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Silence, on viole !

Silence, on viole !



Jamais le sentiment que nous, les Haïtiens, entretenons un rapport décomplexé avec le viol n’a jamais été aussi intense. Les cas répertoriés, qui nous parviennent et que nous relayons dans différentes publications, nous renseignent sur l’ampleur et la généralisation d’une pratique criminelle et déshumanisante. Encore que ces informations peinent à survivre, noyées dans l’actualité politique avec son lot de barricades, d’intox, de déclarations musclées et d’incandescentes polémiques.

Une rétrospective sur une ou deux années des scandales signalés par la presse et étouffés – on ne sait jamais dans quelle logique - nous permet de dresser une liste bien fournie de cas de viol qui sont autant d’actes glaçants que répréhensibles. Comme mettre du feu dans de la paille, les organisations spécialisées et la presse en parlent autant qu’elles peuvent et oublient tout quelque temps plus tard.

Un ancien député notable dans sa communauté, un missionnaire gérant d’un orphelinat, un religieux portant clergyman, ont contribué à alimenter ce fléau que la société subit en silence. Chacun de nous connaît une personne qui a été violée et qui porte la honte de vivre, le mal d’exister et une culpabilité que lui a transférée son agresseur. Cet état de fait donne la nausée, car si le viol est banalisé dans la société, il ne l’est pas pour les victimes. Le traumatisme qu’elles portent pendant longtemps, ou à tout jamais, fait d’elles des traquées qui vivent avec la crainte des autres.

Parmi les récents actes barbares de viol connus, il convient de souligner que les victimes ont été agressées dans des endroits où elles auraient dû être sous la protection des autorités constituées et agissant au nom de l’État. Le 3 octobre 2019, à l’hôpital Immaculée Conception des Cayes, des patientes sont agressées sexuellement par des militants. Le 16 octobre de la même année, une fillette est violée dans l’enceinte même du commissariat d’Anse d’Hainault par un membre du personnel de soutien de la Police. Et comble du désarroi, le 7 novembre dernier, 315 détenus en rut ont profité d’une mutinerie à la prison civile des Gonaïves pour violer collectivement 12 de leurs codétenues. À l’Arcahaie et à Saint-Marc, les femmes ne peuvent plus sortir seules la nuit tombée.

Il est de première importance que les institutions publiques et celles de la société civile arrivent à mieux protéger les potentielles victimes. Pour combattre cette banalisation des violences sexuelles, les victimes devraient pouvoir porter plainte dans des conditions qui garantissent la protection de leur dignité.

Il est tout aussi évident que les mentalités doivent obligatoirement évoluer pour transférer la peur de la victime vers le bourreau.

Dans le cas de ce qui s’est déroulé dans la prison des Gonaïves, les 12 personnes violées étaient sous contrôle judiciaire, donc sous la responsabilité de l’État. Des personnes incarcérées, surement en détention préventive prolongée, ne devraient pas subir une autre peine plus répugnante que la prison elle-même. Les victimes devraient poursuivre l’État pour fautes graves et manquements à ses responsabilités.

La palme de la bêtise revient, dans ce cas, à ceux qui ont eu l’idée d’organiser un espace pénitentiaire mixte.

Jean-Euphèle Milcé




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