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La partie émergée de l’iceberg

La partie émergée de l’iceberg



Les assises de l’opposition et de la société civile, qui se sont déroulées ce week-end à l’hôtel Mariott à Turgeau, ont débouché sur une proposition commune. La question d’une transition apaisée était au cœur des discussions et, vraisemblablement, elle le sera encore pour quelques jours. Après avoir montré sa capacité à combattre le gouvernement sur tous les fronts, l’opposition tente de revoir sa stratégie et de présenter un front uni pour le changement du « système ». La stratégie du lock et ses avatars souvent violents font peser un grand risque sur les objectifs de bien-être généralisé promis par les secteurs les plus radicaux. À Caracas comme à Port-au-Prince, même si le contexte idéologique et politique est différent, une stratégie similaire utilisée sur le long terme use énormément et finit par décourager et/ou épuiser les plus déterminés. Des milliers d’emplois volés en éclats, des entreprises obligées de déposer le bilan, les écoles fermées à double tour, et quand elles tentent de donner du travail aux enfants, on les accuse des pires crimes ; tout ceci affecte le moral des troupes composées aussi de parents, de professeurs et d’élèves, voire d’étudiants qui veulent un changement dans leur pays et sûrement pas sa ruine.

L’opposition politique, toutes tendances confondues, fait face à un grand test : celui d’être capable de produire une alternative viable au statu quo fait d’immobilisme et d’incapacité à assurer sur l’ensemble du territoire la protection des vies et des biens. Pour avoir lambiné sur les chemins tortueux et malaisés de la gouvernance, le régime a, sans le vouloir, augmenté le nombre de ses opposants. Au départ, il était question de poursuivre les dilapidateurs des fonds Petrocaribe. Mais à force de donner l’impression que ce dossier était bloqué, le gouvernement a laissé planer de sérieux doutes sur sa volonté réelle de faire la lumière sur une question aussi épineuse. Puis vint le rapport de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif qui fit peser de lourdes suspicions au plus haut niveau de l’État.

Le renversement « scandaleux » et précipité du Premier ministre Céant par la majorité présidentielle et la guérilla parlementaire, qui s’en est suivi entre législateurs pro et anti gouvernementaux sur fond de crise généralisée, ont alimenté dans l’opinion un profond malaise au point de provoquer chez elle un esprit de fronde. Les dirigeants apparaissaient dès lors aux yeux des citoyens comme des « irresponsables » jouant au Monopoly avec l’avenir d’Haïti.

La multiplication en un temps record des gangs armés et l’incapacité de faire respecter les communiqués musclés annonçant la reprise des activités économiques achevèrent de ruiner le peu de crédibilité d’un pouvoir incapable d’empêcher le délitement de l’ordre civil et de protéger la citoyenneté de tout un chacun.

C’est ainsi que grossirent les opposants à un régime décrié et piégé par des subventions au pétrole, l’aide internationale quasi inexistante, des finances obérées, une politique de taxation discutable à bien des égards. Autant de facteurs qui ont coupé les ailes aux promesses présidentielles et stoppé net la caravane du « progrès ».

Si l’opposition peut se targuer d’acculer le gouvernement dans les cordes, les divisions en son sein et ses méthodes de lutte frisant la terre brûlée frappent de plein fouet le moral d’une population aux abois.

Les assises du Marriott ne se sont pas déroulées dans la plus parfaite sérénité. Depuis les précédentes intrusions au Parlement, la « foule » a pris l’habitude de s’introduire dans les salles de séance ou de conférence pour faire passer avec force ses revendications. On peut l’interpréter comme une manifestation de la crise de confiance vis-à-vis des élites, on ne se fie qu’à ceux qui sont sur le béton et qui affrontent la répression policière « les yeux dans les yeux ». Toutefois, il s’agit là d’une nouvelle pathologie dont souffre notre démocratie en pleine panne institutionnelle. La tentation permanente de recourir à la foule est un piège qui peut se refermer sur nous tous.

Quoi qu’il en soit, une « alternative » a été trouvée dans le sens de ce que souhaitaient les leaders de « l’Alternative consensuelle ». La Fusion critique des propositions qui n’ont pas été faites avec méthode. La Passerelle s’en est quand même sortie sans trop de casses. L’accord a été vite trouvé sous la pression intense d’une foule de partisans. Toute chose qui laisse aux observateurs une impression d’inachevée et de problèmes en suspens, d’autant que le plus difficile est devant « l’Opposition plurielle ». Comment concrètement convaincre un gouvernement très attaché à ses acquis de prendre le chemin de la sortie sans négociation directe, surtout que l’Histoire de notre pays nous apprend que « les sortants ne sortent jamais tout à fait » ?

Roody Edmé




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