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Besoin de lucidité

Besoin de lucidité



Malgré les hurlements, les chuchotements, les mains cachées de tous ceux qui se battent pour le monopole d’un semblant de proximité avec le peuple, le destin du pays est sérieusement en jeu. Plus que jamais.

Aujourd’hui, le désarroi est tel que les gros bras font des moulinets et se défient par communiqués, tweets, résolutions, conférences interposés. Le peuple revient au centre de la scène et les acteurs de la crise se muent en colporteurs pour offrir la meilleure marchandise nationaliste qui soit et leur affection.

L’image projetée est fausse. Et, il faut admettre que les acteurs ont du courage pour accepter d’être incompris à ce point. Ce n’est pas le pays qui est divisé comme jamais, comme le prétendent tous ceux qui abusent de la parole facile et des arguments intuitifs. La crise peut et doit être jugulée, mais avant tout, il faut comprendre qu’une large partie de la population haïtienne se déchaine contre leurs sœurs et frères de l’élite, placés au pouvoir, des fois par effraction, qu’elle accuse de vouloir accaparer toutes les richesses du pays en s’appuyant sur des pratiques fondées sur l’inégalité et l’injustice.

Ceux qui sont dans les rues, réfléchis ou en colère, en veulent à ceux qui sont insensibles aux revendications de la population. Ils s’en prennent aux clans qui vivent que pour la prise et la conservation du pouvoir. Par tous les moyens. À n’importe quel prix. Ceux qui sont dans les rues détestent les politiques qui prennent le peuple en otage en prétendant le défendre, mais l’utilisent, en réalité, pour surclasser leurs adversaires politiques.

La vérité peut déplaire dans un pays qui se croit, par longs moments et peut-être avec raison, unique et seul au monde. Les Haïtiens ne sont pas les seuls à tenter de renverser le système qui ne fait que produire des inégalités sociales. Ce système, actuellement décrié simultanément dans une dizaine de pays, est un désordre établi par l’histoire et les grands insensibles et créateurs de privilèges et d’opportunités à leur profit exclusif.

Et maintenant, ces faiseurs de monde sont sincèrement (nous nous permettons de le croire) éberlués devant la persistance des barricades, la fermeture des écoles, la déshérence d’une économie qui n’avait, en réalité, que le nom.

Le sujet de la contestation est la déshumanisation des pauvres d’ici et d’ailleurs par la captation de toutes les richesses qui auraient dû être mises au service du bien-être de tous.

Pour commencer, il faudrait, à l’instar de l’arrogant et très à droite président du Chili, demander pardon et trouver le compromis juste et les mesures appropriées pour redonner espoir au peuple qui n’attend que cela.

Ceci étant posé, la Constitution, même imparfaite, comme toute construction humaine, ne peut pas être tenue responsable des échecs et des manquements graves dans la gestion du pays. Pareil pour 1986 ! Au lieu de demander à la population de choisir et de couronner le moins coupable, il faudrait punir les médiocrités bourgeoises ainsi que les pratiques criminelles de la classe politique.

C’est le temps de la répudiation de l’absurde. Personne ne peut se cacher ni derrière le pouvoir ni derrière la voie de substitution. Il y a urgence. Les enfants ont besoin d’aller à l’école, car il ne peut avoir des citoyens honnêtes et responsables sans éducation.

Jean-Euphèle Milcé




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