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La révolte des gallons jaunes

La révolte des gallons jaunes








La semaine dernière, le pays s’est fermé comme un parapluie. Depuis un mois, une rareté d’essence a mis en boule les nerfs des usagers. Mais elle a surtout fait partir au galop une inflation qui réduisait déjà le panier de la ménagère à sa plus simple expression.

Sans mot d’ordre politique, le pays s’est encore soulevé comme en juillet 2018, avec cette fois moins de pertes matérielles. Il n’a pas eu besoin de commandos aux ordres pour « chauffer » les quartiers. La révolte populaire, naturelle, « chlorophyllienne », pour parler comme l’écrivain Régis Debray, s’est dirigée contre les responsables du pays qui n’ont pas su gérer une crise aussi grave et potentiellement dangereuse pour la souveraineté nationale.

Il existe dans la population une totale incompréhension des faits politiques ubuesques se déroulant sous nos yeux. Deux gouvernements pour un même président. Un Premier ministre démissionnaire, mais qui, un tant soit peu, cherche à tenir le gouvernail d’un « bateau ivre » ; un Premier ministre nommé et ratifié par l’une des deux chambres du Parlement, mais qui se retrouve pris dans une flopée de scandales dont on ne comprend les tenants et aboutissants. Ce lundi 23 septembre, une tentative de ratification forcée au Sénat s’est terminée dans un vrai cauchemar pour les habitants de la zone métropolitaine. Quant au président, s’est-il emmuré dans un silence de déprime ou d’impuissance ? Il s’accroche à son pouvoir au nom de la Constitution et les lois d’une République étrange et plus que jamais exterminatrice.

En face, une opposition radicale, résolue à renverser un pouvoir décrié au prix de hauts sacrifices qui, à la longue, finiront par rendre encore plus rachitique et improductive, une économie déjà exsangue. Mais alors que faire ?

Un des leaders du Parti au pouvoir a tenté avec audace, ce que l’historien Lesly Manigat avait appelé en son temps une percée louverturienne. En effet, Liné Balthazar, du Parti de la Présidence, a, dans un communiqué, demandé au chef de l’État de faire bouger les pions sur l’échiquier. L’attentisme politique au milieu d’une déprime générale ne peut qu’enfoncer ce pouvoir dans des bas-fonds historiques insondables. Ce communiqué semble fonctionner comme un appel d’air pour un pouvoir suffocant sous le poids de son inactivité et de sa paralysie politique. On dirait des hommes d’État frappés d’une sorte « d’Alzheimer spirituel » comme dirait le pape François. Tout se passe, comme s’ils se contentaient de nager dans les eaux basses de politiques néfastes et de se défendre maladroitement des vrais faux scandales qui accablent une gouvernance pétrifiée.

La sortie solitaire de Balthazar est restée lettre morte, et le président du PHTK vite désavoué par ses pairs s’est de nouveau emmuré dans un turbulent silence. En attendant, faute de pouvoir convaincre ses concitoyens, le Président décide de prendre une certaine distance et de s’adresser au monde entier, depuis la tribune des Nations-Unies. Il y aura peut-être une conférence de presse au salon diplomatique, si le voyage se confirme.

L’opposition, en dépit de l’arrivée des premiers tankers de pétrole, continue sa mobilisation nationale, mais ne rassure pas encore sur ses véritables intentions. Elle semble décidée à avancer avec le « lock » sans tenir compte assez du rythme de vie d’une population au bord de l’épuisement. Toutes les rues sont jonchées d’innombrables piles de détritus et des entreprises ferment en raison de la morosité du climat. Le « lock » est redoutable comme outil politique, mais constitue une arme à double tranchant. Si elle affecte peu ou prou des politiciens peu scrupuleux du pouvoir, il sabre douloureusement dans les domaines liés à l’économie, l’éducation et la santé. Sans parler de l’ordre civil livré aux bandes armées qui ont une puissance de feu supérieure à la police.

L’opposition est en position de force sur certains points, mais ses divisions séculaires, ses difficultés à opérationnaliser ses différentes alternatives prolongent l’agonie d’un pouvoir moribond et infligent de dures souffrances à une population exposée à tous les dangers.

Un puissant homme d’affaires qui affirme avec sincérité faire partie du « système », mais décidé à jouer au « Gorbatchev », indique une « voie » de sortie. C‘est de bonne guerre, une proposition qui a le mérite d’exister. Mais cela ne saurait suffire. En plus de projets crédibles et de deux ou trois partis politiques modernes, Haïti a besoin d’un grand mouvement national patriotique, rassemblant des secteurs opposés, mais décidés à habiter ensemble, qui servirait de rampe de lancement au nouveau départ que nous voulons tous. Autant une société a besoin de diversité d’opinions, autant les divisions gérées à ciel ouvert, dans nos rues assassines, lui sont préjudiciables et nocives : on est payés pour le savoir.

Roody Edmé



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