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Le féminisme est une façon de vivre, selon Vita Pierre

Le féminisme est une façon de vivre, selon Vita Pierre








Le National a rencontré Vita Pierre de retour de sa participation au Labcitoyen 2019.

Le National : Mme Vita Pierre Bonjour, vous êtes écrivaine, avocate et travailleuse sociale. Vous vous réclamez surtout du féministe depuis un certain temps quoique vous soyez, la plupart du temps, en contradiction avec d’autres féministes du pays. Y a-t-il en réalité une typologie de féminisme en Haïti et comment pouvez-vous l’expliquer ?

Vita Pierre : Bonjour Le National. J’ai eu effectivement un cursus en Droit et Travail social à l’UEH et je fais maintenant une maîtrise à l’UEH en développement et population, avec une orientation vers les politiques publiques et le genre. Je me revendique du féminisme qui constitue pour moi une façon de vivre. Je suis consciente de l’inégalité que le système construit entre les femmes et les hommes. J’ai fait le choix de vivre le féminisme. C’est-à-dire, rompre avec les anciennes pratiques, attaquer les stéréotypes et éviter de reproduire les clichés. Ce n’est pas facile, bien sûr, car je connais le défaut de reconnaissance et de l’acceptation de l’autre qui joue un grand rôle sur notre épanouissement. C’est pourquoi je dis qu’être féministe aussi c’est être une éternelle formatrice, dans votre stratégie de discours, dans votre choix de vivre et de comprendre qui sera totalement contraire à celui des autres.

En fait, la contradiction dans le monde de la pensée n’a jamais été une mauvaise chose. Au contraire, cela aide à faire avancer et à pousser nos réflexions. Partout dans le monde, quelle que soit leur mode de pensée, les gens n’ont jamais été toujours d’accord entre eux. Pas mal de femmes et d’hommes avant nous ont effectué des réflexions sur la problématique de l’inégalité homme et femme dans la société. Mais, il m’est difficile de dire qu’il existe des féministes. Pour le dire, il faudrait avoir la possibilité de les identifier par leurs écrits et leurs travaux. Mais si cela se résume à un acte ou un propos dans une interview ou une méthode de faire lors d’une activité que je questionne ou remets en question, cela ne me suffit pas pour dire que des féministes existent en Haïti. Je peux juste dire qu’il existe des activistes en Haïti qui ne seront pas toujours d’accord entre eux. Mais le plus important c’est qu’on est d’accord sur un point, la situation de la femme haïtienne doit changer.

L.N. : Vous venez de participer au programme Labcitoyen 2019 à Paris avec d’autres jeunes du monde. Parlez nous un peu de ce programme et de l’expérience.

V.P. : Le Labcitoyen est un programme de l’institut français, qui a réuni cette année 57 jeune de 50 pays différents, autour du thème : Droits des femmes : égalité et citoyenneté. Appuyés par l’ambassade de France. On a été deux (avec Jean d’Amérique) sélectionnés sur la base de notre engagement dans le secteur afin de confronter, discuter de nos expériences, rencontrer des acteurs français et internationaux. Pendant cinq jours, on a été à l’Assemblée nationale à Paris, à l’Élysée, à l’OCDE qui est l’organisation de coopération et de développement. On a rencontré aussi des organismes de femmes tels que : la maison des femmes à Saint Denis, Le palais de la femme et des membres de Osez le féminisme.

L.N. : Vous avez participé à des séances de travaux divers. Quelle thématique se rapportait beaucoup plus à Haïti ?

V.P. : Les ateliers sur la représentation politique et la visibilité médiatique, le droit à l’avortement, la lutte contre le harcèlement sexuel, les femmes et la technologie numérique, et les discriminations sur le marché du travail. En fait, dès qu’on pose la problématique des droits des femmes, partout ces points sont à souligner. Tous les sujets débattus sont des points ayant rapport avec Haïti.

L.N. : L’égalité homme-femme au travail a été le point central de Labcitoyen 2019. Comment différenciez-vous l’égalité homme-femme au travail et l’égalité homme-femme tout court ?

V.P. : L’une des journées a été consacrée au sujet de l’inégalité salariale dont subissent les femmes. Pour certains pays, il est de coutume que l’homme et la femme pour un même poste ne sont pas rémunérés de manière équitable. En théorie, cela n’existe pas en Haïti. Mais j’ai eu à souligner que l’exploitation sexuelle et le harcèlement sexuel en milieu du travail sont très courants. Le fait que des femmes subissent le pouvoir du patron et se font exploiter pour pouvoir garder leurs postes. C’est un élément de l’inégalité et de la pression sur les femmes. La violation de leurs droits. Aussi sur le fait que les femmes doivent continuer à être à la fois des super employées (bureau/maison/garde d’enfants... et autres....

L.N. : Il y a un mouvement de femmes en Suisse qui réclame un salaire pour femme au foyer. Elles ont même annoncé une grève le mois passé. Pensez-vous que cela puisse résoudre les problèmes de l’inégalité au travail ? Les femmes haïtiennes doivent-elles suivre cette même voie ?

V.P. : Ce que je dis toujours, c’est bon de regarder ce que font les autres. Par exemple, j’ai beaucoup appris des autres. J’ai même trop appris des autres représentantes au Labcitoyen. Mais, le contexte spécifique de chaque pays est à prendre en compte. Par exemple on doit regarder de notre côté comment les femmes haïtiennes subissent cette oppression dans le milieu du travail. C’est ça aussi l’enjeu. En même temps, on doit revaloriser les tâches que les femmes sont appelées à faire. Mais, il ne faut pas se perdre dans l’ébauche du construit et de la perspective de complémentarité qu’on tende à véhiculer qui est très fragile et qui ne fait pas avancer ni déconstruire ces choses toutes faites. Par exemple, dire qu’il faut payer les femmes qui s’occupent des enfants pour moi ce serait fragile en Haïti. Cela sous-entend à dire aussi aux femmes de se plaire à être mamans, mais mamans salariées.

Ici, on doit commencer par les lois. Que la législation haïtienne commence par inclure les congés paternels dans nos lois pour commencer à apprendre à nos hommes leur rôle dans les tâches ménagères et familiales. Que les politiques publiques visent une éducation de nos femmes. Que les femmes soient instruites dans la perspective d’être conscientes de leurs droits. Et que le harcèlement sexuel et l’exploitation sexuelle en milieu du travail deviennent des concepts spécifiques des lois et qu’ils soient pénalisés. Lorsque tout cela est réalisé, on n’aura pas à dicter aux hommes et aux femmes ce qu’ils doivent faire spécifiquement sur la base de leur sexe. La vérité ce n’est pas dans notre gêne que nous avons une spécialité dans la cuisine, l’éducation de nos enfants.

Peut-être après en sachant et en ayant le choix de faire ou ne pas faire sans que le jugement sur la base de sexe des autres ne vous accable. Peut-être ce serait une joie pour une femme de cuisiner, de faire ses bébés et s’en occuper sans se soucier du devoir de père, mais tout cela ne sera pas défini au préalable par rapport à son sexe. Pour dire vrai, il y a beaucoup de nuances et d’analyses. Mais en gros, c’est un fait. À travers le monde, les femmes ont décidé de vivre leurs droits.

Lesly SUCCÈS



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