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Une guerre des tranchées

Une guerre des tranchées



Durant la Première Guerre mondiale, les soldats s’enterraient de longs mois dans des tranchées. Le conflit semblait durer une éternité, sans parvenir à faire bouger les lignes. Tout le monde, les soldats comme les civils attendaient avec impatience l’offensive finale qui devait décider du sort de la guerre et mettre fin aux souffrances.

La situation que nous vivons en Haïti n’est pas loin d’une guerre des tranchées. Le pouvoir s’accroche à ce qu’il croit être sa légitimité et l’opposition radicale est bien décidée à maintenir une mobilisation sans répit. L’entêtement des acteurs et leur manque d’intelligence politique, leur incapacité à trouver une solution dans l’intérêt commun plonge le pays dans un chaos infernal où insécurité alimentaire et gangs armés se conjuguent mortellement.

Les éditorialistes du National n’ont jamais eu de cesse d’avertir nos dirigeants et élites sur la gravité d’une situation insoutenable, qui comme à Beyrouth ou à Santiago font sortir de leur passivité les déclassés et les laissés-pour-compte. Notre pays qui bat tous les records de précarité est le véritable laboratoire d’un chaos post-moderne, dont nous devons nous efforcer de faire émerger quelque chose de nouveau.

Nous avons trop longtemps dansé sur un Vésuve social à peine endormi. Tout particulièrement ces dernières années où agapes et carnavals se sont multipliés.

La situation actuelle est lourde de conséquences pour les vies et le peu de biens matériels dont nous disposons dans ce pays. Les petits marchands et autres colporteurs ne savent où donner la tête. Le panier de la ménagère s’est depuis longtemps crevé, en raison de la ruine du pouvoir d’achat. Les agriculteurs qui ne peuvent livrer leurs produits agricoles les laissent pourrir pour les réutiliser comme fumier. Une mère ne pouvant conduire son enfant à l’école, pleure avec eux, à chaque fois qu’elle doit se charger elle-même des devoirs et leçons.

Les usagers de nos routes nationales sont obligés de payer des droits de passage, non pas au Fond d’entretien routier (FER), mais à des bandes de partageux qui décident d’élever des barricades contre rançons, L’État s’était fait marron et quand il rugit, c’est pour aggraver le conflit multiforme, l’ordre civil se délite dangereusement. Récemment, des riverains de la route de Carrefour sont tombés dans le piège d’un embouteillage provoqué non pas par des agents de la circulation, mais par un gang qui organisait ses propres fouilles de « sécurité ».

Cette réalité ubuesque et mortelle ne semble ébranler nos dirigeants décidés à faire comme s’ils avaient encore le contrôle du territoire. Aux dernières nouvelles, la situation se dégraderait sérieusement dans le Bas-Artibonite, nos correspondants feront pour vous le point dans nos différentes éditions de cette semaine.

L’écrivain haïtien Fréderic Marcelin écrivait déjà au temps des baïonnettes, à l’époque de nos guerres civiles récurrentes : « Dans les guerres civiles, celui qui fait le plus de tapage, qui semble s’être délégué la mission de souffler son ardeur aux autres, qui, à l’aurore court les rues à cheval, traînant après lui sabres, révolvers, et poignards est en réalité celui qui s’expose le moins, du moment qu’il a payé par cette parade son tribut à la chose publique. C’est toujours Frédéric Marcelin qui attire notre attention sur les dégâts de ces conflits de basse intensité : « Quand une prise d’armes et une guerre civile éclatent, le sort du citoyen haïtien n’est guère à envier. Il voit, il sent les fautes commises. Il subit passivement le châtiment de toutes les folies qu’on entasse les unes sur les autres. Il est exactement dans la situation d’un homme enfermé à fond de cale dans un navire balayé par la tempête. Il entend les flots mugir, le navire craquer…sur le récif qui l’éventre ».

L’Histoire, cette radoteuse, fait parfois peu cas de la sagesse des hommes et préfère les boutefeux et les obstinés pour qu’elle ait à témoigner des spectacles sanglants qui plombent notre humaine condition.

Le leadership éclairé que nous souhaitons tous voir émerger devra dépasser les intérêts claniques, dans le sens de la construction d’un pays neuf. En évitant la tentation totalitaire et la terreur sous toutes ses formes qui ensanglantent les causes les plus nobles.

Roody Edmé




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