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Le Monde ne tourne pas rond !

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Les sociétés connaissent en ce premier quart de siècle des mutations et des révoltes qui témoignent d’un profond malaise social. Une contestation partie en juillet 2018 à Port-au-Prince, à la suite d’une hausse brutale des produits pétroliers, a surpris non seulement le Gouvernement mais la société haïtienne dans son intégralité. La puissance sismique du mouvement pour une question d’ajustement du prix des produits pétroliers a fait ressortir qu’il ne pouvait s’agir que de la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de l’injustice sociale.

Un vase rempli à ras bord de toutes sortes de violences réelles ou symboliques, avec en plus des relations sociales plombées par une méfiance séculaire et un rapport à l’autre qui s’est considérablement dégradé. Les eaux tumultueuses et glacées de l’égoïsme et de l’individualisme ont balayé les digues d’une société jadis réputée culturellement « conviviale ».

Un an plus tard, ceux qui pariaient sur une fatigue du mouvement populaire des juilletistes ont vite compris que les vagues reviennent de plus en plus fortes après chaque période d’accalmie. Le calme étrange et angoissant de l’œil du cyclone.

Au Chili, la colère populaire s’est déclenchée en raison d’une augmentation sur les tickets de métro. Ce n’était pas la première fois que pareille mesure était prise, pourtant, depuis cet ajustement sur le transport public, la rue chilienne ne décolère pas. Au Chili comme au Liban où la contestation a démarré contre une taxe sur les appels WhatsApp, les populations sont fatiguées de se saigner au bénéfice d’élites hyper riches et dont certaines sont corrompues. Le Chili, qui a une des économies les plus célébrées du sous-continent, au point d’attirer des travailleurs émigrés de l’Amérique du Sud et des Caraïbes, connaît une croissance pompeuse. Mais dont les bénéfices sont injustement répartis.

Selon l’historienne Malthide Larrière qui se confiait à France Info : « La population chilienne est prête à accepter un certain nombre de sacrifices, financiers, économiques et sociaux… Mais arrive un moment où le sacrifice est perçu comme inacceptable, illégitime et injuste. C’est à ce moment que se fait la rupture . C’est ce phénomène que citant l’historien britannique Edward P. Thomson, qu’elle appelle « l’économie morale de la foule ».

Quant aux tactiques de guérilla urbaine observées ici et ailleurs, elles sont le produit du partage des informations et des images sur les réseaux sociaux. Il y a donc un vent de refus populaire qui balaie la planète et qui souffle même en Europe, flirtant au passage avec l’extrême gauche et l’extrême droite.

À Port-au-Prince et dans les grandes villes de province, un désordre « co-construit » par les émeutiers et les forces de l’ordre fait craindre parfois le pire. Le bilan est déjà très lourd et ceux qui pensent à une future transition doivent faire la pédale douce, s’ils ne veulent que la détresse populaire rencontre l’activisme des bandes armées qui, elles, n’ont rien de révolutionnaire.

L’historien haïtien Michel Soukar a déclaré au National comme pour sonner l’alarme : « Une révolution surgit quand crise et révolte s’ajoutent à la capacité des opprimés d’agir pour briser totalement ou en partie le système qui, sans cela, ne tombera pas. Au volontarisme et à l’aventurisme, il faut substituer intelligence et organisation révolutionnaires ».

Donc, tout mouvement de foules ne débouche pas forcément sur une révolution. Les dérives armées soutenues par des clans puissants peuvent provoquer un chaos qui ne sera profitable à personne, sinon aux trublions habitués à tirer leurs marrons du feu de nos révoltes si souvent régulières et demeurées lettres mortes. Aujourd’hui, nous avons affaire à un mouvement populaire profond et décidé à saper les bases d’un « système archaïque », mais il existe des risques de toxicité qui se traduisent par des discours racistes et violents qui ne rassurent nullement sur les agendas des uns et des autres.

L’implication citoyenne, l’engagement de forces vives et éclairées, le sens de responsabilité des leaders émergents sont les seules garanties d’inverser la courbe populiste et totalisante qui s’empare du mouvement comme une mauvaise fièvre.

Tirons donc le meilleur des erreurs du passé pour faire émerger un autre pays, car le chaos et les grandes peurs sont les meilleurs ingrédients de la dictature.

Roody Edmé




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