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Quand la représentation devient la norme et la politique se fait par le mobile de l’intérêt, la pensée politique devient inexistante

Quand la représentation devient la norme et la politique se fait par le mobile de l’intérêt, la pensée politique devient inexistante



Dans le souci de mettre des idées sur la conjoncture politique, Le National est allé à la rencontre de Bernadin Larrieux qui a accepté de nous accorder cet entretien.

LN : Monsieur Larrieux Bonjour. Merci d’accorder cet entretien au journal Le National. Avant d’entrer d’emblée dans le sujet. Dites-nous qui est Bernadin Larrieux.

Bernadin Larrieux : je suis Bernadin Larrieux. Je viens de Bombardopolis. J’ai fait mes études primaires et une partie des études secondaires à Bombardopolis. Puis je suis rentré à Port-au-Prince en 2002 pour terminer mes études au Lycée Firmin. En 2006, j’étais admis à la Faculté d’Agronomie et de Médecine vétérinaire (FAMV) pour terminer en 2011 avec une spécialisation en génie rural. Je suis licencié en travail social à la Faculté des Sciences humaines (FASCH) et certifié en philosophie à l’école Normale Supérieure de l’Université d’état d’Haïti. Je suis aussi diplômé à l’Université Paris 8 en critiques et philosophie contemporaines de la culture. Je travaille sur la philosophie sociale, philosophie politique, l’anthropologie et la sociologie. Je suis maintenant en processus pour réaliser un doctorat sur la vulnérabilité sociale, invisibilité sociale et marginalité et politiques du social aux XIXe et XXe siècles en Haïti.

LN : Vous avez présenté il y a deux ans votre mémoire intitulé : « Pour une intelligibilité philosophique, sociologique, et historique de la question sociale et du social en Haïti (1804 à nos jours) : État, société et politique du social ». Pouvez-vous nous présenter les grandes trames de ce travail ?

BL : J’ai présenté mon travail de master en 2017 dans lequel j’ai essayé de saisir historiquement l’avènement du social et de la question sociale en analysant ses éléments constitutifs. Et par la suite, saisir les manifestations de la question sociale en Haïti en analysant les mouvements sociaux à partir du texte de Michel Hector sur les moments de crise et leur gestion en Haïti. De plus, j’ai essayé d’identifier les pathologies sociales en Haïti en reliant le sujet, l’État et la société, pour enfin proposer en partant de l’éthique de la justice sociale de John Rawls et Armatya le sens d’une politique de redistribution équitable des charges et des avantages au sein de la société.

LN : Avons-nous, selon vous une pensée haïtienne ou du moins une philosophie haïtienne ?

BL : selon moi, toute pensée sociale émane de l’État. La pensée est une politique de l’État. Car l’État crée les conditions de production de la connaissance et aussi de sa mise en scène. La pensée haïtienne existe par sa mise en scène. Une façon de saisir toute la pensée haïtienne réside dans la littérature. L’explosion de la littérature en Haïti fait émerger un ensemble de productions qui questionne la réalité, les phénomènes humains et naturels et une remise en question de ces productions. Cette remise en question de la production est une pensée qui pense la pensée.

La philosophie en Haïti est en construction. Elle s’inscrit dans cette dynamique de production ou de questionnement de la réalité et des phénomènes sociaux, historiques, politiques et culturels suivant un nouveau paradigme ou épistémè.

LN : Parlons politique. Nous assistons depuis déjà un an à un ensemble de mouvements en série à travers le Pays. Pouvons-nous considérer ces manifestations comme des mouvements sociaux à proprement parler ?

BL : Si on analyse le cadre théorique de la sociologie des mouvements sociaux avec Alain Touraine, on pourrait dire que par les éléments caractéristiques de ces mouvements tels : identité (qui lutte ?), l’opposition (quel est l’adversaire) et la totalité (pourquoi lutter ?), les mouvements sociaux en Haïti sont à questionner. À mon sens, l’adversaire n’est pas si bien connu. L’identité des mouvements est en question. La finalité du mouvement divise les acteurs. Par contre, en analysant la situation sociopolitique par l’Analyse des intellectuels latino-américains, il reste à sortir de l’étape des mouvements sociaux vers un mouvement social en Haïti. Il existe à mon sens, un ensemble de mouvements sociaux avec des finalités différentes et ne portant pas les mêmes éléments de contenu idéologique.

LN : La question de couleurs est un problème sérieux dans le Pays, au point de devenir un sujet tabou malgré quelques travaux de Jacques Roumain et Jacques Stephen Alexis. On peut aussi penser à notre façon d’habiter l’espace. Quelle est selon vous la place de la couleur dans la définition de nos rapports sociaux ?

BL : Le problème fondamental de l’haïtien n’est pas la couleur. Mais, elle constitue un problème pour habiter l’espace et aussi pour être reconnue en Haïti. En Haïti, la couleur permet une meilleure reconnaissance de l’autre. Plus, on est de teint clair, plus on est reconnu. Le noir devient l’ordre par rapport aux blancs en matière de visibilité. Être noir, c’est être disqualifié en tout. C’est aussi ne pas avoir une voix. L’audibilité de la voix augmente avec la couleur. Être noir, c’est ne pas avoir de qualité. En résumé, quand on n’a pas de voix ni de qualité, on est invisible. Pour résoudre, à mon sens, le problème haïtien, il faut gérer la question de couleur.

LN : Quand on regarde la situation actuelle. Sommes-nous face à un effet papillon ?

BL : L’effet papillon est matérialisé par une chaîne d’événements qui se suivent les uns, les autres et dont le précédent influe sur le suivant. C’est clair qu’on est à l’effet papillon, on subit jusqu’à présent l’effet des évènements de la colonisation jusqu’aux derniers évènements de notre époque. Chaque événement influe sur le présent. Voilà, toute l’histoire. Cela n’empêche pas que des nouveautés s’imposent à la base des considérations historiques.

LN : Dans une note de presse présentant fameux ouvrage Désobéir de Sébastien Gros, signée Aurélie Delfly on lit ceci : « À l’heure où les décisions des experts ne sont que le résultat de statistiques anonymes et de calculs glacés, réapprendre à désobéir, c’est retrouver notre humanité. » Êtes vous de cet avis ?

BL : comme le dit Gros, le problème n’est pas la désobéissance mais l’obéissance. Quand on examine Léa réalité en Haïti et au niveau du monde, la désobéissance doit être de mise sur toutes les formes. Le monde est marqué par l’injustice sociale et environnementale, les inégalités sociales, l’exploitation et la domination d’un groupe par un autre groupe. Quand on analyse les fonctions de l’État dans une société moderne, en Haïti, désobéir doit être la norme.

LN : Nous faisons face à un réel problème de pensée politique en Haïti depuis des années. Nos hommes politiques sont dans une forme de tautologie plutôt de penser la chose politique comme le font certains penseurs comme Alain Minc, Jacques Attali ou même les très controversés Alain Finkielkraut, Éric Zemmour ou Loïc Ferry en France. D’où vient ce problème ?

BL : Aujourd’hui, la sphère politique est l’affaire des politiques. Elle n’intéresse pas le peuple. Le peuple est écarté de la politique. Son irruption sur la scène publique est marquée par deux moments : les élections et les manifestations. Quand la représentation devient la norme et la politique se fait par le mobile de l’intérêt, la pensée politique devient inexistante. Penser la politique est une dynamique complexe émanant d’un rapport au temps de la politique et de l’espace. Il n’y a pas de politique sans sujet.

LN : Que faire ?

BL : Selon moi, l’essentiel est de trouver un minimum de consensus des dissensus sans éliminer les conflits. Les conflits créent la politique. La politique n’est pas l’affaire du « tout moun dakò » mais l’affaire de « tout moun pa dakò, men nou jwenn yon minimòm pou nou vanse »

Lesly SUCCÈS
Pour Le National




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