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La phytothérapie, un traitement sans danger ?

La phytothérapie, un traitement sans danger ?








Une tendance mondiale : de plus en plus de personnes préfèrent la médecine douce ou les médicaments à base de plantes, en raison des effets secondaires des traitements classiques. Ces remèdes naturels ont la réputation d’être efficaces et surtout particulièrement tolérables. Est-ce tout à fait vrai ? Interrogé à ce sujet, un pharmacologue (1) donne son avis.

« Efficace de manière naturelle ». Qui ne va pas se ruer sur ces panacées quand on est persuadé d’avoir le beurre (la santé) et l’argent du beurre (zéro effet secondaire) et même le sourire de la crémaillère ? D’ailleurs c’est une tendance mondiale à l’ère du retour à la nature, d’autant plus que les médicaments classiques ont parfois des effets secondaires indésirables. Voici le message qui atteint le client : « ce qui est à base de plantes est inoffensif, non nocif ». À l’affût de juteux profits, les sociétés pharmaceutiques (occidentales) se lancent avec frénésie dans la commercialisation des plantes médicinales.

Un commerce lucratif au niveau mondial. Pour la seule Allemagne, il a rapporté l’an dernier 1,5 milliard d’euros. « Ce que beaucoup oublient, c’est que la nature n’est pas seulement là pour garder les gens en bonne santé : il peut aussi les tuer », avertit la consœur Julia Köppe. Elle se rappelle qu’au début des années quatre-vingt-dix, les pharmacies et certains magasins écologiques vendaient chez elle, en Allemagne, du kava kava, appelée plante paisible, réputée pour ses effets anxiolytiques. Les perfusions de la racine de la plante étaient censées aider le patient à se relaxer. À New York, depuis quelque temps, la nouvelle boisson à la mode pour ceux qui ne veulent pas consommer d’alcool est le kava, fait à base des racines trempées et pressées de cet arbuste. Le kava ou kawa est une plante originaire du Pacifique occidental et le mélange est consommé depuis plusieurs siècles dans l’archipel polynésien. Mais on a découvert que cette plante inoffensive agissant contre le stress, l’anxiété et l’agitation, endommagerait le foie. « Au moins un patient en est mort, affirme Köppe. Et trois autres ont eu besoin d’une greffe d’organe. »

Une autre plante médicinale appelée millepertuis (herbe de la Saint-Jean ou chasse-diable) utilisée dans le traitement de la dépression affaiblirait l’efficacité d’autres médicaments, y compris les anticoagulants et les médicaments pour le cœur. Cette préparation pourrait même conduire à des saignements intermittents, comme avec la pilule anti-contraceptive.

Il existe un autre médicament naturel très populaire utilisé en cas de douleur épigastrique et de crampes abdominales : c’est l’iberogast (3). Et cette phytopréparation complexe à effet anti-inflammatoire aurait des effets négatifs sur le foie. « Un décès et une greffe après l’échec du foie sont discutés. », indique encore Köppe.

Donc pas si soft que ça alors ?

Ces exemples montrent que les médicaments à base de plantes peuvent également avoir des effets secondaires dangereux. Le fait qu’ils soient encore souvent vendus comme soft agace au plus haut point le pharmacologue Bernd Mühlbauer. Dans une interview qu’il a accordée au quotidien en ligne Der Spiegel du 21 août dernier, il explique ce à quoi les consommateurs devraient particulièrement prêter attention.

Les plantes médicinales ont la réputation d’être particulièrement douces, bien tolérées et pauvres en effets secondaires, mais ce serait une partie de la vérité. « À base de plantes ne signifie pas automatiquement inoffensif et bien toléré ». Il ajoute qu’il peut présenter 50 plantes potentiellement mortelles utilisées dans les médicaments. « Bien sûr, en convient-il, dans une dose dangereuse ».

Ce qu’il veut dire au final, c’est que les substances végétales peuvent avoir aussi un effet secondaire indésirable. Il déconseille « fortement » de prendre des plantes médicinales soi-disant inoffensives sans raison médicale ou sans consultation avec un médecin. « L’exemple d’Iberogast montre que les ingrédients végétaux peuvent être dangereux. »

« Il existe des médicaments pour lesquels nous acceptons des effets secondaires graves, car ils sont très efficaces. Les médicaments contre le cancer, par exemple. En revanche, les données disponibles sur l’efficacité d’Iberogast ne sont pas convaincantes ». Il reconnaît que ce médicament peut aider en cas de dyspepsie fonctionnelle, également connue sous le nom d’estomac irritable ou colopathie fonctionnelle. Mais il ajoute que l’expérience a montré que des études ont montré que l’effet placebo impliquant des patients à estomac irritable est élevé. Donc la preuve de l’efficacité de ce médicament est, selon lui, faible. « Les dommages graves au foie sont inacceptables, même s’ils sont très rares. Je ne peux donc pas recommander Iberogast. »

Que doivent prendre les patients à la place ? « Il est impossible d’y répondre en termes généraux, car les maladies complexes peuvent être à l’origine de problèmes gastriques et intestinaux, dit Mühlbauer. Seul un médecin peut clarifier cela. » Il admet que les remèdes à base de plantes médicinales aident aussi certains patients. « C’est subjectif, on ne peut pas généraliser, avance-t-il. L’efficacité de ces médicaments n’est généralement pas clairement prouvée scientifiquement. »

Quels médicaments sont rangés dans la catégorie des plantes ou naturelles ? « Ça dépend de ce qu’on entend par là puisque pour lui, la majorité des médicaments ont une origine naturelle. « Prenez des antibiotiques ! Ceux-ci sont souvent produits à partir des champignons ou des bactéries. Même les préparations synthétiques sont basées sur des substances naturelles », a-t-il dit. Le terme phytopharmaceutique est utilisé pour parler de toutes les préparations pharmaceutiques dont les ingrédients actifs sont exclusivement d’origine végétale. Mais Mühlbauer affirme que les matériaux auxiliaires peuvent ne pas être à base de plantes. L’alcool, par exemple, est souvent utilisé comme solution support.

Interrogé sur les erreurs les plus courantes qu’on commet avec les remèdes à base de plantes, Mühlbauer cite le fait d’affirmer que leur efficacité est prouvée et qu’ils sont presque exempts d’effets secondaires et d’interactions indésirables. « Soft ne signifie rien en ce qui concerne les médicaments. Le terme est pure poésie publicitaire. Je trouve également regrettable que la population confonde des concepts tels que les phytopharmaceutiques, c’est-à-dire les médicaments à base de plantes, et l’homéopathie. Ils n’ont rien à voir l’un avec l’autre. Ça fait une différence si vous fabriquez une pommade à partir de la plante d’arnica ou si vous diluez l’ingrédient actif jusqu’à ce qu’il n’y ait même pas une molécule de la plante dans les globules ! ». En tout cas, le mieux est de jongler avec la médecine classique et la naturelle, en tirer profit des deux.

H. Hérard

N.d.l.r.
1) Prof. Dr. med. Bernd Mühlbauer est directeur de l’Institut de pharmacologie clinique à l’hôpital Klinikum Bremen-Mitte (Allemagne) et membre de la Commission des médicaments de l’Association médicale allemande, un comité d’experts chargé de fournir des conseils scientifiques indépendants à l’Association médicale allemande sur les questions de politique pharmaceutique.

2) Le 21 août 2019, interview de Julia Koppe

3) Principes actifs : ibéris amer (Iberis amara), racines d’angélique (Angelicae radix), fleurs de camomille (Matricariae flos), graines de cumin (Carvi fructus), fruits de chardon-Marie (Silybi mariani fructus), feuilles de mélisse (Melissae folium), feuilles de menthe poivrée (Menthae piperitae folium), chélidoine (Chelidonii herba), racines de réglisse (Liquiritiae radix), éthanol (31 % d’alcool).



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