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Esther Grégoire, lauréate de la quatrième édition du concours de plaidoirie du BDHH

Esther Grégoire, lauréate de la quatrième édition du concours de plaidoirie du BDHH



Énergique, éloquente, dynamique, voilà des adjectifs auxquels l’on ne saurait ne pas attribuer à Esher Grégoire. Étudiante finissante de la FDSE en Sciences juridiques, elle a participé cette année à la quatrième édition du concours de plaidoirie sur les Droits humains organisé par le Bureau des Droits humains en Haïti (BDHH) qui a pour objectif non seulement d’inciter les jeunes à produire des réflexions sur des thématiques sensibles, mais aussi de permettre la découverte de jeunes talents dans l’art oratoire. En ayant convaincu les membres du jury du quatrième prix de ce concours, Esther Grégoire s’est démarquée des autres concurrents en se hissant au sommet.


Le National : Tout d’abord, dites-nous-en plus sur vous.

Esther Grégoire : Depuis le vendredi 22 mars 2019, date à laquelle j’ai été sacrée championne de la quatrième édition du concours de plaidoirie organisé par le BDHH, beaucoup se demandent qui je suis. De ce fait, je vous remercie de me donner un espace pour leur répondre. Je suis née à Port-au-Prince en 1993 et j’ai fait mes études classiques au collège Catherine Flon. Si pour certains, je suis tenace, dévouée et déterminée, je me considère comme une fille simple et joviale qui s’est toujours distinguée par son sens de responsabilité. D’ailleurs, c’est ce qui m’a toujours permis d’être au premier rang que ce soit à l’école ou à la fac. Souvent première à l’école, de plus je suis sortie lauréate de ma promotion en troisième année et mes professeurs m’ont toujours témoigné leur appréciation. En 2016, j’ai été troisième lauréate du concours national de dissertation organisé par le CEIS et première lauréate de la catégorie « étudiant du texte et de reportage » organisé par l’OPC en 2018. J’ai compris très jeune que le travail était la meilleure façon de réussir.

L.N. : Dites-nous quelles sont les raisons qui vous ont poussée à participer à ce concours.

E.G. : Je pense que la première année comme tout candidat, c’était l’envie de gagner. Mais cette année, en plus de ma passion pour les droits humains, le plaisir de prendre la parole en public, j’avais une tout autre motivation : mon échec à ce même concours l’année dernière. J’ai été, en 2018, candidate malheureuse et je l’ai très mal vécu. L’ennui c’est que je n’avais rien contre le verdict du jury, mais contre moi-même. J’estimais que c’était indigne de moi. Que j’avais beaucoup plus que ça à offrir. Alors j’ai tenté l’expérience une deuxième fois pour me montrer que j’étais capable de me dépasser, de déplacer les barrières et les limites. C’était une question d’amour propre. Je pense que cela m’a donné plus de détermination pour arriver à la finale et remporter le concours.

L.N. : Parlez-nous de l’expérience que vous avez vécue lors du concours de plaidoirie du BDHH où vous avez remporté le premier prix.

E.G. : Une expérience réjouissante, mais très pénible malgré ma motivation. Le concours n’était pas gagné d’avance quoique je fusse très motivée et que j’avais le soutien de ma famille, mes collègues et mes amis. À certains moments, je me remettais en question, j’avais des doutes. Maintenant que j’en parle, lors de la première joute oratoire, j’étais paniquée et, à ces moments, l’on se retrouve à se demander qui est l’adversaire. Dans mon cas, c’était quelqu’un que je n’avais jamais rencontré.

Pour la deuxième phase des joutes oratoires, il était convenu que nous travaillons sur sept sujets différents : le droit de grève pour le personnel médical, la dénonciation publique des faits de harcèlement, la guerre juste, la justice privée, la gestation pour autrui, la médiation pénale et la restauration de l’armée haïtienne. Peu importe le sujet, je savais que je devais travailler également sur la thèse affirmative. Non seulement cela demandait beaucoup de travail, mais il y a des sujets qu’on ne souhaitait pas avoir. Sans compter que l’on ne connaissait pas qui serait notre prochain adversaire tant qu’on ignorait quel sujet on allait débattre. Cette phase était pour ainsi dire très stressante.

Pour les quarts de final, j’ai dû affronter des concurrents redoutables et très brillants comme NEM Jean-Baptiste, Sondernyse Michel et Syvrain Jerry. Je pense qu’en dépit des inquiétudes et des moments de doute, j’ai joué, depuis le premier match jusqu’à la finale, de très bon match avec des adversaires qui m’ont toujours épaté. Je pense que c’est une génération de juriste qui fera parler d’elle dans les jours à venir.

L.N. : Cette année, les sujets sur lesquels vous avez dû produire des réflexions étaient particulièrement controversés. Pour ou contre la pénalisation de la prostitution était l’un des sujets, quelle a été votre position et dites-nous pourquoi.

E.G. : On ne choisit pas sa position, cela nous est imposé lors de la première joute et durant les autres, on fait un tirage au sort. Néanmoins, que cela fasse ou non partie de nos convictions, peu importe la position, l’on doit s’arranger pour aborder de façon originale le sujet. C’est ainsi que je me suis retrouvée à plaider pour « la pénalisation de la prostitution », non pas parce que je le voulais, mais tout simplement parce que le hasard en a décidé ainsi lors du tirage au sort. Je vous donne raison en disant que la plupart des sujets étaient controversés, surtout qu’ils se portent sur des débats de société avec des enjeux politiques et sociaux qu’il convient de poser si on veut faire avancer la cause des droits humains en Haïti.

L.N. : Nous savons que vous avez déjà participé à la troisième édition du concours de plaidoirie organisé par la BDHH l’année dernière, est-ce la rage de vaincre qui vous a poussée à vous représenter cette année ?

E.G. : La rage de vaincre ? (Rire). Je ne dirais pas que j’ai été animé par la rage de vaincre et d’essuyer à jamais mon échec passé. De préférence, je parlerai plutôt d’entêtement, de ténacité. Je voulais tout simplement faire mieux que la première fois que je me suis présentée à ce concours, à savoir l’année dernière. D’ailleurs, c’est ainsi que j’ai gagné mes 2 autres concours (l’OPC, CEIS), en me représentant la deuxième fois. C’est dire que j’apprends de mes erreurs et que je ne laisse pas l’échec me définir. Tant s’en faut. Je les utilise pour atteindre mon but en travaillant plus fort. Comme j’aime à le dire, échouer donne la possibilité de recommencer plus intelligemment.

L.N. : Sans nul doute, vous avez consenti un grand effort pour faire valoir vos arguments surtout que vos adversaires étaient coriaces. Que représente ce prix pour vous ?

E.G. : Ce prix représente énormément pour moi. Et il me dit que si je travaille durement et que j’ai confiance en moi, je peux aller très loin. C’est un début. C’est le résultat de plusieurs mois de travail et de dur labeur. Je crois que j’ai de quoi être fier. Comme le dit Danovald Charles, le lauréat de la précédente édition, c’est une aide au démarrage. On a tous besoin d’un déclic, d’un point de départ pour avancer. Je pense faire de ce prix le point départ de ma carrière en tant que jeune.

L.N. : Lors de votre dernière altercation avec Jerry Syverain dans la phase finale du concours, vous étiez censé défendre la position pour du dernier sujet : la violence dans les luttes sociales. Pouvez-vous brièvement nous faire part des arguments qui vous ont valu le premier prix ?

E.G. : C’est l’une des positions les plus difficiles que j’ai eues défendre dans le concours. Plaidoyer pour le recours à la violence dans les luttes sociales dans un débat portant sur les droits humains n’est pas évident surtout lorsqu’on sait ce qui se passe généralement dans ces cas. J’ai alors présenté le recours à la violence à l’instar de Karl Marx comme vecteur de changement et de transformation sociale. J’ai évoqué l’exemple de la Révolution française et de la Révolution haïtienne qui ont été violentes, mais ont accouché des sociétés libres et démocratiques. J’ai montré que les droits dont nous pouvons nous enorgueillir aujourd’hui, nous les devons en ayant eu recours à la violence parce que le marronnage, l’avortement, la pendaison que les esclaves utilisaient comme moyen alternatif à la violence n’ont pas donné de résultats. Donc de nos jours, si les sitting, les manifestations, les pétitions, les marches pacifiques et même la désobéissance civile n’arrivent pas à réveiller la conscience de l’État, profondément endormie, le recours à la violence devient excusable dans la mesure où il devient un acte commandité par la nécessite de la légitime défense contre un système oppresseur. J’ai montré que nous ne pouvons pas tolérer l’intolérable et accepter tels des lâches cette situation misérable dans laquelle vit une bonne partie de la population. J’ai donc évoqué Gandhi qui nous conseille la violence à la lâcheté. Le recours à la violence est donc une façon de demander des comptes à l’État.

Le National : À ceux et celles qui voudraient participer à ce concours l’an prochain, que leur diriez-vous en guise de message ?

Esther Grégoire : Je les encourage à tenter l’expérience ainsi qu’à ceux qui étaient dans la course cette année. Ils peuvent prendre exemple sur moi ou sur Alabre Makenson, le lauréat de la deuxième édition de ce concours. Tous deux, nous avons échoué lors de notre première participation et à la deuxième, nous avons remporté le prix. Je vous encourage à le faire, car on y gagne beaucoup comme la confiance en soi, l’écoute des autres, la capacité d’argumenter et de convaincre, la capacité de synthèse. Ce sont là des qualités que j’ai acquises en participant moi-même au concours. Être lauréat est peut-être gratifiant et honorifique, mais on gagne également plus de savoirs que nous n’avions pas au début. Les formations sur les techniques de plaidoirie et sur l’art oratoire offerts par la BDHH et ILEAD, les accompagnements à la recherche, le stage et pour les finalistes, la possibilité de participer à des concours internationaux ne sont que bénéfiques à un jeune étudiant en Droit.

Propos recueillis par : Laïka Mezil




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