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Dix ans après !

Dix ans après !



Dix années plus tard, rarement de tout repos, le peuple haïtien aimerait comprendre pourquoi et comment la reconstruction n’a même pas été entamée. Il s’agit d’une énigme encore plus difficile à percer parce que le cynisme des acteurs, tant humanitaires que politiques, a été d’une grossièreté effarante.

Qu’importe les corps broyés, les vies disloquées, les rêves effondrés, les biens perdus, on aura compris que le séisme du 12 janvier 2010 a été un véritable laboratoire de cleptomanie, de nonchalance humanitaire sous fonds de quête d’opportunités. Voilà le mot piège, le concept à la mode et la grande désillusion.

Dix plus tard, on aura également compris que la résilience, mot passe-partout qu’on nous avait servi à toutes les sauces, ne pouvait pas s’appliquer au cas haïtien. Pouvoir résister aux chocs et relancer normalement les activités après un traumatisme ne sont pas des vertus haïtiennes.

Dix ans plus tard, le traumatisme perdure. Pour cause, les Haïtiens n’ont pas, non seulement, su reconstruire sur les ruines du séisme du 12 janvier, ils sont devenus encore plus désarmés face aux catastrophes. Et, un rapport de la Banque mondiale (Analyse des menaces naturelles multiples en Haïti) avait compris que « cette réalité (la menace multiforme et permanente, NDLR) n’est pas prise en compte et n’a pas intégré les programmes scolaires et académiques ainsi que dans la formation continue des populations adultes. Il en résulte une grande fragilité de la population, aggravée par l’analphabétisme, l’absence de services sociaux, la pauvreté généralisée, l’occupation anarchique de l’espace, la forte densité de population, l’insécurité alimentaire et la situation sanitaire critique ».

Tout un symbole de la nonchalance, le projet de reconstruction du Palais national validé après une décennie d’attente, de spéculations et de silence. La zone métropolitaine a créé de nouvelles périphéries sur les mêmes fragilités. De Canaan ou Gressier à Kenscoff, les excroissances meurtrières, sans planification, ont poussé et hébergent une population résignée.

Même en tirant un trait sur les lampadaires qui ne s’allument plus, les six maisons de la Croix-Rouge américaine et tous les scandales odieux, la présence du risque en Haïti est toujours aussi marquée. Le pire est que les Haïtiens n’ont pas conscience de l’intensité de ce risque.

Le 12 janvier 2020, les Haïtiens pleureront leurs morts. Certains iront prier, d’autres auront à discourir pour renouveler les mêmes vieilles promesses de reconstruction et de promotion d’une meilleure qualité de vie au profit de la population.

Dommage ! La dégradation environnementale s’intensifie, les velléités de croissance sont sacrifiées sur l’autel des crises politiques et nos villes sont des décharges à ciel ouvert, des lieux de tous les dangers.

Dix ans plus tard, il est grand temps de mettre — pour commencer — en place des structures d’organisation politique, sociale et technique afin de protéger le territoire et la population.

Les menaces sont malheureusement nombreuses en Haïti. Il y a des dieux, des hommes, des crises, des cyclones et des tremblements de terre.

Pour honorer nos morts, nous devons construire un pays plus sûr.

Jean-Euphèle Milcé




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