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…Entre temps, les médias continuent de servir le système, au mépris de leur responsabilité

…Entre temps, les médias continuent de servir le système, au mépris de leur responsabilité








Après la chute de de la dictature des Duvalier le 7 février 1986, les médias ont pris une place importante dans ce qu’on appelle la transition démocratique en Haïti. La galerie médiatique est devenue un carrefour incontournable où journalistes et invités débattent sur des questions pour la plupart d’actualité. Ainsi les médias traditionnels notamment les radios et les télévisions constituent-ils des vitrines très prisées dans l’univers médiatique haïtien à travers lesquelles les acteurs (politiques) et le public se côtoient.

Les radios et les télévisions sont les médiums les plus populaires et les plus utilisés en Haïti. Le journaliste Vario Sérant dans son livre « Sauver l’information en Haïti » avance que « les résultats d’un sondage réalisé par l’institution Gallup en 2003 révèlent que 92% des Haïtiens possèdent ou ont accès à la radio ». Le recours aux médias en particulier aux radio-télédiffusions par les acteurs parait une nécessité : les politiques n’hésitent pas à utiliser ce moyen pour faire passer leurs messages.

À entendre les différentes émissions politiques diffusées sur les ondes des radios et télévisions en Haïti, on dirait que nous avons une manière de faire propre à nous : des médias qui font l’exact contraire de ce que devrait faire un média. Aujourd’hui, le citoyen avisé constate et se plaint du mutisme de la majorité des médias sur des sujets essentiels et fondamentaux. Il est évident que les médias sont sous influence des pouvoirs politiques et économiques. Cet état de fait modèle la façon dont l’employé (le journaliste) essaie de faire son travail. Par conséquent, on assiste à une déperdition considérable du savoir-faire du métier de journaliste. Ainsi, ce dernier adopte en général deux types de comportement :

Le premier type de comportement est celui d’un journaliste qui, dans une langue de bois, a pris position soit pour ou contre le pourvoir ou l’opposition, sous prétexte qu’il est un journaliste d’opinion. Dans ce cas, il sombre dans un fanatisme pur et simple, prisonnier des oppositions binaires (ex : pouvoir et opposition) sans jamais rentrer dans la nuance des choses. À cet effet, tous les moyens (manipulation, désinformation et diversion) sont bons pour défendre ses patrons au détriment des intérêts nationaux..

Le deuxième type de comportement est celui d’un journaliste qui pratique le silence-complice. Pendant son émission (interview), il ne fait que donner la parole aux intervenants. Il nie son devoir de peser face à son interlocuteur. Ce faisant, le journaliste semble s’effacer pour donner libre champ à des hommes politiques qui généralement font fi de l’intérêt commun au profit de leurs intérêts à soi contingents. À ce propos, Fritz Jean Jacques dépeint le tableau du politique haïtien comme un homme ayant un comportement stéréotypé, un langage flatteur et mensonger.

Natacha Polony dans une interview accordée à Thinkerview déclare, je cite : « Le rôle des médias est de fournir des informations utiles qui vont permettre aux citoyens de construire leur opinion. Il s’agit de mettre sur la table les différents éléments (informations), de les replacer dans un contexte, et de faire surgir les débats. Le travail médiatique est un travail de participation au processus démocratique. Il s’agit de décrire le monde (les faits) tel qu’il est le plus honnêtement possible, mais aussi de permettre de comprendre les faits de façon à ce que chez celui qui écoute puisse se construire une réflexion, un libre arbitre et une argumentation. Le journaliste n’a pas à éduquer les gens : il ne s’agit pas d’être directeur de conscience, de dire ce qui est bien et ce qui est mal. Le rôle du journaliste étant de mettre au maximum à distance la subjectivité et de faire preuve d’honnêteté intellectuelle sans tomber dans le prisme de la neutralité en se croyant parfaitement objectif ».

Prenons deux cas, symptomatiques, qui trahissent la volonté de la majorité des médias de servir le système, et leur refus de participer à la construction de notre jeune démocratie au bénéfice du peuple haïtien.

Le premier cas est celui de M. Rudy Heriveaux, l’un des conseillers du président de la République. Sur le rapport de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA) M. Heriveaux déclare que le travail est partial, et mérite d’être jeté dans une poubelle. À travers un pèlerinage médiatique, M. Heriveaux participait à une campagne de déstabilisation et de décrédibilisation de l’une des institutions du pays. Donc la République paie M. Heriveaux pour détruire les institutions. Et il faut noter que M. Heriveaux n’est ni administrateur, ni comptable, ni vérificateur (alors il peut toujours voler un titre comme l’a fait M. Jovenel Moise). En ce sens il n’a aucune légitimité de juger d’un point de vue technique et méthodologique la validité d’un rapport émis par la CSCCA. Cependant, il incombe de souligner que le travail de la cour est perfectible. Malgré toutes ces évidences, plusieurs médias (journalistes) donnent le champ libre à ce discours creux et destructif.

Le second cas est celui de la sortie du sénateur Joseph Lambert pour exprimer son désaccord avec le président de la République. Joseph Lambert est sans doute un animal politique au sens propre du thème c’est-à-dire quelqu’un qui se croit être dans une jungle où tout est permis. Il est l’un des enfants légitimes de ce système politique corrompu et mafieux. Alors pour expliquer, faire accepter et légitimer sa volte-face dans l’opinion publique, les médias de la capitale lui ont donné plus que 10 heures d’antenne (invité du jour sur Vision 2000, RSF, Jounal premye okasyon sur Caraïbe FM, Scoop FM…) pendant deux jours. Partant de l’hypothèse que M. Lambert est sénateur de la République et que sa décision fait actualité, mais la question fondamentale est de savoir comment traiter cette information pour un décryptage au bénéfice des citoyens. Sur ce sujet, le travail médiatique serait d’apporter les substratums susceptibles d’aider à la compréhension de l’acte politique du sénateur. Ainsi, on s’attendait à ce que les médias invitent de préférence des politologues, des professionnels en communication politique, des historiens… dans le souci d’analyser et d’essayer de comprendre le geste de l’homme politique. Le cas échéant, le citoyen aurait les éléments nécessaires pour construire sa propre opinion en tant que sujet politique. In fine, les médias aident l’animal politique dans son travail de manipulation et de construction d’une opinion publique favorable à son égard.

Les discussions s’effectuant dans l’espace public doivent prendre en compte des normes, des principes éthiques, des valeurs morales, et des règles où réside le sens des intérêts de la communauté. Autrement dit, les discussions qui mettent en valeur le monde vécu favorisant la cohésion sociale d’une communauté où tous les citoyens de ladite communauté, en participant à la chose politique, doivent être libres et responsables. À cet égard, pour Jean Marc Ferry, « la communication présente le monde de la vie comme l’espace d’une communication possible entre des êtres capables de parler et d’agir, de rendre compte de leurs actes et de les justifier à l’aide d’énoncés susceptibles d’être eux-mêmes critiqués ». Cela dit non seulement le public a droit à une information de qualité, complète, libre, indépendante et pluraliste, mais il a aussi droit à des débats où les intervenants respectent les quatre prétentions à la validité que propose Jürgen Habermas : intelligibilité, vérité, sincérité et justesse. À ce titre, la communauté politique doit reposer sur l’intersubjectivité permettant une intercompréhension ou une reconnaissance commune de tout acteur.

Mutatis mutandis, les médias ont des responsabilités au sein de la formation sociale dans laquelle ils s’implantent. Ils ont des responsabilités éthiques, morales et sociales, inhérentes à leurs missions, à l’égard du public. Les médias dans leur ensemble, sont porteurs d’une mission centrale à toute démocratie : être la source principale d’information et d’édification des citoyens, ce qui leur vaut le titre de « quatrième pouvoir » accordé par Ignacio Ramonet.

L’enjeu est que les discours propagandistes et populistes, détournés de la voie de l’argumentation, ne favorisent pas l’État de droit démocratique et trahissent l’irrespect des leaders politiques à l’endroit de chaque haïtien en tant que personnes. Selon Ferry est personne tout individu doué de respect et de dignité : ce que l’on respecte à travers chaque personne concrète, c’est l’humanité de l’homme. Les patrons de médias et les journalistes sont-ils monnayés par les maitres du système ? Les médias doivent-ils constituer des béquilles pour des hommes et femmes politiques amputés par leurs actes ?

Peterson REVOST
petersonrevost@yahoo.fr
Petersonrevost02@gmail.com



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