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À quand une réforme du système éducatif en Haïti ?

À quand une réforme du système éducatif en Haïti ?









Le système éducatif haïtien est l’objet de nombreuses critiques depuis plusieurs décennies. Des difficultés d’ordre structurel et conjoncturel sont très récurrentes dans le système éducatif haïtien. Pendant ce temps, les résultats restent lamentables, et le pays en subit les criantes conséquences.

En Haïti, il devient presque impossible qu’une année académique se déroule sans bouleversements. Outre les problèmes politiques et les catastrophes naturelles, le système éducatif haïtien fait face à des problèmes majeurs tels la grève et l’irrégularité des enseignants dans les écoles publiques, la langue utilisée pour l’enseignement, le niveau de formation des enseignants, l’inconfort de certains bâtiments scolaires, le niveau archaïque de l’enseignement secondaire, l’irrégularité dans le paiement des enseignants…

Selon Charlot Jean Baptiste, normalien, la première problématique à l’enseignement en Haïti, c’est la langue choisie. Il estime que l’apprentissage des élèves serait plus facile si les cours se dispensaient en créole. « Près de 90 % des écoliers sont élevés dans des familles où leurs parents parlent créole. C’est leur langue maternelle. D’autant que le créole est une langue officielle. Je crois que le créole serait plus bénéfique à l’apprentissage » fait savoir le professeur de Philosophie, qui affirme être dans une lutte pour l’officialisation de la langue créole comme langue d’enseignement.

De son côté, le docteur en éducation Bernard Louis qualifie la qualité de formation d’archaïque. Il affirme que ces leçons d’histoire, de littérature, de sciences sociales et de philosophie sont démodées. « Depuis plusieurs décennies, les écoliers étudient les mêmes choses, les mêmes auteurs, les mêmes textes, les mêmes évènements, les mêmes anciens présidents. Leur niveau d’analyse reste intact. Ils ne connaissent pas et n’examinent pas les auteurs contemporains et l’histoire contemporaine » déplore le directeur d’institution scolaire qui croit que cela est un problème majeur pour le pays.

Toujours dans son analyse sur le système éducatif, le spécialiste en pédagogie demande à ce que les enseignants soient recyclés, et que le choix des nouveaux professeurs soit bien calculé. Il exige que des formations avancées soient offertes aux instituteurs, surtout ceux qui ont des dizaines d’années dans l’enseignement et que les aspirants aient le niveau approprié avant d’intégrer une salle de classe.

« Aujourd’hui, n’importe qui peut enseigner. Sans diplôme, n’importe qui peut être professeur(e), il suffit qu’il/elle soit un ami(e) du directeur (trice) de l’établissement. En outre, des anciens professeurs tiennent encore les mêmes methodes d’apprentissage et leur niveau de formation n’est pas à jour », dénonce le professeur en appelant les responsables du ministère de l’Éducation nationale à prendre les mesures nécessaires pouvant mettre un terme à cette mauvaise pratique.

Par ailleurs, considérant l’avancée qu’a connue la technologie dans le monde, le docteur plaide à ce que les matériels scolaires répondent aux normes technologiques. « C’est anormal qu’un enseignant utilise la craie pour dispenser les cours, et copie plusieurs pages de notes sur un tableau. Cette pratique ne peut pas être acceptée en 2018. C’est misérable », déplore M. Bernard Louis en souhaitant que des mesures soient prises en ce sens par le ministère de l’Éducation.

Plus loin, le professeur Bernard Louis souligne que l’effectif des élèves dans les salles de classe est trop nombreux. En tant qu’ancien professeur de lettres, il raconte avoir l’habitude de rencontrer près de 90 élèves dans une salle de classe dans les écoles publiques. « J’ai souvent l’impression d’être dans une église chaque fois que je dispense des cours aux lycées. C’est toujours un exercice difficile. Je ne peux pas utiliser une méthodologie normale, ayant tendance que seuls ceux étant assis à l’avant sont concernés », raconte-t-il, estimant que le chiffre normal d’élèves pour une salle de classe est compris entre 10 et 15.

Le professeur donne également son point de vue sur le côté social de l’éducation en Haïti. Il dénonce le niveau de formation des écoles publiques qui visiblement est différent dans les écoles congréganistes. « Nous assistons à ce déséquilibre depuis très longtemps en Haïti. Beaucoup de parents s’évertuent à inscrire leurs enfants dans les écoles congréganistes, car, selon eux, c’est là que se trouve la qualité » regrette M. Louis qui croit que cette problématique révèle de l’irresponsabilité de l’État.

Sans ambages, le docteur et consultant en éducation estime que ce sont ces multiples problèmes qui accouchent ces piètres résultats aux examens de baccalauréat ces 5 dernières années, et ces postulants à l’université n’ayant même pas la capacité d’écrire une phrase et de produire une réflexion argumentée.

Il réclame un remaniement total dans le système de l’éducation, et un projet bien étudié pour les 10 prochaines années. « Le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle doit repenser le système, bâtir un projet grand et constructif. La reconnaissance des écoles, la nomination des professeurs, les matériels scolaires, les examens du baccalauréat, tout doit être revu et corrigé » conclut-il.

Moise Saint-Eloi



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