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Le temps presse !

Le temps presse !



Le Président Jovenel Moise a récemment rendu une visite symbolique au siège de l’Unité de lutte contre la corruption (l’ULCC). Question de renouveler son appui au responsable de cette institution, le juge Claudy Gassant, connu pour ses positions tranchées sur certains dossiers. Le chef de l’État semble vouloir montrer au grand public que sa décision de nommer le bouillant Claudy Gassant à la tête d’une institution aussi importante dans la lutte contre la corruption n’est pas que pur enfumage. D’autant qu’une bonne partie de l’opinion ne croit ni en la volonté ni en la capacité de l’État à mener une lutte aussi cruciale.

Les Haïtiens ont depuis longtemps compris qu’ils ont affaire à un système assez sophistiqué, disposant d’un savoir-faire vieux de plus de deux siècles, et qui possède, entre autres, la puissance létale pour stopper les meilleures intentions. Après avoir envoyé au tapis ses adversaires les plus farouches, le président peut, pour quelque temps, brandir le poing fermé de la victoire sur un sénat au sein duquel une minorité agissante et combative avait réduit au silence sa majorité, même au prix de tactiques parfois peu amènes.

Le jeu politique haïtien est pipé depuis trop longtemps. Une sorte de realpolitik veut que les questions de pouvoir se règlent à coup d’espèces sonnantes et trébuchantes entre élus, et/ou entre candidats et votants. Une menace sérieuse pour la démocratie haïtienne prise en otage par des pratiques corruptrices et marginales.

Les batailles rangées entre gangs armés pour la conquête de territoires participent selon certains analystes de projets d’extension de l’espace vital pour le développement de l’économie criminelle, mais aussi de perspectives électoralistes. Les caïds contrôlant ces zones de non-droit pourront négocier chèrement le vote des populations placées sous leur commandement indirect. Le « caponage » politique et autres manœuvres d’intimidation ont ainsi de beaux jours devant eux.

Fort de l’appui de ses puissants alliés de l’International, le chef de l’État est reparti en tournée dans certaines régions du pays. Contrairement à l’euphorie des dernières semaines, il semble vouloir afficher un triomphe discret en affirmant haut et fort qu’il n’entend guère persécuter aucun de ses opposants, et qu’il n’est en faveur d’aucun affrontement qui ne serait que « destruction mutuelle assurée ».

Toutefois, le chef de l’Exécutif n’a pas beaucoup de temps devant lui. Il lui faut à tout prix un gouvernement dit d’union nationale ou figureraient tout au moins ses opposants modérés, les plus radicaux s’étant regroupés dans un front du refus.

Les négociations politiques commencées le dernier trimestre de l’année dernière sont menées difficilement. Aucun des opposants au pouvoir ne veut se faire flouer. Le sort de l’ex-Premier ministre Céant sert de repoussoir à ceux qui seraient tentés par l’aventure. Ils craignent un saut dans l’inconnu et réclament des garanties. D’autres croient que compte tenu de la situation générale du pays, le calme apparent n’est dû qu’au passage de « l’œil du cyclone » et que la mobilisation reprendra de plus belle.

Quoi qu’il en soit, la majorité des Haïtiens aspirent au mieux-être dans la paix. Ils veulent vivre dans un pays « normal », loin des manœuvres claniques pour le partage du pouvoir. Ils sont loin d’être satisfaits de leur mode de vie exécrable. Cependant, ils ne souhaitent pas non plus de nouveaux combats stériles, ruineux et sans perspectives claires.

Le climat social demeure à couper au couteau, les tensions sont palpables, surtout avec la remontée visqueuse des séquestrations de citoyens au hasard des rues.

Le temps presse, et les politiques de tous bords ajoutés à une fraction inconséquente des élites, qui ont une lourde responsabilité dans ce déclin apparemment sans fin, se doivent de trouver des solutions historiques à la mesure de la décadence.

Roody Edmé




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