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Obtenir son casier judiciaire à la DCPJ, une vraie torture

Obtenir son casier judiciaire à la DCPJ, une vraie torture








Au fil des années, il est devenu une obligation pour un citoyen d’avoir un certificat de police et son casier judiciaire. Si, dans le temps, ce document restait l’exclusivité des tribunaux de paix et de Première instance, la DCPJ fait partie du jeu aussi. Et, ce n’est pas sans conséquence pour ceux-là qui ont besoin de ce document.

Étudiants - voyageurs - demandeurs d’emploi - ils sont légions ceux qui, du lundi au vendredi, se bousculent devant le portail en fer de la Direction centrale de la Police judiciaire (DCPJ) à Clercine pour se procurer d’un certificat de bonne vie et moeurs ou casier judiciaire parfois exigé par certaines institutions publiques et privées au moment des recrutements. Les candidats aux postes électifs sont soumis aux mêmes règles sans oublier les postulants pour un visa d’immigrant qui sont dans l’obligation de le soumettre aux ambassades.

Que vous reveniez des Irois ou de Ouanaminthe, pour posséder ce certificat de police vous devez vous transporter à Port-au-Prince pour venir à la base de la DCPJ. Bien qu’il existe des Services départementaux de la police judiciaire (SDPJ) dans les neuf autres départements géographiques du pays, la direction centrale est la seule habilitée à délivrer ce document. Centralisation oblige.

Jeanne Jouissance. 19 ans. Elle vient de réussir ses examens officiels de philo. Elle réside au Bas-Limbé, une commune du Nord. Bénéficiaire d’une bourse en Argentine, elle doit laisser Haïti. La seule pièce qui lui fait défaut c’est le casier judiciaire délivré par la DCPJ. Ses parents multiplient les efforts pour payer les frais en l’occasion.

Jeanne n’a qu’une tante à Port-au- Prince et qui habite à Kenscoff. Elle ne peut pas séjourner chez sa tante Madelène. La distance ne le lui permet pas. La seule option envisageable, c’est l’hôtel.
À l’hôtel « Dòmi Dous », sis à quelques kilomètres de la DCPJ, elle se paie une chambre pour les mille cinq cents gourdes. À peine endormie, à peine réveillée. Elle doit laisser bien avant les 5 heures du matin pour avoir la meilleure position, car il y a un nombre x de personnes à recevoir selon les informations recueillies par Jeanne.

5 h 15. Jeanne arrive devant la grande barrière et trouve déjà une longue file. Les gens se parlent. Chacun raconte ses péripéties tout en crachant leur dégoût et leur crainte de se voir refuser l’accès sous prétexte que le nombre de personnes à recevoir est épuisé. Mis à part ces craintes, il y a ce crédo qui revient toujours : il n’y a plus de formulaire. Ce formulaire, selon les témoignages, est disponible que pour faire des copies. La copie se fait à l’extérieur et se paie à dix gourdes.

Que vous soyez là à 4 h ou 8 h du matin, vous devez attendre un peu vers les 9 h 30 du matin pour voir les premiers employés démarrer les opérations. Sous un soleil de plomb — dans la boue ou dans la poussière à l’extérieur du local de la DCPJ, les gens font la queue. Dans le temps, l’ombre des arbres facilitait la tâche pour les clients. Pas une seule tente pour se protéger du soleil.

Le plus dur, durant la journée, c’est d’avoir un besoin physiologique. Un cauchemar, particulièrement, pour les femmes. Pas de toilettes à la DCPJ. Celles-là qui veulent uriner doivent trouver un véhicule et se cacher derrière pour satisfaire leur besoin. Si toutefois, vous avez envie d’aller à la selle, il faut aussi compter sur l’hospitalité des voisins.

Jonka vient de Dame-Marie. Il a passé la nuit dans un bar. Cette fois, il dit être décidé à ne pas retourner bredouille. On lui a référé un facilitateur pour éviter les péripéties. Les facilitateurs ou racketteurs sont là. Ils ont des contacts. Ils n’existent pas d’obstacles pour ces derniers si toutefois vous acceptez de payer le prix.

La première fois, Jonka n’avait payé que pour la copie. Le temps de se faire mesurer et prendre les empreintes, il s’est vu refuser l’accès. Au même moment se trouvait une fille qui lui suivait dans la ligne. Après maintes tentatives et refus, il a assisté la fille, selon ses témoignages, qui s’est fait accompagner d’un agent de police pour ressortir quelques heures plus tard avec le sourire sur les lèvres.

« Je ne vais pas me laisser faire aujourd’hui », lance un autre jeune dans la ligne. Il critique cette situation de centralisation qui, selon lui, encourage la corruption et même la prostitution. Dodo explique son énervement vu qu’il est à sa troisième fois pour se procurer de ce casier judiciaire. Le document n’est valable que pour trois mois. Et à chaque fois, les demandeurs reprennent le même exercice. Ils doivent se faire « re-mesurer » - reprendre les empreintes.

Contacté, un agent administratif de la DCPJ confie au journal Le National que la capacité d’accueil varie jusqu’à cinquante personnes. Il explique que les demandes pour le casier judiciaire augmentent alors que le nombre des ressources humaines affectées à ce service reste inchangé. « Je suis triste de voir les personnes venant de très loin repartir chaque jour sans pouvoir se faire enregistrer », se désole-t-il. Requérant l’anonymat, il croit qu’il manque de la volonté chez les responsables pour offrir un service de qualité et recevoir les gens dans la dignité. Pour lui, c’est un service simple et rapide. Il reconnaît toutefois que c’est un grand désordre. « Il y a trop de chefs pour ce service. Trop de VIP », s’insurge-t-il comme pour expliquer le désordre.

À l’intérieur comme à l’extérieur les grognes multiplient. Pas de service d’accueil. Pas d’indicateurs. Les plus susceptibles se sentent mal à l’aise devant le traitement que leur infligent les policiers affectés à la sécurité du bâtiment. Les clients s’interrogent sur l’incapacité des Tribunaux de Première Instance de délivrer des casiers judiciaires dans toutes les juridictions du pays.

Hansy Mars



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