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L’art de la destruction

L’art de la destruction








Et si les crises n’étaient que de simples outils aux mains des maitres de l’économie haïtienne pour créer ou développer des marchés ou des zones de production ? Dans cet ordre d’idée. La crise haïtienne ne serait pas une fatalité, mais une stratégie pour préparer l’avenir. Il est évident que le traumatisme des Haïtiens, leur perte de confiance dans les institutions publiques, leur détestation de leurs lieux de vie, qu’ils soient en milieu paysan ou citadin, sont des éléments desquels les bâtisseurs d’empire peuvent tirer d’énormes profits.

Naomi Klein, la très lucide journaliste canadienne de gauche, explique dans son livre "La stratégie du choc", avec force d’arguments, que le capitalisme se nourrit des chocs engendrés par les désastres politiques et environnementaux. Il suffît de considérer les raisons inavouées de déclenchement des dernières grandes guerres, du financement de déstabilisation des régimes dérangeants, de la fabrication de nouveaux leaders jouisseurs et décérébrés pour comprendre que la thèse de Klein, un travail de spécialiste, tient la route et reste d’actualité. Aussi en Haïti.

Nous avons appris en Haïti à défendre les acquis de la démocratie et à construire, pour le chic et le semblant d’engagement, des discours, dans nos livres et nos prises de position publiques, humanistes et conformes à la promotion des droits de l’homme. Mais, nous oublions que même les écoles que nous créons en réponse à un système failli, sont des outils de captation des capitaux et de pression sur les portes-monnaies des pauvres. Le beau, le cher et le sérieux ont poussé et grandi sur les ruines de l’Université d’État d’Haïti (UEH), avilie, brûlée, rendue infréquentable. Il y a toujours du bon dans la destruction.

Depuis quelques semaines, Haïti est un pays laminé par les désordres sociaux et politiques. Une quantité non négligeable de la population exige qu’on leur permette d’acheter du carburant, qu’on leur restitue un peu de dignité, que des corrompus soient jugés, que les coûts de la vie soient maitrisés, que la misère recule, que les armes se taisent et que les responsables politiques arrêtent de se cacher derrière leurs éphémères privilèges. Comme pour compléter le tableau de la catastrophe, pour la rendre totale, des inondations ravagent Petit-Gôave et Gonaïves. La terre aussi a tremblé dans le Sud. Du feu à Port-au-Prince et de l’eau furieuse ailleurs !

Les désastres sont comme du pain béni pour les stratèges du choc. À défaut de pouvoir commander un tremblement de terre sur mesure ou rectifier les parcours et la force d’un ouragan, ils peuvent aisément créer les conditions de la fragilité de tout un peuple et de son territoire. Il ne fait pas de doute qu’un peuple vulnérable à l’excès et traumatisé par des désordres sociaux et des catastrophes soi-disant naturelles, est plus enclin à accepter d’être dirigé par ceux qui se revendiquent d’un capitalisme inhumain. Ce système qui n’existe que pour imposer des mesures inégalitaires et convaincre les élites à les défendre. La suite promet. Du plein emploi et de la désespérance.

La mesquinerie tue et blesse.

Jean-Euphèle Milcé



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