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Sortir de la tour de Babel

Sortir de la tour de Babel



Dans son adresse à la nation à l’occasion du Nouvel An, le président Jovenel Moise a exposé un diagnostic de l’État qu’il dirige depuis tantôt trois ans, en reprenant les principales revendications de la « rue haïtienne » qui se sont exprimées tout au long de l’année 2019.

Moins euphorique que lors de sa dernière prestation avec des leaders communautaires, le chef de l’État a tenté cette fois-ci de calmer le jeu, tout en appelant encore une fois au dialogue pour une reprise en main des affaires du pays. La vérité est que la crise de confiance est tellement grande, que depuis trop longtemps et pour toutes sortes de raisons valables et/ou émotionnelles, c’est plutôt une tour de Babel qui s’est plantée au beau milieu de la société haïtienne.

Les sondages d’opinion et les émissions de lignes ouvertes témoignent de la volonté de la majorité des Haïtiens de voir un jour leurs leaders, qu’ils soient du pouvoir ou de l’opposition, les surprendre, en osant le dialogue. Un « chita tande » qui augurerait d’une autre manière de faire de la politique, sans pour autant brader les revendications populaires pour un changement systémique.

Car aujourd’hui, les masques sont tombés. Notre État est au bout du rouleau et n’est même plus en mesure de célébrer l’Indépendance nationale dans l’union qui fait la force, comme c’est inscrit sur notre bicolore. L’Administration publique, insignifiante en effectifs comme en qualité, a beaucoup de mal à satisfaire les citoyens. La perte catastrophique de larges portions du territoire au profit des gangs armés a rendu encore plus obsolète la sécurité publique.

Nous attendons avec impatience, les premières mesures structurelles annoncées par l’instance chargée de la réforme de l’administration, l’Office de Management et des Ressources humaines (l’OMRH). Surtout lorsqu’on considère que moult tentatives de réformes se sont toujours fracassées sur les blocs de granit de nos pratiques politiciennes séculaires. Une révolution de la fonction publique est une nécessité historique. Il convient aujourd’hui de promouvoir au sein de cette administration, une authentique gestion participative, mobilisant les ressources disponibles au service d’un projet commun de modernisation.

Réaliser ce projet sous la forme d’un programme politique d’envergure permettrait de mobiliser l’opinion publique et de ne pas laisser l’impression fâcheuse et démotivante que l’on procède à un simple réaménagement technique. Cela suppose que le projet de l’OMRH puisse parvenir à embarquer non seulement un nouveau gouvernement, mais aussi les partis politiques et la société civile.

Toute chose qui suppose de restituer au service public sa vocation qui est de satisfaire le citoyen, de motiver les fonctionnaires autour de l’impératif de performance et de libérer les gestionnaires publics de l’emprise des politiciens. La redevance politique fait le lit de l’impunité qui encourage la corruption.

Les mécanismes institutionnels qui sont supposés contrôler et/ou réglementer la fonction publique n’ont jamais pu jouer pleinement leur rôle. Et lorsqu’une institution comme L’Unité de lutte contre la corruption (L’ULCC) tente avec un certain zèle de pénétrer les sous-bois de la jungle administrative, on entend de loin le cri menaçant des coyotes.

Un nouveau bras de fer entre les institutions chargées de se pencher sur la gouvernance du pays ne peut que paralyser encore plus une administration publique déjà succombant sous le poids des pesanteurs politiciennes. Ce « sport national » qui consiste à transformer certains conflits personnels en conflits nationaux affecte gravement les affaires publiques.

2020 se présente dans un vacuum politique qui donne froid dans le dos au citoyen lambda. La trêve du mois de décembre a montré combien les Haïtiens aspirent à la paix et à la prospérité. Il reste chez certains de nos concitoyens la sensation que nous n’avons pas encore « purgé » ce qu’il faut pour démarrer sur de nouvelles bases.

La responsabilité incombe à chacun de nous de revoir nos échecs et de réinventer un collectif nouveau susceptible, comme l’écrit la députée française Christiane Taubira, de représenter « les dignes descendants de ces géants qui, à chaque génération, ont sculpté dans le granit de la mémoire du monde les contours d’Ayiti. Terre de liberté et de fraternité ».

Roody Edmé




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