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La société des barricades

La société des barricades



Depuis six semaines le pays est en train d’écrire un chapitre sombre dans son histoire. Du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, la République est bloquée et l’État réduit à sa plus simple expression. Les activités dans tous les secteurs fonctionnent au ralenti ou ne fonctionnent pas. Tout simplement.

Alors que la crise prend de l’ampleur, les acteurs en présence continuent de dresser leurs barricades, durcissent et polarisent davantage leur position. Entre-temps, des centaines de milliers d’Haïtiens sont menacés par la famine. Des dizaines de milliers d’enfants, d’élèves et d’étudiants ne savent à quand ils regagneront leurs salles de cours. En pleine récolte, on ignore les paysans qui ne peuvent plus écouler leurs denrées et on fait peu de cas des entreprises qui abandonnent la barque et laissent sur le béton des centaines voire des milliers de nouveaux chômeurs.

Si l’opposition et le peuple revendicatif occupent les rues en dressant des barricades de pneus enflammés, le président de la République, "garant de la bonne marche des institutions", n’a jamais raté une occasion de dresser ses barricades en s’offrant des boucs émissaires pour fuir le fond du problème. Par cette pratique, il polarise, polémique, à la limite, verrouille les portes du dialogue, si cher à lui et à la communauté internationale.

En février 2018, après dix jours de « lockdown », le chef de l’État s’en était pris aux dealers de drogue et aux gangs armés. Un peu plus tard, il a rendu le Premier ministre Jean Henri Céant responsable pour n’avoir pas pu délivrer la marchandise. Aujourd’hui en panne de fusible, il s’attaque à une frange de la classe d’affaires qu’il accuse d’être responsables des maux du pays.

Donc, aucune part de responsabilité du chef de l’État dans la crise actuelle. Cette situation n’est pas nouvelle. Car, tout au long de notre histoire, nous avons fait l’expérience des dirigeants insouciants et sanguinaires. Tantôt nous avons créé des monstres, tantôt nous avons créé des anges. Sans pourtant poser les vrais problèmes qui minent notre société. Avec l’échec du projet dessalinien, au lendemain de la mort de l’empereur le 17 octobre 1806, la société s’est basculée dans l’inégalité et commence dès lors le règne des barricades entre les différentes couches sociales.

Les inégalités sont criantes tant au niveau de la répartition des richesses qu’au niveau de service fourni. La société est bien scindée : le pays en-dehors, le pays de la ville ; Nèg anwo, nèg anba. Et ces dissensions sociales sont reflétées même dans les pratiques de gouvernance du système économico-politique établi de 1804 à nos jours.

Combien de barricades doivent briser les jeunes entrepreneurs d’aujourd’hui pour avoir accès au crédit, s’ils ne sont pas de la classe aisée ? Que de barricades rencontrées par les entrepreneurs agricoles ? Que de barricades sont-elles dressées contre les jeunes pour rentrer à l’université ? Que de barricades dressées à l’émergence d’une véritable classe moyenne ? Les paysans ? Que de barricades faut-il briser pour avoir accès à un minimum de service ?

De nos jours, toute la société est parsemée d’embûches. Chaque secteur dresse ses propres barricades. Et l’État semble être le principal chef des barricades en se rendant garant, peut-être sans le vouloir, de mauvaises pratiques permettant à ce système qui n’a produit que misère et inégalité sociale, de se perpétuer. Que de barricades, l’État, lui-même, n’a-t-il pas dressées, en accordant des franchises aux plus possédants au détriment des intérêts supérieurs de la nation, du même coup entravant toute concurrence loyale pour d’autres investisseurs ?

Depuis plus de deux siècles d’histoire, l’État n’a fait que se ranger du côté des nantis et construire une société de monopole. Certaines sphères d’activité restent jusqu’à présent la chasse gardée des groupes bien déterminés. L’industrie du textile, les supermarchés, le secteur énergétique, l’import-export, etc. Même des institutions d’État aussi importantes que la Douane, la DGI et l’APN sont contrôlées par des oligarques.

En effet, tout changement de système doit avant tout passer par le changement des pratiques entretenues entre l’État et les différents éléments constitutifs du système en question. Pour réduire les inégalités et construire une société plus juste, il faut lever toutes les barricades d’ordre économique, religieux, racial, social et politique.

Sinon, les barricades des rues sont très loin de s’éteindre.

Noclès Débréus




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