S'identifier Contact Avis
 
24° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video

Retour à la case départ ?

Retour à la case départ ?



Une délégation américaine était dans nos murs. Conduite par l’ambassadrice de la République étoilée auprès des Nations unies, Kelly Dawn Knight Craft, elle a eu pour mission de réaffirmer la position américaine sur le dialogue interhaïtien. Les leaders haïtiens ont aujourd’hui beaucoup de mal à trouver les voies et moyens pour établir un dialogue franc et sincère qui sortirait le pays de la plus grave crise des cinquante dernières années. Encore une fois « les blancs débarquent » pour forcer une solution qui, si elle a peu de chances d’aboutir, ne purgera nullement le grand malade des Caraïbes des bactéries antisociales qui le rongent.

La raison de ce nouvel échec est à attribuer à la défiance qui s’est royalement installée dans le Landerneau politique. Élu sur une promesse de travailler à la mise en place des états généraux sectoriels, le président n’a jamais réussi à bâtir la confiance nécessaire à la mise en place de ces assises nationales qui auraient pu accoucher de scénarios constructifs pour l’avenir d’Haïti. Tant et si bien que les appels au dialogue, souvent biaisés, sont tombés dans des oreilles de sourds. Le président et ses conseillers portent une lourde responsabilité dans ce jeu à somme nulle. Car ils n’ignorent pas les difficultés d’une opposition souvent extrême, et l’impossibilité de conduire une barque nationale ou les matelots sont en rébellion permanente. Une situation qui a sa source dans une histoire tumultueuse et tragique faite de révolutions sans lendemain, mais aussi dans un refus des élites économiques et politiques de s’entendre sur un projet inclusif de nation. Toute chose qui conduit à des soulèvements sporadiques souvent violents qui écrivent en lettres de sang le mal-être permanent d’un peuple au destin fracassé.

Les efforts des différentes commissions qui se sont penchées sur cette question combien stratégique de dialogue ont fait chou blanc. Rien n’a pu se concrétiser jusqu’à date. Des momentums ratés qui allaient accentuer l’ingouvernabilité d’une société qui fonctionne sur le mode de l’exclusion et de la ponction de dividendes issues de toutes sortes de brassage.

L’opposition haïtienne qui a montré dans le bruit et la fureur sa capacité à mobiliser les foules autour de revendications légitimes a besoin de construire une plus grande crédibilité auprès d’un peuple pauvre, enseveli dans une insoutenable précarité. Elle se doit d’aider à construire le lien social et à renforcer sa culture organisationnelle. Il y a aussi pour elle l’impérieuse nécessité de se doter d’une vision plus large, moins centrée sur les avenues tentantes du pouvoir, mais axée sur les grandes questions de développement et de création de richesses par l’emploi. Une grosse lacune dans son agenda qui lui serait vital de combler.

Sa capacité à mobiliser devra s’allier à une vision stratégique et renouvelée de la lutte pour l’amélioration du sort des masses qu’elle réaffirme défendre dans ses interventions publiques. Les actions de la militance en faveur de la démocratie ne doivent pas s’encanailler dans des effets d’annonce ou des dérives qui risquent de décrédibiliser une lutte menée au nom de tout un peuple.

Madame Knight a porté le même message aux leaders qu’elle a rencontrés, à savoir un dialogue incluant tous les partis. Ces derniers ont renouvelé leur absence totale de confiance dans le chef de l’État. La résolution de la crise n’est sûrement pas pour demain. Et la vraie solution doit venir d’un effort des protagonistes en conflit ouvert depuis une année. Rien n’augure pour le moment qu’ils seront à la hauteur de cet enjeu.

Aux dernières nouvelles, l’Opposition aurait accepté d’inclure le parti du gouvernement dans les discussions. Peut-on parler de progrès dans les discussions ? La question reste ouverte. La plaie sociopolitique demeurera béante tant que l’on continuera à occulter la gravité de cette crise et qu’on se ne rende à l’évidence que « la nation est plus grande que nous ». Et qu’on devrait accepter d’y fondre nos intérêts particuliers et notre orgueil mal placé.

Roody Edmé




Articles connexes


Afficher plus [961]