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Plus chaud que ça, tu meurs !

Plus chaud que ça, tu meurs !








« Écoutez les scientifiques ! Voici ce que j’aurais dit à Donald Trump si je devais le rencontrer ! », a répondu l’adolescente suédoise Greta Thunberg, égérie des jeunes en grève contre la politique climatique mondiale, qui connaît le climato-scepticisme viscéral du président américain. La militante du climat (16 ans) a parfaitement raison, car les rapports alarmistes des chercheurs sur le sujet ne manquent pas. Et cette fois, c’est une équipe internationale (1) de scientifiques qui vient de publier dans la revue spécialisée Science advances le résultat de leurs travaux. Ces chercheurs apportent une réponse à la question que les scientifiques – et tout un chacun d’ailleurs – se posent chaque jour : « Jusqu’où la végétation planétaire va-t-elle réagir positivement dans cette intime relation entre l’élévation du CO2 dans l’atmosphère, la température et le taux d’humidité dans l’air ? » La découverte de ces experts est pour le moins inquiétant.

Ces spécialistes du climat ont constaté que le « phénomène positif » du gain de CO2 s’est arrêté depuis 2 000 « à cause de l’humidité qui croît moins vite que la température de l’air ». « On pourrait la résumer par un adage shadokien, traduit la journaliste Sylvestre Huet du quotidien en ligne lemonde.fr (2), plus c’est moins humide que ce serait possible et moins les végétaux croissent ». Pour faire plus simple, disons : plus la température augmente et moins l’humidité profite aux végétaux qui en arrivent à dépérir et moins ils croissent. C’est la situation !

Jusqu’à présent, les climatologues avaient observé une « réponse positive » de la végétation planétaire au réchauffement climatique dû à l’augmentation du CO2. Le fameux « verdissement » qu’ils ont observé par satellites, notamment aux hautes altitudes nord. Ce verdissement n’est pas généralisé, précise-t-on, parce que contrarié par des phénomènes locaux, notamment la déforestation dans les forêts tropicales. « Logique, commente Huet. Plus de CO2, c’est plus de carbone disponible pour la photosynthèse. Des températures plus élevées, c’est favorable dans une bonne partie des terres émergées de l’hémisphère nord, tempérées ou boréales [Ndlr : situé à proximité du pôle Nord] ».

La température et le CO2 ne suffisent pas : les feuilles des plantes ont besoin d’eau. Pas besoin d’être maraicher pour le savoir. L’eau en quantité suffisante permet aux feuilles de faire leur « photosynthèse à fond », c’est-à-dire de synthétiser des matières organiques grâce à l’énergie lumineuse, en absorbant le gaz carbonique de l’air et en rejetant l’oxygène. « Car si elles [les feuilles] sont en manque, rappelle encore Huet, pour prévenir les dégâts de la sécheresse sur la plante ou l’arbre, elles vont fermer leurs stomates afin de moins “'transpirer”' et économiser leur eau ». Un stomate est un orifice de petite taille présent dans l’épiderme des organes aériens des végétaux (sur la face inférieure des feuilles le plus souvent). Il permet les échanges gazeux entre la plante et l’air ambiant (dioxygène, dioxyde de carbone, vapeur d’eau...) ainsi que la régulation de la pression osmotique.

En se basant sur la physique de base, en particulier sur la relation de Clausius Clapeyron (2), les scientifiques expliquent que « plus l’eau et l’air sont chauds, plus il y aura d’évaporation des océans ». Et « plus l’air est chaud et plus il peut contenir de vapeur d’eau ». Pas normal ? Oui, jusqu’ici ça va... sauf que les scientifiques nous font savoir que dans la réalité, la chose se présenterait autrement : on s’écarterait du principe évoqué plus haut. « L’air ne contient pas nécessairement toute la vapeur d’eau qu’il peut contenir ». Les scientifiques appellent ce phénomène le VPD (« Vapor pressure deficit » ou « déficit de pression de vapeur »), un manque de vapeur d’eau par rapport au maximum. Le VPD quantifie cette carence.

La sécheresse nous guette

Les auteurs de l’article de Sciences Advances rapportent qu’au tournant du 20e et 21e siècle, les spécialistes ont découvert que l’évaporation des océans a cessé d’augmenter pour parvenir à diminuer. Deuxième observation : le VPD augmente. La troisième découverte est que les indices de croissance végétale ont cessé d’augmenter, voire diminuent. Les vastes régions qui pendant la période 1999/2015 avaient accusé une réaction positive au réchauffement et à l’augmentation de la teneur en CO2 de l’air ont basculé dans une réaction inverse (sur le tableau présenté par les chercheurs, elles passent du « vert » au « rouge »).

Les auteurs expliquent que c’est ce « déficit croissant de vapeur d’eau » contribue aux mortalités observées dans les forêts dues aux sécheresses. Ce phénomène conduit à l’ouverture des stomates des feuilles, donc à une diminution de la photosynthèse, une augmentation de la perte de la vapeur. « En outre, précisent les scientifiques, si les sols sont secs, une demande trop forte d’eau par les parties supérieures de l’arbre peut rompre la continuité du cheminement de la sève et provoquer l’affaiblissement ou la mort de l’arbre ». Si le phénomène se poursuit et s’accentue, il va conduire à diminuer la part de nos émissions de CO2 captée par la biosphère et une accélération du réchauffement climatique. La sécheresse nous guette et les coups de chaleur fatals pour les personnes âgées.

On n’en finit pas. On a appris tout récemment que le réchauffement climatique a ranimé une plante éteinte depuis des millions d’années. (3) Il s’agit d’un cycas (Cycas révolta) qui, pour la première fois, a produit en extérieur (en revanche elle est abondamment cultivée comme plante d’intérieur) des organes mâles et femmes sur l’île de Wight, au large de la côte sud de l’Angleterre. Pour Céline Deluzarche de Futura Planète, c’est un « signe supplémentaire » du réchauffement climatique. Elle explique que native du sud du Japon et des îles Ryukyu, cette plante primitive apparue il y a 280 millions d’années dominait la flore terrestre à l’époque des dinosaures. « Mais, poursuit-elle, elle avait quitté nos latitudes depuis bien longtemps et a quasiment disparu à l’état sauvage ».

Et grâce au réchauffement de la planète, elle est revenue. Soit ! Mais pour combien de temps encore, compte tenu des pronostics des spécialistes du climat qui prévoient une accentuation de la mauvaise tendance et une extinction de la tendance « positive » ? Pour éviter d’autres anomalies du même genre, il ne reste qu’à espérer que les adolescents et les jeunes du monde autour de Greta Thunberg ainsi que les scientifiques du climat arrivent à faire plier les politiques et le monde de l’argent devant la nécessité de la vie !

Huguette Hérard

Notes
(1) Cet article découle d’un travail conduit par une équipe internationale (Chine, France, Australie, Corée du Sud, USA, Japon, Suisse, Allemagne, Royaume-Uni). Un travail d’analyse « très complexe sur des jeux de données satellitaires très lourds sur l’ensemble de la planète », indique le quotidien en ligne lemonde.fr.
(2) Lemonde.fr, 15 août 2019, paru sous le titre « Climat : la croissance végétale en panne sèche », signé Sylvestre Huet.
(3) La formule de Clapeyron est une « relation permettant de définir l’évolution de la pression de changement d’état d’un corps pure en fonction de la température. Cette équation porte le nom d’Émile Clapeyron qui l’établit en 1834 » (Wikipédia).
(4) Futura Planète, 2 septembre 2019.



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