des origines haïtiennes ou l’arrogance niaise de M. Trump qui inventa, à notre grand désespoir, le concept de shithole country.

Du cynisme qui caractérise la pratique de la politique à l’approximation dans la gouvernance, les Haïtiens sont humiliés parce qu’ils ne sont pas respectés. En osant un inventaire à la Prévert, nous pouvons citer pêle-mêle l’image du policier qui se bat, à coup de jerricane, contre un conducteur de taxi-moto, des sénateurs suspectés du pire et qui se défendent avec toute la maladresse du monde, un jeune de 22 ans, dans un mouvement qui n’a même pas le mérite d’être révolutionnaire, qui envoie le président du Sénat à la chasse et pique sa place.

Et, cerise sur le gâteau, ils ne sont qu’une petite vingtaine pour cent des enfants haïtiens scolarisés à avoir retrouvé leurs camarades de classe cette année. Ce pic de la discrimination est validé et applaudi par un État dont l’existence est, en principe, légitimée par des valeurs de solidarité et de défense des intérêts des plus faibles.

Avoir faim, ne pas pouvoir se déplacer, avoir peur, c’est beaucoup. Se sentir humilié est le sentiment de trop.

Jean-Euphèle Milcé





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