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L’agonie de la presse

L’agonie de la presse



L’année 2019 a été éprouvante à tous égards. Pour les uns et autres, le bilan est tissé de coups manqués et d’échecs patents. Au-delà des capitaux perdus, des vies fauchées et des carrières bousillées, les institutions considérées comme le rempart de la société ont été atteintes dans leur capacité opérationnelle et leur légitimité. La presse haïtienne, au centre des mouvements sociopolitiques, figure parmi les secteurs à avoir reçu les plus gros coups de massue.

Haïti se trouve sur la liste des pays où des journalistes ont été tués au cours de l’année 2019. Au moins deux commentateurs politiques, Rospide Pétion et Néhémie Joseph, ont été assassinés dans des conditions tragiques. Plusieurs autres travailleurs de la presse ont été soit portés disparus, brutalisés ou menacés. Dans le rapport annuel de Reporters sans Frontières, Haïti se trouve sur le même palier que le Nigéria et la Colombie, juste après l’Iraq et le Honduras. La sécurité des journalistes devient un problème préoccupant dans le très sombre panorama qui constitue le paysage médiatique haïtien.

Comme l’enfant du presbytère qui ne reçoit pas ses sacrements, la presse réclame justice et équité envers tous, mais n’arrive pas à entretenir ses travailleurs et faire respecter leurs droits. Aucune enquête n’a abouti sur les nombreuses violations dont ont été victimes les journalistes depuis au moins vingt ans. Dans certains cas, aucune investigation n’a été lancée. Entre l’État et la presse, une relation « je ne t’aime, moi non plus » !

En plus de la sécurité des journalistes, les médias se trouvent au cœur d’une vallée déserte sur le plan financier. L’assèchement de l’économie nationale frappe le secteur de plein fouet vu qu’il dépend essentiellement d’un étroit marché publicitaire contrôlé par le gouvernement. Des médias devraient littéralement fermer leurs portes ces temps-ci, car ils n’arrivent même pas à faire rouler leur machinerie. L’affaiblissement continu de la presse n’alerte pas les autorités. Car elles tendent à s’en servir pour garder leur avantage dans la bataille de l’opinion.

Le combat pour la liberté d’expression consiste non seulement à réclamer la protection des journalistes, mais aussi elle doit dénoncer toute forme de chantage et de compromission entre les hommes politiques et les médias. L’inféodation d’une certaine presse à des groupes politiques est si évidente aujourd’hui que des « journalistes » s’identifient ouvertement à des revendications politiciennes et distribuent la parole selon leur bon vouloir. L’éthique et l’information responsable sont de vains mots dans ce milieu où les juteux pots de vin rivalisent avec les contrats publicitaires en trompe-l’œil.

La crise de la presse risque d’avoir des conséquences révolutionnaires. L’idée d’organiser les états généraux du secteur n’a jusqu’ici pas trouvé assez d’adhésions. Pourtant des médias vont bientôt disparaitre soit littéralement ou par métamorphose. Un financement public des organes de presse, régi par la loi, tel qu’accordé dans certains pays, pourrait aider à faire réduire les marchandages qui affectent la qualité de l’information et la légitimité de la corporation entière. Il aura fallu d’abord s’entendre sur certains préalables.

Kendi Zidor







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