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Les dangereuses complaisances

Les dangereuses complaisances



La rue (pour et contre, sincères et ambitieux, policiers et bandits, médecins et malades, moralistes et illuminés) s’accroche à la fin du système, ébahie par une terminologie à la mode. Comme s’il s’agissait de la dernière invention. De la dernière trouvaille.

Pour vider une lutte de tout son contenu, il n’y a jamais eu mieux que de la proposer en partage avec des interprétations fragmentées. À dessein, les acteurs abusent d’une parole dénonciatrice et le sentiment d’aberration est total quand elle est portée par des policiers, «rambos» efficaces quand il faut protéger ceux qui peuvent payer. Sentiment d’aberration également quand les médecins sont dix sur cent mètres carrés au Chemin des Dalles pendant qu’à Mare-Rouge, l’agent de santé, sûrement un auxiliaire mal diplômé, n’a jamais su comment faire marcher le tensiomètre électronique qu’un coopérant en mission avait oublié sur place.

C’est plus que bien d’élargir le champ et le régime expressifs, mais il peut-être aussi criminel de s’en servir pour masquer les rapports réels de tous les pouvoirs avec une population qui se contente de la pauvreté, de l’exclusion et du désarroi. En fait, le peu et le rien qu’on lui a laissés.

Il est évident que la bataille paraît mal engagée parce que les acteurs font semblant de ne pas comprendre que la crise n’est que l’expression brutale d’une forme de méfiance vis-à-vis de ceux que le peuple a portés au pouvoir avec sa naïveté, sa passivité, son bulletin de vote, sa contribution fiscale, ses gourdes dévalorisées et sa fascination pour la réussite des autres. Espérant qu’un jour monter en grade pour être représentant légitime, entrepreneur à succès ou chef de gang.

Dans sa dernière sortie sur la conjoncture haïtienne, au cours d’une interview fleuve accordée à la Voix de l’Amérique, le très « amical » créolophile sous secrétaire d‘État américain pour l’hémisphère occidental, Jonh Piechowski, a disserté mécaniquement sur les vertus du « système » garanti par les institutions républicaines démocratiques. Incontournable exigence pour faire ami avec les États-Unis d’Amérique, pays protecteur de la stabilité dans la region!

Pourtant, on aura compris que l’autorité des personnes héritières du monopole du savoir et de la vérité est, par ces temps qui courent, qu’illusion. D’autant qu’il est superflu de rappeler que les politiques, les intellectuels, les professeurs, les notables, les cultivés et les maitres de l’économie ne peuvent plus dicter au peuple « les pratiques éclairées » ni montrer la voie à suivre.

Le peuple sans visa, sans franchise et sans pouvoir se souvient des artisans de l’effondrement de l’Université d’État d’Haïti au profit des nébuleuses de formation chères et mafieuses. Avec la même intensité, le peuple se souvient également de la vente au rabais des entreprises publiques et de l’étouffement de la production nationale pour gonfler la contrebande et amener des pommes et du corn flakes dans son assiette.

Les évolutions monstrueuses des pratiques d’accaparement et de gestion du pouvoir ont généré des revendications populaires « sauvages », avec leur part de totalitarisme, qu’il faut apprendre à affronter avant qu’il ne soit trop tard. Et ce n’est pas par la polémique, les rafales de tir, les slogans interchangeables, qui quelque part nuisent à l’objectivité, que nous allons changer la donne. Changer le système.

Le peuple est formé au combat que lui impose sa propre histoire. Il lorgne la grande case Parque qu’il sait que c’est à l’intérieur que les maitres profitent seuls de la richesse, symbole absolu du système, produite par tous.

Le système est aussi une boîte de complaisances. Et ce sont ces circonstances prises au sérieux qui peuvent renouveler la démocratie

Jean-Euphèle Milcé




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