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Dialoguer et laisser mourir

Dialoguer et laisser mourir



Une croix blanche, plantée quelque part. Des voisins, des
camarades, des parents qui pleurent un adolescent mort sans soin
et sans égards avec ses bras entravés par des menottes de la
Police. Une vingtaine de nouveaux-nés qui risquent de mourir
faute d’oxygène dans une maternité. Le vacarme de porteurs de
paroles. Le crépitement des flammes. Les bruits de balle.
L’angoisse des menacés de la faim, des représailles, des
dechoukages. La promotion d’une guerre civile (inévitable pour
certains analystes). Les promesses de dialogue. La surenchère
des propositions.

Le temps est mouvant et laisse un trop large boulevard à
l’incertitude. Demain se prépare, en effet, dans une constellation
de paradoxes.

Par ces temps particuliers en Haïti, où nous sommes toujours en
train de rêver des standards, de construire, sans vigueur, un État
de droit, de réviser les modes d’emplois des politiques publiques,
la valorisation des expériences devrait être la base des projections
dans le futur. Une manière de faire profiter aux générations
actuelles les expériences accumulées par les générations
antérieures.

Pourtant, nous vivons avec l’impression que nous n’avons rien
appris de notre passé de peuple, que notre histoire nous échappe
et n’a pas pris la place qu’il faut dans notre culture. Ce que nous
vivons aujourd’hui dans le pays est, en vérité, sans commune

mesure avec tout ce que nous avons connus jusqu’ici.
Autant qu’il est vrai qu’il ne reste que le dialogue pour arriver à un
dénouement de l’actuelle crise haïtienne acceptable pour tous,
nous devons admettre que l’acte même de fonder la nation
haïtienne est le résultat d’un processus moderne de dialogue entre
des individus, de couleurs et d’intérêts différents, qui devaient
naturellement se détester. Au delà des points de vue divergents et
des coups bas, un consensus a été trouvé autour de l’idée de
fonder une nation.

Par ces temps de révolte, de dénonciation des pratiques de
gestion du pouvoir et des ressources qu’il génère, de mise en
accusation des stratégies violentes, existe-t-il au moins un
mécanisme capable de rapprocher les citoyens haïtiens ?

Le dialogue est à la base de la fondation d’Haïti et nous parlons
librement d’inclusion depuis près de quatre décennies. Pourtant,
nous n’avons rien fait pour développer la culture de la démocratie,
se basant essentiellement sur la permanence du dialogue, chez
les haïtiens à tous les niveaux.

Les trahisons, les promesses fallacieuses, les mensonges
stratégiques, les instincts mégalomanes, les techniques
cleptomanes, ont fait le lit de la situation chaotique actuelle.
L’Haïtien et l’État de droit, même en construction, n’ont pas
toujours été respectés. Les tenants du pouvoir, qu’ils soient
derrière les barricades ou dans les couloirs du Palais, n’ont jamais
compris que quiconque, peu importe la place qu’il occupe dans la
société, doit être écouté et respecté.

Pour commencer, bien avant de créer les conditions idéales de la
stabilité, les acteurs devraient comprendre que rien ne vaut la vie
et la dignité humaines. Nous connaissons tous les refrains
fredonnés de temps en temps par les guerriers, les pragmatiques,
les hommes responsables et les garants de l’ordre public : « pas
d’omelettes sans casser des œufs », « il faut protéger la société
des délinquants ». Mais, au delà des pertes effroyables pour
l’économie et la crise humanitaire qui guette, des dizaines de mort
sont enregistrés. Hier, une dame d’un certain âge, atteinte d’une
balle perdue au Cap. Aujourd’hui, un adolescent menotté et gardé
6 jours, jusqu’à sa mort, par la Police dans un centre hospitalier. Il
est mort pendant l’intervention.

Les mous, hypersensibles, qui pleurent à chaque mort inutile, ont
aussi besoin de se faire entendre.

Jean-Euphèle Milcé




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