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Le bal des artistes

Le bal des artistes



Voilà une manifestation qui en aura surpris plus d’un. Annoncée sans trop de pompe, et pourtant, elle a drainé des dizaines de milliers de personnes. La marche des artistes a rejoint ainsi le cri prolongé de tout un peuple refusant aussi bien l’indigence sociale que la politique-fiction. Une population qui rêve d’un pays, et qui rejette par tous ses pores l’ordre ancien. C’est ce peuple revendicatif qu’on a vu défiler, au rythme de chansons de carnaval, avec dignité, dans une organisation presque parfaite et de manière pacifique. Beaucoup de personnes qui suivaient la manifestation en direct sur nos chaines de radio et télévision sont spontanément descendues sur le macadam rejoindre les protestataires qui appelèrent à « l’unité de tous les patriotes pour un changement « total kapital ».

Des membres du secteur économique regroupés au sein de nos chambres de commerce ont semblé avoir compris qu’ils n’étaient plus question de se mettre la tête dans le sable. Devant le péril qui guette la nation, toutes les chambres de commerce ont fini par adopter une position commune demandant que les choses changent. Même position adoptée par la Conférence des recteurs, présidents (CORPUHA).

Mais pour ne pas être un nouveau leurre, ce changement doit passer par une refonte des mentalités. Comme le dirait, le docteur Jean Price Mars, une nouvelle vocation de l’élite. Les nouvelles pratiques devront être innovantes, modernes et empreintes de solidarité. Ce dernier concept fait défaut dans cette société déglinguée, véritable machine à exclusion qui entretient avec une intelligence diabolique une précarité tuant l’humain en nous. Une violence symbolique et économique qui transforme en hordes violentes de milliers d’âmes assoiffées de justice sociale. Et ce système inique ne date pas d’aujourd’hui : d’où ce phénomène de résurgence du même à laquelle nous assistons régulièrement.

Cette révolution dans les idées et nos pratiques ne devra pas être une simple posture idéologique, une empathie de façade pour se donner bonne conscience. Le changement de paradigme qu’on évoque si souvent tout en faisant le constat clair et net de nos lâchetés, nos négligences, nos individualismes suicidaires, doit aussi éviter la nouvelle tendance d’une pensée totalitaire et totalisante qui paralyse le débat politique. Il est interdit d’interdire les pensées contradictoires en cultivant nos détestations qui sont déjà si nombreuses.

Le changement que nous souhaitons tous doit s’arrimer à la liberté de penser, loin de toute forme de mandarinat idéologique, et de pression par le nombre au nom de la liberté. Combien de fois dans notre Histoire n’avons-nous pas tué la liberté en criant « vive la liberté » ? Aujourd’hui la remise en question doit être profonde pour éviter de tourner en rond, en recyclant les vieilles pratiques du passé faites d’intolérance, d’indigence sociale et de médiocrité politique. La mise en place d’un nouvel ordre économique favorisant la création de richesses et l’emploi est une obligation dans tout programme politique conséquent. Il s’agit d’une condition essentielle à la cohésion sociale actuellement inexistante.

Le principe clanique et malsain du « tout pour mes copains » nous a conduits au bord d’un gouffre insondable poussant le « peuple revendicatif » à se livrer dans nos rues à de grands feux de détritus servant de barrage et de barricades improvisées. Une manière de refuser cette vie piégée dans l’horizon indépassable de la paupérisation.

La manifestation de ce dimanche renoue avec les grands rassemblements d’octobre ou de novembre dernier qui réclamaient de toutes les élites, la fin de ce que nous avons appelé dans les colonnes de notre journal : la reproduction du même. La fin de ces parties de casinos politiques où l’on mise sur un pouvoir pour s’enrichir jusqu’au prochain « dechoukay ».

On aura besoin d’une certaine intelligence politique, car comme aime à le répéter un ami écrivain, « il y a ceux qui prennent la rue et ceux qui prennent le pouvoir ».

Il est indispensable de faire preuve de créativité et ne pas utiliser tout le temps la même arme de mobilisation, le lock, qui finit par user notre économie et renforce notre dépendance. Les actuelles autorités devront cesser de faire l’autruche face au drame national qui se joue.

Car on devra un jour penser à la reconstruction. Les ruines de la bataille en 1804 nous ont rendus affaiblis, et saignant par toutes nos veines, nous voici démunis face à un monde agressif et sans pitié. Aussi, faudra-t-il un jour passer par la case dialogue, sans compromis mous, pour nous libérer au plus vite des serres de la précarité en temps de « guerre ».

Roody Edmé




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