S'identifier Contact Avis
 
26.11° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video
Jean-Jacques Cadet présente sa thèse sur la réception du marxisme en Haïti

Jean-Jacques Cadet présente sa thèse sur la réception du marxisme en Haïti








Le lundi 3 juin, à 14 h 30, a eu lieu, à l’université Paris 8, la soutenance de thèse de doctorat de Jean-Jacques Cadet, journaliste pigiste pour le Monde Diplomatique, qui a défendu avec clarté et précision son travail de 444 pages. Face à un jury composé de six personnes, dont le directeur de thèse Patrice Vermeren, l’étudiant a présenté les grandes lignes de sa thèse axée sur l’usage singulier du concept d’aliénation chez les marxistes haïtiens.

Désormais docteur en philosophie, Jean-Jacques Cadet a soutenu sa thèse, lundi, devant un large public composé en majorité d’étudiants haïtiens. Pendant plus de 3 h, il a passé en revue les grandes figures marxistes haïtiennes justifiant par la même occasion le choix de travailler sur ce sujet en vue d’apporter sa contribution à une meilleure lecture du marxiste haïtien.

Jean-Jacques Cadet argumente l’orientation anticolonialiste de la pensée marxiste haïtienne en analysant ses deux emprunts théoriques, à savoir la négritude et la théorie de la dépendance. Son objectif consiste à montrer l’importance de la question coloniale dans une pensée qui se réclame des catégories de classes et d’exploitation. La pensée marxiste haïtienne, soutient-il, s’est élaborée contre l’occident colonial en reconceptualisant à partir du réel haïtien la catégorie d’aliénation. « Ce concept demeure la porte d’entrée et la force créatrice de cette pensée débutée en 1946, à partir de la révolte contre le président Élie Lescot », a-t-il expliqué.

Michael Löwy, l’un des membres du jury et spécialiste reconnu de la pensée de Karl Marx, interroge la première partie de la thèse axée sur les débats relatifs au concept d’aliénation. Dans cette partie, Jean-Jacques Cadet analyse les approches d’Henri Lefebvre et de Louis Althusser tout en les inscrivant dans la « crise du marxisme ». Selon lui, ces auteurs optent pour un marxisme hétérogène fondé sur de nouvelles questions. La thématique coloniale émerge dans ce contexte, ce qui a permis l’arrivée des marxismes périphériques. Cette partie n’est pas sans utilité, répond Jean-Jacques Cadet à la question de M. Löwy, car « elle permet de retracer dans la pensée occidentale la naissance réactive du marxisme haïtien », a avancé Jean-Jacques Cadet affirmant par là la nature rebelle des approches des intellectuels-communistes haïtiens.

Les échanges étaient animés entre Martin Cortés, philosophe argentin spécialiste de José Arico, qui trouve toute la pertinence de la thèse dans la deuxième partie mettant en dialogue les marxistes haïtiens et les théoriciens de la dépendance. Selon lui, cette partie de la thèse vise à signaler l’influence des thèses de la dépendance dans la proposition semi-coloniale/semi-féodale des marxistes haïtiens. Il a aussi souligné les traces de la négritude qui restent la source de la conception haïtienne de l’aliénation.

Yala Kisukidi pour sa part, la seule femme du jury, appelle Jean-Jacques Cadet à la mobilisation de la nécropolitique de Achille Mbembe afin de saisir les enjeux théoriques autour de la catégorie de zombification. Quant à Matthieu Renault, maître de conférences à l’université Paris 8, il souligne l’importance des travaux de Jacques Stephen Alexis et en profite d’annoncer la publication d’un ouvrage de Jean-Jacques Cadet qu’il a préfacé.

Jean-Jacques Cadet explique par distillation la méthode de lecture des marxistes haïtiens. Ce concept désigne à ses yeux une posture analytique de déchiffrement des discours occidentaux. La distillation du marxisme, définit-il, consiste à décortiquer les côtés d’ombre de cette pensée faisant fi du monde postcolonial. « La trajectoire théorique du marxisme haïtien reflète cette démarche anticoloniale exigeant un intérêt particulier pour l’espace. On peut comprendre pourquoi l’exil a été un moment déclencheur de la richesse analytique du marxisme haïtien », a soutenu le jeune docteur qui a su montrer qu’il y avait de la suite dans ses idées et qu’il pouvait défend efficacement son positionnement théorique devant un jury acquis à sa cause.

Ce travail bénéficie des regards positifs du philosophe haïtien, Edelyn Dorismond, qui a présidé ce jury. En sa qualité de rapporteur, le directeur de Programme au Collège International de philosophie (CIPH) et président de l’Institut des Politiques publiques (IPP) a souligné la pertinence des analyses de Jean-Jacques Cadet tout en insistant sur la nécessité d’approfondir au-delà du marxisme le « paradigme de la zombification ».

Toute l’originalité de la thèse se trouve en effet au niveau de l’échec de l’anticolonialisme du marxisme qui n’arrive pas à sortir de l’épistémologie occidentale. Les marxistes haïtiens, dit-il, critiquent les savoirs eurocentrés dans les mêmes rhétoriques de l’universalisme, de l’humanisme et d’une philosophie linéaire de l’histoire. « La thèse consiste à interroger le fondement décolonial du marxisme haïtien ». Malgré les félicitations du jury pour son travail, Jean-Jacques Cadet ne cesse de préciser qu’il y a encore des zones épistémiques à explorer afin de saisir le nœud de ce marxisme singulier, original et riche. Étant le premier travail universitaire sur le marxisme haïtien, sa publication est vivement recommandée par tous les membres du jury afin de rendre publics les résultats de cette recherche de six années.

Jocelyn Belfort
Doctorant en Information et Communication
belfort06jocelyn@gmail.com



Articles connexes


Afficher plus [3251]