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« Les évangélistes tentent de tuer le rara », dénonce Erold Josué

« Les évangélistes tentent de tuer le rara », dénonce Erold Josué








Le rara, principale manifestation populaire de la saison pascale en Haïti, serait en perte de vitesse, de l’avis de certains observateurs. À part quelques communautés où les festivités restent grandioses, le pays a presque tourné le dos à cette tradition. Le directeur général du Bureau national d’ethnologie (BNE), Erold Josué, reconnait ce désintérêt qu’il explique par une crise identitaire qui frappe la société haïtienne, un essor du protestantisme et les effets de la globalisation.

« Pendant que la majorité s’attarde sur la politique, la culture est en train de souffrir et Haïti se meurt doucement aux yeux de tout le monde », c’est le constat écoeurant du directeur du BNE exprimé dans une entrevue accordée à radio Solidarité, le lundi 15 avril 2019. Rappelant que le bureau qu’il dirige a pour mission d’inventorier, de faire connaître et de valoriser les traditions populaires, il informe que, comme chaque année, des activités sont organisées sur le rara. Mais faute de moyens financiers, les subventions accordées à des concours entre des bandes « à caractère patrimonial » ne seront pas au rendez-vous cette année. « À travers des conférences-débat, notamment un partage de connaissances se fera autour de la question », promet-il.

L’assaut du protestantisme

« L’arrivée massive d’évangélistes étrangers en Haïti constitue un des phénomènes provoquant le déclin du rara et d’autres manifestations populaires », croit M. Josué. Il dénonce les croisades entreprises par les missionnaires qui font passer des pratiques culturelles pour le satanisme tout en utilisant l’aide humanitaire pour attirer de nouveaux fidèles.

« Ces protestants disent n’importe quoi dans leurs sermons et tombent dans l’obscurantisme », s’indigne-t-il. Les défenseurs de la culture du pays doivent, selon lui, se rendre compte de l’ampleur de la menace que représentante l’évangélisation telle que pratiquée en Haïti ces derniers temps.

Les effets de la globalisation sur le rara

Il y a également une mauvaise approche de la modernité qui frappe sérieusement la tradition rara. Face aux réseaux sociaux qui exposent les jeunes à des contenus divers, la culture est affectée dans les pays pauvres, précise Erold Josué. Quoique certaines bandes à Léogâne et dans l’Artibonite gardent les aspects traditionnels, mais on ne peut pas ignorer, poursuit-il, l’influence d’autres pays et d’autres cultures. Et on assiste donc à une dénaturation du rara. « Cette évolution s’avère intéressante à certains égards, mais elle est un danger face au besoin de conserver des éléments fondamentaux », souligne le directeur du BNE.

Il appartient donc aux autorités compétentes de mobiliser de grands moyens en vue de protéger et conserver des traditions. Le bureau d’ethnologie qui se penche en permanence sur la question a déjà procédé à un travail de classification qui renseigne sur les formes pratiquées selon les générations. « Notre devoir n’est pas de dire comment faire, mais de protéger chaque nouveauté pourvu qu’elle appartienne à notre culture. Mais aussi nous encourageons le maintien des traditions », conclut-il en reconnaissant que l’évolution est inévitable.

Le rara est une musique populaire exécutée lors de défilés de rues pendant le carême en Haïti. Caractérisée par une cohésion remarquable entre les musiciens et les danseurs, tous vêtus selon un code précis, la bande de rara offre un spectacle déambulatoire émouvant. Les festivités qui se clôturent le dimanche de Pâques attirent encore la grande foule à Léogâne, dans l’Artibonite et dans d’autres communautés à forte tradition vodou.

Kendi Zidor



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