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« Passerelles » : Un mouvement est né

« Passerelles » : Un mouvement est né



La crise est à son comble. Le pays n’en peut plus sur le plan économique, pendant que les fractures sociales s’agrandissent à un rythme exponentiel. La classe moyenne est carrément à terre. La paysannerie est coupée des centres urbains et ne peut liquider sa production sur les marchés. Le président s’enferme dans son palais et dans ses raisonnements d’un homme qui se croit persécuté.

Il aurait décidé, raconte-t-on, de prendre le taureau par les cornes, mais le public de la corrida a déjà déserté les lieux. C’est vrai que notre culture politique veut que nous descendions en flamme un seul homme, alors qu’il s’agit d’un ensemble de pratiques séculaires et de tout un « système ». Toutefois par-delà les luttes de pouvoir et les gueules de méduses pointant à l’horizon, il y a dans cette mobilisation quelque chose de plus profond, une sorte de vague contre une certaine manière de faire les choses et qui prend sa source vivifiante chez les jeunes, les paysans. Ne sont-ils pas les principales victimes du système honni ?

Cette levée de boucliers n’est pas propre à Haïti. Elle se manifeste tout aussi bruyamment au Chili ou en Équateur, au Liban comme au Honduras. Les peuples s’indignent un peu partout sur la planète contre les obstacles au bonheur humain.

Il y a comme une sorte de transhumanité qui veut s’affirmer, quelle que soit la latitude considérée ou l’idéologie en question, à Hong kong , à Managua, ou à Quito. La marche des peuples pour un avenir meilleur doit être prise en compte, d’autant qu’elle se réalise au prix de grandes souffrances et de morts.

En Haïti, le président a bien compris qu’on en voulait au système, il a malheureusement considéré dans son dernier appel à la nation, qu’une partie de l’iceberg. La pointe qui le dérangeait le plus sur le plan politique. Or il s’agit dans ce mouvement, n’en déplaise à quelques politiciens des extrêmes au gouvernement comme dans l’opposition, de revoir l’ensemble des paradigmes qui fait de notre pays le paria de la planète.

C’est dans ce contexte que des groupes se forment dans la société civile pour réfléchir à ce que serait l’après-Moïse. Ce qui a toujours manqué aux mouvements populaires en Haïti est le leadership critique. Cette avant-garde capable de guider la mobilisation dans le sens des intérêts supérieurs de la nation. La masse critique est bien présente, mais le leadership est souvent confus, désuni, parfois extrême, et qui se fait souvent piéger par ses propres illusions.

Nous avons toujours eu de grands activistes, de combattants acharnés, mais le seul courage ne suffit pas aux vertus politiques. Il faut une vision, un sens de la discipline et de l’organisation, la capacité à varier les formes de lutte. Toute chose qu’une nouvelle structure dénommée « Passerelle » se propose de contribuer à faire naître dans le milieu politique.

Cette nouvelle structure appuyée par plus d’une centaine d’organisations et qui a été présentée vendredi au public de l’Hôtel Kinam veut aider les différents secteurs de l’Opposition et de la société civile à fédérer les quelques propositions de sortie de crise. Ce qui préoccupe les membres de cette « Passerelle » c’est la construction d’un pont entre les différentes entités en lutte dans la perspective d’une résolution pacifique de la crise. La « Passerelle » souhaite pouvoir aider à mettre un contenu novateur dans le mouvement de transition. La nouvelle organisation part du constat que les élites de notre pays n’ont pas souvent joué leur rôle. Elles ont laissé de grands boulevards ou des aventuriers de la politique viennent rouler des mécaniques. Réaliser une fusion critique des projets de transition pour aiguillonner le pays vers la modernité et la stabilité apparaît comme le crédo de ce mouvement issu de toutes les couches représentatives de la nation.

Une tâche noble et ingrate d’autant que toute nouvelle structure éveille la suspicion des uns et des autres dans un milieu où domine une méfiance mortifère confinant à la paranoïa auto-destructrice .

Si cette nouvelle initiative qui se dit en total accord avec les revendications de changement du système, parvient à trouver entre des partis généralement suspicieux une entente cordiale. Ce serait une grande première dans notre Histoire.

Roody Edmé




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