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Brisons le mauvais sort !

Brisons le mauvais sort !








La situation politique et sociale a atteint ces derniers jours de sommets que l’on croyait encore infranchissables. Tout a commencé le lundi 23 septembre, avec la tentative de ratification du gouvernement décrié du Premier ministre Fritz Michel. À l’occasion s’en est suivie une véritable bataille rangée dans un Sénat coutumier du fait, avec cette fois, tir au pistolet et un décor scatologique.

Tout se passe comme si, cette dégradation, tant au propre qu’au figuré, de la Chambre haute constituait pour les fauteurs de cet acte troublant et peu reluisant, le résultat fracassant de l’échec d’une législature qui finit noyée dans la fange. Un véritable déshonneur pour nos « honorables », mais aussi une image pas très propre pour notre démocratie.

Toute la journée du 23 septembre, on a vu un peuple lancé dans une véritable chasse à courre contre des sénateurs accusés de vouloir voter clandestinement pour un gouvernement décrié. Au passage quelques manifestants en colère en ont profité pour raser des entreprises qui n’étaient pas pourtant estampillées PHTK. On appelle cela en période de conflit des dommages collatéraux, mais qui dans le cas d’Haïti, affectent très profondément une économie déjà sinistrée.

C’est dire que la précarité abjecte dans laquelle patauge une majorité d’Haïtiens vivant en permanence aux frontières de l’insécurité alimentaire fait le lit des frustrations extrêmes, et l’explosion de colère en découlant n’en est que plus aveugle.

Mercredi 25 septembre à 2 heures du matin, le président de la République s’adresse à la nation. Va-t-il annoncer de graves, mais importantes décisions historiques pour nous sortir du chaos quotidien ? Nenni, le discours tombe à plat et s’étale comme de la confiture. Dans son intervention nocturne, il appelle à une trêve politique, mais réveille brutalement les foules endormies sur les barricades. Et ce fut un peu partout le déclenchement de révoltes urbaines, et de batailles rangées dans les rues de nos principales villes. Le discours du chef de l’État aura jeté de l’huile sur le feu, déjà alimenté par le souffle courroucé de certains activistes populaires talk-shows.

Frédéric Marcellin dont la citation a été reprise par l’historien Jean Fouchard dans son œuvre posthume sur l’Histoire d’Haïti affirme : « En politique, c’est souvent quand il n’y a pas de nuages à l’horizon que l’orage éclate, cela ressemble à ces coups de tonnerre qui en plein midi d’été et par un brillant soleil déchirent l’atmosphère ». Dans le cas du Président Jovenel Moise, les nuages s’amoncellent depuis des mois et les réponses viennent souvent trop tard dans un monde plus que troublé. La magnitude du soulèvement souligne l’impopularité des politiques actuelles et le manque de tact de nos élus.

Les provocations accumulées ont donné du blé à moudre aux plus radicaux de l’opposition. Les évènements de la semaine dernière ont encore une fois mis en lumière les faiblesses d’une gouvernance en ruine et devenue pour le coup, ruineuse pour une économie moribonde.

L’opposition semble trouver son unité dans le principe de la révolte permanente, toute pause prolongée risque de faire apparaître d’impressionnantes lignes de faille, d’où peuvent émerger les vieux fantômes de l’histoire. Toute nouvelle prise en charge du pays, à quelque moment qu’il puisse advenir, doit veiller à la non-reproduction du passé : dénonciations fausses, délation et terreur fascisante.

Une question demeure, lorsque reviendront la paix et la gouvernance que nous appelons de nos vœux, que deviendront les commandos ensauvagés par la précarité et dopés par le pillage ? Comment allons-nous gérer cette haine sociale accumulée depuis des lustres ? C’est Marcellin qui le dit encore : « Port-au-Prince n’a pas un carrefour ou une place publique qui n’aient pas été marqués du liquide rouge. Comme on n’a pas l’air de changer d’habitude, la mort naturelle sera l’exception et la mort violente la règle ».

Comment changer la donne pour que notre pays rentre enfin dans une ère de paix et de prospérité, loin des aspérités douloureuses des luttes sanglantes pour le pouvoir ? Aujourd’hui les rois sont nus, tant au pouvoir qui bégaye sa gouvernance que d’une partie extrême de l’opposition qui prône l’hallali purificateur.

Notre consœur Huguette Hérard croit qu’un peuple qui a conjuré le destin funeste de l’esclavage est capable d’un nouveau miracle historique ! Nous lui donnons acte.

La mobilisation citoyenne qui semble reprendre un peu partout est, quoi qu’il en soit, la manifestation d’un peuple toujours en marche pour vaincre le signe indien des politiques néfastes.

Roody Edmé



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