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Les veines ouvertes d’Haïti

Les veines ouvertes d’Haïti








Le vendredi 4 octobre, l’opposition au régime du Président Jovenel Moïse a montré sa grande capacité de mobilisation. La plupart des grandes villes du pays ont vécu un état insurrectionnel qui dit long sur le front du refus qui se manifeste contre un pouvoir décrié. Toutefois, cette date a été une occasion pour la coalition de l’opposition d’envoyer un message aux ambassadeurs occidentaux qui composent le Core group. Il se trouve que pour la « communauté internationale », l’inquiétante situation haïtienne ne saurait se résoudre que par le dialogue entre l’Exécutif et la coalition des opposants. Or dans notre culture politique, le mot dialogue a toujours rimé avec perte de temps, exercices en futilité, signature donnée puis retirée. Et il se pose toujours, dans ce cas comme dans d’autres, la question du « marronnage » dont on a fait un sport national.

La méfiance ou la crise de confiance, avatar d’une société abusée, s’ajoutent à ce que certains considèrent comme les « malices » du pouvoir. Ne dit-on pas que « le pouvoir est ombrageux même dans ses largesses » ? Le récent ballon d’essai lancé par le conseiller de la présidence et maire des Cayes Gabriel Fortuné, à savoir que le Président était prêt à mettre son mandat sur la table, dans le cas d’élections anticipées, est apparu aux yeux de l’opposition comme une proposition indécente.

Si la première partie de ladite proposition pourrait être un excellent point de départ à de fructueuses négociations, la question électorale est dans notre pays, une problématique plutôt létale. Elle constitue la « mère » de toutes les batailles y compris armées. Et même quand le président affirme dans un discours « il n’y aura pas de passe courte », sous-entendu il n’est pas sur le terrain politique pour passer le pouvoir à ses amis. Cet acte de foi tombe dans les oreilles de ses adversaires comme une feinte de corps, un leurre pour tromper la vigilance de ses opposants pas prêts à se faire duper.

En dehors de la question de corruption qui vide les maisons et déverse le peuple dans les rues, il y a pour les leaders politiques la question cruciale de l’arbitrage électoral : qui va assurer la fameuse transition devant conduire au renouvellement du personnel politique ? Peut-on avoir confiance dans l’actuelle équipe au pouvoir et dans l’ensemble des élus dont la tentation peut être grande de verrouiller leurs postes.

Nos élections ont été depuis longtemps une affaire de trafic d’influence. Ces dernières années, le recyclage du « big money » et la pression d’hommes armés ont achevé d’hypothéquer lourdement le processus. Toute chose qui ne fait pas régner la confiance dans un environnement où chacun s’observe en chiens de faïence et connaît les armes de l’adversaire pour les avoir soi-même utilisées.

Les trois semaines de lock ont largement démontré la capacité de l’opposition à bloquer le pays, et les faiblesses du gouvernement. Cependant, la stratégie du siège peut se révéler payante en cas de guerre, mais dans une bataille politique, elle comporte certains risques. Le bilan commence à être incroyablement lourd pour toutes les catégories sociales. Certains chroniqueurs renommés dans des articles de belle facture affirment avec une jouissance, à peine contenue, que la colère du pauvre aura enfin raison de l’exploitation du prolétaire par une bourgeoisie inconséquente. L’argument est d’un charme à la fois poétique et révolutionnaire. Il est chargé d’espérance, mais la réalité sur le terrain est plus prosaïque. Tout le monde prend des coups dans une colère qui devient folie destructrice, parce que trop longtemps contenue. L’opposition sait qu’elle détient une arme à double tranchant, et la création de la commission de facilitation est peut-être une occasion de laisser ouverte une fenêtre d’opportunité pour des discussions. Qui sait ?

Les responsables de cette alarmante situation, que nous vivons au quotidien, sont connus disent les évêques haïtiens qui visent les actuels élus, et ils doivent prendre leurs responsabilités dans la chronique incendiaire d’une catastrophe longtemps annoncée.

L’opposition et la société civile et même, c’est la dynamique historique qui l’exige, ceux qu’ils combattent devront faire preuve d’imagination et d’intelligence pour inventer une ingénierie sociale qui doit construire enfin un pays normal. Et le gouvernement de son côté, faire les concessions qui s’imposent pour ne pas dangereusement enrayer la roue de l’Histoire.

La bataille ne doit pas prendre fin faute de combattants ou de…pays ! Les acteurs quels qu’ils soient devront être à la hauteur de moments si troublés. Sinon la chute sera interminable.

Roody Edmé



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