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Des catastrophes collectives

Des catastrophes collectives



Il conviendrait d’admettre que la crise actuelle est un terreau fertile pour une littérature abondante qui contribue à alimenter un phénomène de défiance vis-à-vis des institutions républicaines, des partenaires sociaux ou internationaux et des structures économiques ou politiques. À ce titre, les mouvements revendicatifs de ces dernières semaines, greffés sur une économie en déliquescence et une situation sécuritaire qui échappe à toute logique, ont fini de dévaster un pays qui, d’habitude, se présente au monde avec ses faiblesses, comme autant de défauts de fabrique.

L’instabilité d’Haïti étant structurelle, la stratégie de réhabilitation de la société et d’établissement d’une paix durable a de faibles chances d’aider à la gestion de la crise. Ceci dit, il a fallu huit semaines de barricades, de radotages, de guerre des caïds, d’exposition des égos pour arriver à la consolation de deux mille tonnes d’aide humanitaire. L’activisme humanitaire international toujours en bout de ligne.

Les voix pour questionner cette diplomatie humanitaire sont inaudibles. Cela se comprend, car toutes les catégories confondues de la population ont été touchées par la compression des activités sans avoir eu le temps et la possibilité de s’organiser. Le pouvoir et l’opposition, dans les mêmes proportions stratosphériques, ont donné à la population une belle leçon d’impuissance. Toute une agitation, avec ses pugilats, ses règlements de comptes, ses incitations à la violence extrême, ses répressions sauvages et ses dérives cocardières, qui ne compte que pour du beurre.

Ce qui est frappant et inquiétant, c’est que les grands thèmes idéologiques sont les grands absents de la crise. L’opposition, absolument plurielle, s’est contentée d’espérer que : « si le président tombe, il sera de toute façon remplacé ». Dans ce cas de figure, les technocrates salivent, s’imaginant, toujours à tort, qu’ils ont les moyens de faire revenir la croissance et la confiance.

À chaque fois qu’une promesse n’est pas tenue, à chaque fois qu’éclate un nouveau scandale, à chaque fois qu’une lutte est noyée dans la mesquinerie et l’amateurisme, un pan de la population désaffecte le champ de la politique. Le simple citoyen, sans balises idéologiques et sans aucune forme d’adhésion à un projet de développement du pays, a compris qu’il n’a rien à gagner en faisant de la résistance. Le simple citoyen aura peut-être compris qu’après huit semaines de blocage et de bégaiement coupable des acteurs, la seule façon de faire avancer les choses reste le recours aux vieilles recettes de prise et de gestion du pouvoir.

Le pays attend une parole digne et des actions qui visent la grandeur d’Haïti.

Que d’espérances déçues ? Le système, le dialogue, tout est traité sans épaisseur. Comble de fatalité, l’opposition plurielle cherche à s’entendre enfin sur les mécanismes de remplacement d’un président poussé vers la sortie. En attendant, le vent fait des girouettes et la population, fatiguée, se dépolitise. Un peu plus.

Nous adorons nous faire peur avec le discours sur l’apocalypse.

Jean-Euphèle Milcé




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