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Marie Thérèse, une menace qui patauge entre désespoir et pauvreté au cœur de Pétion-Ville

Marie Thérèse, une menace qui patauge entre désespoir et pauvreté au cœur de Pétion-Ville








Située dans l’aire de la route de Frères, à une centaine de mètres du quartier précaire de Bobin à la rue Jeanty, dans la commune de Pétion-Ville, Marie Thérèse est l’un des bidonvilles dont on parle très peu en Haïti. Comparativement à certaines localités comme Cité Soleil, Martissant, Raboto, entre autres, Marie Thérèse ne fait pas parler d’elle. Mais, elle se présente comme une menace évidente et croissante dans la commune de Pétion-Ville.

En tant que quartier précaire, la zone abrite des dizaines de milliers d’habitants dans un espace relativement restreint. Elle est dotée d’un accès insuffisant à l’eau, à l’assainissement, où la structure du logement est très faible. Les habitants se procurent des camions d’eau et s’alimentent de l’eau traitée par osmose du secteur privé pour éviter les maladies hydriques comprenant, entre autres, le choléra, la typhoïde, la polio, la méningite, l’hépatite et la diarrhée. Presque la totalité des maisons ne sont pas achevées, si l’on se réfère à la loi en vigueur, mais elles sont toutes habitées. Comme indiqué par l’ONU HABITAT, dénommé officiellement Programme des Nations unies pour les établissements humains, Marie Thérèse, comme tous les quartiers précaires, est une zone victime de l’absence de réponses sociales, où les habitants créent de manière non planifiée leur propre quartier. Elle est aussi le refuge d’un nombre considérable de jeunes se livrant à la drogue, et toutes formes de corruption morale et sexuelle pour survivre. Selon des citoyens voulant rester dans l’anonymat, certains d’entre eux sont en possession d’armes à feu.

Marie Thérèse s’est montrée de plus en plus violente à partir de juillet 2018. Interrogés par Le National, des riverains ont témoigné que de jeunes drogués font alliance avec des hommes violents de Delmas 95 pour commettre des actes illégaux, répréhensibles. Selon des habitants de ce quartier précaire, avoir un travail, développer une vision ou démontrer une certaine différence, c’est un acte blessant susceptible de provoquer la jalousie. D’autres se font parfois passer pour des mendiants relativement violents pour ravir quelques sous des piétons. Des riverains ont affirmé que ces jeunes se dissimulent parfois dans la cour de l’Hôpital de la communauté haïtienne, et souvent dans la courbe reliant la route de Péguy-Ville et la Route de Frères pour commettre surtout des vols. Nombreux habitants interrogés ont confirmé avoir perdu ainsi leurs objets, leurs téléphones en particulier.

Animés par un sentiment d’abandon et de désespoir, de jeunes hommes et femmes se tournent vers le mysticisme et les esprits du vodou en quête de chance. Des vodouisants de la zone ont confirmé que de plus en plus de jeunes voient dans le mystique le meilleur moyen de sortir du chaos national. « Aujourd’hui, les jeunes sont prêts à tout pour avoir de l’argent, vu qu’ils ont du mal à faire de l’argent. Sur recommandation des prêtres vodou, ils se parfument d’eaux puantes, prennent des bains de boue fétides, entre autres. Les jeunes filles en particulier cherchent des méthodes mystiques pour attirer les richards », ont narré des détaillants habitant à proximité de l’un des péristyles de la zone. Il faut aussi souligner que d’autres jeunes se tournent vers l’Évangile, non pour avoir de bonnes relations avec Dieu Jésus-Christ, mais pour pouvoir jouir des bonnes grâces financières de Dieu.

Depuis, le soulèvement populaire le 7 juillet 2018, et pendant les mouvements « Pays lock » de l’opposition haïtienne, Marie Thérèse s’est fait remarquer par des actes de violence, la multiplication des vols. Cependant, selon des riverains, c’est l’une des zones de Pétion-Ville qui n’ont pas été matériellement victimes des incendies en série perpétrés par des manifestants contre le pouvoir en place. Au lendemain des incendies de Delmas 95, des centaines de manifestants se sont rendus à Marie Thérèse pour continuer les incendies de maisons et voitures. Encore que nombreux riverains sont contre la politique du président Jovenel Moïse, il y eut un soulèvement général contre les envahisseurs, ayant justement à leur tête des jeunes drogués et armés. Une initiative qui rappelle le fameux Arnel Joseph qui, à la tête d’un gang armé, est parvenu à se faire accepter dans des communautés en se disant au service de la population face à un État irresponsable et incohérent. Serait-ce le début d’une telle dérive à Marie Thérèse ?

Des responsables de la Fondation Katapausis, institution ayant planifié un important projet de formation informatique pour de jeunes filles de la zone en 2017, ont expliqué que Marie Thérèse est une zone qui patauge entre désespoir et pauvreté. Selon ces professionnels, si les autorités de l’État ne font rien pour soulager la misère de cette population, pour donner de l’espoir à cette jeunesse laissée pour compte, il n’y a pas de doute, ce quartier précaire de la Route de Frères sera l’un des plus dangereux du pays dans les prochaines années.

Josué Pierre-Paul



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