S'identifier Contact Avis
 
26° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video

Georges Castera ou l’itinéraire d’un « enfant » fugueur

Georges Castera ou l’itinéraire d’un « enfant » fugueur



« Tu te moques de toi
Et nous apprîmes à rire »

Apollinaire.

Georges Castera n’est plus ! Un voile noir a recouvert nos mots. La poésie aujourd’hui en grand deuil vient hanter nos mémoires. Le temps écrivit Baudelaire mange la vie, du sang de ses victimes croit et se fortifie. Mais la poésie de Georges Castera demeurera cependant un hymne éternel à la vie et à la beauté. Pourtant, ce qu’il a préféré avant tout chez l’humain, c’était la bonté.

Le poète aux allures timides et aux paroles intimidantes fut un grand amant de la vie. Derrière le personnage aux mots fulgurants de feu et de lumière, il y avait une âme sensible que peu de gens connaissaient. Un grand ami de l’humanité. Certains retiendront l’esthète marxiste qui ne transigeait nullement avec les préceptes du matérialisme dialectique. Mais Georges fut en fait une valse à plusieurs temps. Sans renier sa foi dans des lendemains qui chantent et l’avenir radieux du prolétariat, il a su faire évoluer sa pensée dans une sorte d’humanisme socialiste qui à bien considérer se jouait des orthodoxies. Bref, un beau bouquet d’humanité.

Pourfendeur des injustices sociales et de toutes les injustices, sa vie fut un savoureux mélange d’ascétisme et de profonde jouissance. Son horreur de la médiocrité ambiante lui a valu quelques inimitiés. Il a toutefois toujours assumé ses combats avec pour armure la puissance de son verbe et pour bouclier sa foi inébranlable dans une Haïti qu’il considérait comme un projet inachevé. Il ne cherchait pas la confrontation, mais sa parole lourde et sentencieuse tombait souvent comme un couperet. À l’instar d’un de ses célèbres prédécesseurs, il aimait provoquer une « tempête dans l’encrier et mit un bonnet rouge au vieux dictionnaire ».

Mais sa vraie passion fut le créole, langue dans laquelle il expérimenta tous les rythmes de la poésie moderne. J’ai envie d’écrire au risque de faire hérisser quelques poils qu’il est le « Prévert » de la poésie créole, à cause de la simplicité toute belle de ses vers à peine maquillés.

L’homme qui aimait les femmes, les célébrait dans des écrits d’une rare élégance. La sensualité au souffle sulfureux, qui s’échappait de certains de ces vers « canons », illuminait nos existences emportant dans son sillage les clichés éculés sur le sexe. Avec lui, l’empire des sens échappait au joug affreux de la pornographie commerciale.

Le personnage massif, court sur pattes, à la couenne d’acier avait une âme d’enfant. Ce qui fait que ses poèmes gardaient une éternelle fraîcheur. Il avoua un jour aimer écrire pour des enfants, car il déplorait les textes mièvres et ridicules qui leur étaient dédiés.

Celui qui n’a jamais écrit des romans fut un excellent critique littéraire. Il analysa dans un article paru dans la revue (Notre Librairie, No 132 octobre-décembre 1997), l’inscription du créole dans la poésie indigène en citant les tentatives d’un André Liautaud, ou de Philippe Thoby-Marcelin de rendre au créole tout son mérite littéraire ; ce dernier avait l’habitude de terminer ses poèmes brusquement en créole.

Lui, Georges Castera, a mis tout son art au service de la langue nationale et populaire, le conduisant comme un amiral à bon port. Partisan d’une poésie aussi utile que le pain comme l’écrirait Gabriel Celaya, ses vers sont pourtant une fête des mots sous les tonnelles de son île tant aimée.

J’ai envie pour terminer rappeler ces paroles d’Apollinaire qu’il aimait tant :

« Oiseau tranquille au vol inverse, oiseau qui nidifie en l’air

À la limite où notre sol brille déjà

Baisse ta deuxième paupière la terre t’éblouit

Quand tu lèves la tête »

Roody Edmé




Articles connexes


Afficher plus [996]