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« On m’a volé mon corps »

« On m’a volé mon corps »



Depuis quelques semaines, les limiers de la Direction centrale de la Police judiciaire (DCPJ) sont à pied d’œuvre, en témoigne la spectaculaire libération du jeune Mathéo enlevé récemment dans la commune de Kenscoff. Comme dans un cauchemar sans fin, on constate la fatale résurgence du phénomène de kidnapping, à la faveur des fêtes de fin d’année.

La police a déployé avec une certaine efficacité l’opération baptisée « Toile d’araignée ». Il s’agit pour les autorités de tisser sur la ville une sorte de chrysalide sécuritaire et de limiter les ambitions « expansionnistes » des groupes armés sur la cité. Des opérations ponctuelles sont menées contre des poches de bandits dissimulées dans les recoins de la ville, et dans les zones dites rouges.

L’observateur le moins attentif peut relever une intense activité policière dans nos rues embouteillées, et rendues peu praticables par la congestion d’une circulation au bord de l’implosion. Mais ce mois de décembre a vu aussi les opérateurs de l’insécurité mettre au point de nouvelles tactiques de cambriolages, suivies d’enlèvements. Des motards entourent soudainement un véhicule, tout en obligeant le conducteur à entrer au milieu de deux voitures aux vitres teintées. Le maléfique cortège s’ébranle alors, sans coup férir, vers une destination connue uniquement des ravisseurs.

Le même phénomène peut se produire au moment où une personne rentre en sa résidence, heureuse de parvenir à destination, elle est envahie par un sentiment de sécurité. C’est à ce moment que peuvent surgir on ne sait d’où, des ravisseurs embusqués prêts à accomplir leur funeste dessein.

Le défenseur des droits humains, Jean Claude Bajeux, de regrettée mémoire, évoquant une fois, le phénomène du kidnapping, le comparait aux époques douloureuses de l’esclavage. « La saisie ou le vol du corps du captif qui perd sur lui-même tout libre arbitre » est une réminiscence inacceptable pour des descendants d’esclaves dont les ancêtres se sont battus pour être libres, se retrouver aujourd’hui dans des situations de captivité est tout simplement insupportable.

En tout état de cause, il s’agit d’un choc émotionnel aux conséquences incalculables sur tout individu séquestré dans des conditions aussi traumatisantes.

Récemment, la presse rapportait l’arrestation à l’aéroport de Port-au-Prince d’un dangereux criminel venu de Montréal. Ces vingt dernières années, on aura vu débarquer dans notre pays toute une « internationale » du crime organisé qui a apporté une expertise qu’étaient loin de posséder nos voleurs et autres chenapans d’une époque presque romantique.

Toujours est-il que la question sécuritaire est intimement liée au politique. Tout règlement du conflit politique et remise à plat d’un ordre social inique peuvent contribuer à lutter efficacement contre l’insécurité. Chaque fois que la société est en panne de solutions politiques face aux mutations socio-économiques sévères qui l’affectent, le citoyen haïtien se retrouve piégé dans l’œil du cyclone politique dont l’insécurité grandissante n’est qu’un avatar.

Le noyautage politicien des groupes armés est une donnée sensible et complexe, sur laquelle la société haïtienne devra se pencher, et qui doit être un des chantiers prioritaires de la refondation tant souhaitée de notre pays.

À la veille de Noël, qui est une fête de paix, il serait bien de méditer sur nos maux, prendre à bras le corps les voies et moyens pour changer les choses, dans l’intérêt de tous.

À commencer par la résolution de cette grave crise politique qui n’a que trop duré. C’est le vœu le plus cher de toute l’équipe du National.

Roody Edmé




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