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Pourquoi le poisson-lion est-il une menace pour l’écosystème corallien la baie de Caracol

Pourquoi le poisson-lion est-il une menace pour l’écosystème corallien la baie de Caracol








La baie de Caracol fait partie d’une aire marine protégée dont le nom est le Parc national des 3 baies (PN3B) dans laquelle on trouve aussi la baie de Limonade, la baie de Fort-Liberté et le Lagon aux boeufs. Son écosystème est unique sur l’ile d’Hispaniola, elle comprend l’une des plus grandes étendues de mangroves restantes dans le pays, le plus long récif-barrière ininterrompu du pays ainsi que de larges lits d’herbiers marins (Koios Associate, 2011). En 2016, on a fait remarquer que la valeur des services écosystémiques des mangroves et des récifs coralliens sans intégrer celle des herbiers marins est estimée à 214.961.000 $. Actuellement, cette richesse écologique fait face à un défi sérieux en termes de gestion des ressources naturelles. Hormis la coupe des mangroves, la destruction des récifs coralliens et la pêche excessive, il y a un autre phénomène catastrophique qui menace la biodiversité marine. C'est le cas du poisson-lion qui porte le nom de Juan Juan (Bissada, 2019) dans la baie de Caracol.

C'est quoi un poisson-lion

Le poisson-lion (Pterois volitans et Pterois miles) appelé aussi rascasse volante est une espèce envahissante originaire de la région Indo-Pacifique. Il appartient à la famille des Scorpaenidae, les rascasses, et possède dix-huit épines aux rayures brunes et blanches, qui sont venimeuses et pour les hommes et pour les autres animaux marins (Gentle et Ray, 2019). On le rencontre généralement dans les eaux marines chaudes des tropiques, actuellement on le trouve dans toute la région des Caraïbes où il fréquente les mangroves, les herbiers marins, les récifs coralliens, et les récifs artificiels (Gomez and al., 2013; Morris, 2013).

Le poisson-lion est un carnivore et un redoutable chasseur. Généralement il chasse aux moments de faible luminosité, au crépuscule et à l'aube. Pour désorienter ses proies et les attraper facilement, parfois il rejette des giclées d'eau pour les orienter vers sa bouche avant l'attaque Albins et Lyons (cité dans Morris, 2013). Selon Morris et Akins (cité par Morris, 2013) le régime alimentaire du poisson-lion est composé d’une large variété de proies (les poissons, les mollusques et les crustacés), soit plus de cent espèces différentes (Gentle et Ray, 2019)

Le poisson-lion dans un l'écosystème et dans l'économie

Après plusieurs études on a fini par remarquer que ce dernier représente un véritable danger pour la biodiversité et pour l’économie, par son régime alimentaire et sa voracité sur les proies des natifs des zones qu’il envahisse ; par sa capacité de défense naturelle qui le rend très répulsif, ce qui signifie qu’il ne possède presque pas de prédateurs naturels sauf bien entendu les murènes et les requins qui en avalent quelques-uns parfois (Gentle et Ray, 2019 ; Binet et Smidt, 2015) ; puis par sa capacité de reproduction et d’adaptation. En ce qui concerne sa capacité de reproduction, c’est quelque chose de vraiment vertigineux. Lorsqu'il arrive dans une nouvelle zone, il colonise celles-ci dans un temps record. Dès ses un an, il peut pondre entre 10 et 20 milles oeufs chaque 2 ou 3 jours (Morris, 2019 ; Gentle et Ray, 2019) et la possibilité pour que ses oeufs soient protégés chimiquement pour repousser les prédateurs d'œufs a été évoquée dans un document de Morris publié en 2013. Cela illustre bien sa capacité de colonisation d'habitats en peu de temps. Binet et Smidt (2015) faisaient comprendre que sa présence dans l’écosystème peut réduire considérablement la taille des populations de poissons à travers la très forte prédation qu’il exerce sur les autres poissons et la compétition avec les autres prédateurs concurrents. Albins (cité par Binet et Smidt, 2015) avait écrit que le poisson-lion croît très rapidement et qu’aux Bahamas par exemple, il peut croitre jusqu’à six fois plus vite qu’un prédateur natif comme le mérou. En plus, son espérance de vie qui peut atteindre les 30 ans (Gentle et Ray, 2019) demeure un autre problème.

Dans des études précédentes, il a été démontré comment les poissons-lions exercent une pression catastrophique sur les autres espèces par leurs consommations et par compétition pour les habitats. Par exemple dans les récifs de Bahamas on a remarqué que le poisson-lion pouvait absorber jusqu’à 20 juvéniles de la famille des labridés en seulement 30 minutes ensuite une autre expérience a démontré l'effet à court terme d'un seul poisson-lion sur le renouvellement d'espèces, une diminution de 80 % des espèces natives de Bahamas a été observée en 5 semaines seulement sur une dizaine de récifs artificiels (Albins et Hixon, cité dans Binet et Smidt, 2015). Gentle et Ray (2019) a aussi fait comprendre que dans certaines zones de l'Atlantique, l'invasion du poisson-lion a diminué jusqu'à 90 % le nombre de poissons de certaines populations prises pour cible par l'animal. En moins d'un an mille poissons-lions peuvent dévorer plus de 5 millions de proies (Gentle et Ray, 2019) et impactent donc considérablement les stocks des proies et les juvéniles de poissons prédateurs présentant un intérêt commercial (Morris et Akins, cité dans Binet et Smidt, 2015).

Généralement, dans un environnement naturel un réseau trophique a toujours besoin d'équilibre et le déséquilibre d'une espèce peut causer la réduction considérable ou la disparition d'une autre espèce, ensuite d'autres effets extrêmement graves du point de vue écologique peuvent suivre. Plusieurs cas de disparition d'espèces à cause des espèces exotiques ont été recensés à travers le monde. Par exemple le serpent arboricole Boiga irregularis devenu invasif sur l’île de Guam a fait disparaître près 60 % des espèces endémiques de l’île en 30 ans, dont 12 des 14 espèces d’oiseaux de Guam, 3 espèces de chauves-souris sur les 6 que comptait l’île, mais aussi de lézards et de petits mammifères (Bourgain, 2016). Et selon König (2019) les espèces exotiques représentent la deuxième cause d'extinction des espèces et de perte de biodiversité dans les milieux aquatiques du monde. Ainsi on peut clairement comprendre que les dégâts causés par le poisson-lion peuvent être beaucoup plus graves que l'on pourrait imaginer.

Jusqu'à l'heure actuelle aucune étude n'a été publiée sur les impacts écologiques et économiques du poisson-lion dans l'environnement haïtien, mais en fonction de ses différents dégâts dans des zones dont il a déjà envahi on peut quand même essayer de se faire une idée des problèmes causés. Selon Binet et Smidt (2015), uniquement en Guadeloupe, en Martinique, au Saint Martin et au Saint Barthelemy l’impact de l’invasion du poisson-lion sur la biomasse « capturable » non capturée induirait plus de 9.140.152 euros de perte chaque année.

Du point de vue écologique, hormis les poissons, les mollusques et les crustacés qui sont menacés de réduction ou d'extinction dans la zone, les récifs coralliens qui jouent un rôle primordial dans l'environnement sont aussi en danger. La réduction considérable de poissons-perroquets et d'autres espèces de poissons herbivores peuvent provoquer une perturbation de la résilience de ces derniers. Pour qu'un écosystème récifal soit en bon état de santé il faut qu'il y ait une couverture en corail vivant élevée associée à une couverture en macroalgues comparativement faible et d'une faible hauteur, et à un taux d'herbivorie élevé (McManus & Polsenberg, cité dans Carassou et al., 2009). Dans l'écosystème récifal il y a toujours une sorte de compétition entre les algues et les récifs coralliens pour l'espace, et la prolifération d'algues peut limiter la capacité des coraux à se régénérer et provoquer la mort de ces derniers (Carassou et al., 2009). Le poisson-perroquet qui un joue le rôle de nettoyeur des récifs coralliens et les autres poissons herbivores sont des éléments qui empêchent la prolifération des algues et protègent les récifs coralliens. En leurs absences les coraux risquent même d'être asphyxiés. Cependant, le poisson-lion décime les espèces de poisson-perroquet et des autres poissons herbivores à un rythme ahurissant.

Dans ce contexte il est certain qu'en face du poisson-lion l'écosystème récifal de la baie de Caracol qui subit déjà des effets de la surpêche risquent de connaître un sort désastreux. Ce trésor écologique risque de connaître une dégradation irréversible si aucune mesure proportionnée à la menace des poissons-lions n'est prise.

Bibliographie

1. Binet T. et Smidt O. , 2015. Evaluation économique de la lutte contre le poisson-lion dans les Petites Antilles françaises. Étude relative au projet Projet PoLiPA - Poisson-Lion dans les Petites Antilles : gestion, lutte, recherche et coordination. Vertigo Lab, OMMM, SNB.

2. Caroline Bissada, 2019. Projet pilote d’échange des équipements de pêche à Madras, Aire Protégée des Trois Baies, Nord-Est d’Haïti. p.36.

3. Claire König, 2019. Espèce invasives la responsabilité de l'homme. Publié 1er juillet 2019, visité le 6 septembre 2019. Disponible sur : https://www.futura-sciences.com/planete/dossiers/botanique-especes-invasives-1014/page/8/

4. Gómez Lozano, 2013. Stratégie régionale de contrôle de l’invasion du Poisson-lion dans la grande région Caraïbe. Initiative Internationale pour les Récifs Coralliens.

5. Gouvernement de la République d’Haїti, 2016. Cinquième Rapport National d’Haїti sur la Mise en Oeuvre de la Convention sur la Diversité Biologique. MDE/ANAP/UNEP/GEF/SCDB

6. Jérémy Bourgain, 2016. Le serpent brun arboricole. Publié le 18 septembre 2016, visité le 6 septembre 2019. Disponible sur : https://www.especes-menacees.fr/dossiers/10-especes-invasives-perturbent-biodiversite/serpent-brun-arboricole/

7. Koios Associate, 2011. Étude des impacts environnementaux et sociaux du Parc Industriel dans la région du nord d’Haïti.

8. Laure Carassou et al., 2009. Impacts potentiels de la pêche des poissons herbivores sur le maintien de la structure des communautés coralliennes et algales en Nouvelle Calédonie.

9. Louise Gentle et Nicholas Ray, 2019. Le poisson-lion, l'espèce qui menace la biodiversité en Méditerranée. Publié le 20 aout 2019, visité le 2 septembre 2019. Disponible sur : https://www.msn.com/fr-fr/news/technologie-et-sciences/le-poisson-lion-lesp-c3-a8ce-qui-menace-la-biodiversit-c3-a9-en-m-c3-a9diterran-c3-a9e/ar-AAG43jv#page=2

10. Morris J.A. Jr. , 2013. L'invasion du poisson-lion : guide de contrôle et de gestion. Gulf and Caribbean Fisheries Institute Special Publication Series Number 3, Marathon, Florida, USA.

Roll Emile Ludwill, géographe-aménageur
Email : rollemile2@gmail.com




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