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Le mouvement garde toute sa cohérence et lutte pour le procès Petrocaribe

Le mouvement garde toute sa cohérence et lutte pour le procès Petrocaribe



James Beltis, un des membres influents du collectif Nou p ap dòmi (NPD), a accepté de répondre aux questions du journal autour de la dynamique du mouvement et sa compréhension de la conjoncture. Entretien.


Le National: Vous êtes surtout connu comme une figure influente du regroupement de petrochallengers Nou p ap dòmi. Que pouvez-vous nous apprendre d'autre de vous?

James Beltis: Je n’aime pas trop parler de moi, de ce fait je ne trouve pas beaucoup de choses à dire. Sinon, j’ai fait des études en sociologie à l’Université d’État d’Haïti. Je suis un professionnel qui travaille dans le renforcement des capacités des communautés et de la société civile. Je suis un militant politique progressiste, un petrochallenger. Je suis attaché aux idéaux du progrès, de liberté et de bien-être pour tous. Je partage l’idéologie politique prônée par Jean Jacques Dessalines et Fidel Castro qui représente pour moi un leader politique modèle du 20e siècle.

LN: Quelle est votre analyse de la conjoncture? Et surtout la position de Nou p ap dòmi ?

JB: Nous vivons dans une conjoncture de crise profonde de la société haïtienne qu’il importe d’analyser sous ses angles structurel et conjoncturel. Dans sa forme conjoncturelle, nous avons un président complètement décrié à cause de son implication dans des actes de corruption et d’autres crimes de sang contre le peuple haïtien. Mais en plus, il brille par son incompétence et sa maladresse. Malgré tout, il s’entête à se maintenir au pouvoir malgré les mobilisations populaires qui prennent de l’ampleur dans toutes les grandes villes du pays ; dans lesquelles aussi participent toutes les couches sociales. Du point de vue structurel, les mobilisations populaires soulèvent des problèmes qui s’incrustent dans la structure sociale et dans l’histoire du pays. Des problèmes qui n’ont jamais été adressés ; tels que le problème de la corruption, de l’impunité et le problème de justice sociale ou de justice tout court. Ces questions-là visiblement dépassent ce régime en place comme cela a été pour tous les régimes passés. De notre avis, seule une transition de rupture d’avec les pratiques politiques anciennes, de redressement institutionnel, de réorientation de l’économie du pays et en fin de rigueur dans la gestion des ressources de l’Etat comme le prône la structure Nou p ap domi peut nous sortir au moins de la crise conjoncturelle en attendant qu’on aborde les problèmes beaucoup plus structurels.

LN: Un peu plus d'un an après le lancement du challenge Petrocaribe. Où en est-on concrètement ?

JB: On peut dire qu’on a maintenant, grâce à cette bataille pour que lumière soit faite sur les fonds Petrocaribe communément appelée petrochallenge, deux rapports de la Cour des comptes qui couvrent 75 % des projets financés avec les fonds de Petrocaribe. En plus nous avons derrière nous la plus grande mobilisation contre la corruption de toute l’histoire du pays. Cette mobilisation, sans précédent, qui réclame un changement de système social basé sur la corruption et l’injustice pour un autre plus juste. Et en plus, ce mouvement protestataire participe à une remise en question d’une classe politique archaïque et profiteuse, en agitant des problèmes sociaux beaucoup plus fondamentaux que de simples ragots populistes et chimériques.

LN: Vous avez créé une banque de données dans laquelle vous avez invité la population à soumettre des propositions sur la route à prendre. Que sont devenues ces données?

JB: Ces données ont été traitées et présentées depuis le premier juin de cette année dans un document de 20 pages. Ce document sert d’éléments de cadrage pour la transition que nous souhaitons et que nous dénommons la transition des 4 R : Rupture, Redressement, Réorientation et Rigueur. Le document des 4R contient les exigences des petrochallengers pour une transition qui respecte les revendications du mouvement ; des jeunes qui sont mobilisés dans les rues, qui sont contre la corruption, contre l’impunité pour une société plus juste.

LN: On a remarqué un recul considérable du collectif Nou p ap dòmi dans les derniers mouvements de protestation à travers le pays. Qu'est ce qui explique ce retrait?

JB: L’objectif principal du petrochallenge ainsi que Nou p ap dòmi est de mobiliser la population sur les actes de corruption, d’impunité et sur la nécessité pour qu’il y ait un procès Petrocaribe. Depuis après les manifestions du 9 juin et les 7 tours du Palais national les 13 et 14 juin 2019, nous avons décrété une mobilisation permanente dans tout le pays. Nous ne sommes pas les seuls acteurs sur le terrain, l’important pour nous c’est que la mobilisation reste vivante et la population reste ferme sur les revendications. En outre, il faut dire que NPD n’est pas seulement un collectif qui lance des mots d’ordre de mobilisation, mais on se bat aussi sur d’autres fronts. Par exemple, on participe activement dans les initiatives qui recherchent une formule pour une issue pacifique et nationale à la crise. En ce sens, on rencontre des groupes organisés et on discute avec tous les acteurs, qu’ils soient nationaux ou internationaux. Donc, notre combat ne se résume pas à la rue, elle est aussi une bataille pour doter le pays d’une structure qui pourra servir de tremplin pour un changement réel du système.

LN: Les derniers évènements montrent quand le peuple prend conscience de sa situation beaucoup de choses peuvent se passer. Qui selon vous détient le pouvoir dans une république telle que la nôtre?

JB: C’est une question complexe. Si l’on s’en tient aux lois, on peut dire que le pouvoir est partagé entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Les deux premiers ont de réels pouvoirs de contrepoids et d’orientation du pays. Mais du point de vue du réel politique (rapport de force politique). L’exécutif détient le pouvoir et les autres s’alignent. Si l’on prend en compte l’exemple de la 51ème législature et la présidence de Mr Jovenel Moise, on peut constater l’inexistence des autres pouvoirs, le pouvoir judiciaire inclus et même la presse. C’est à ce moment-là que la société, le peuple, fait son irruption sur la scène politique pour exercer son droit, consacré par la Constitution. En terme de rapport de force on peut dire que le président de la République détient le pouvoir, d’ailleurs on voit ce qui se passe dans la crise actuelle, toutes les forces vives demandent sa démission ; pourtant il est encore là.

LN: La présidence de M. Moïse lève le rideau sur un ensemble de pratiques qui font de la fonction du président une simple farce. Ceux- la qui gouvernent réellement sont les nantis et le Core group depuis quelque temps. Sommes-nous, selon vous sur Deep State?

JB: En fait ce problème n’est pas uniquement institutionnel à savoir la façon dont la Constitution conçoit le président de la République, c’est aussi un problème historique et sociologique, qu’on ne peut pas vraiment développer ici. Haïti est un pays dépendant de l’international cela fait qu’un président qui n’a pas de légitimité populaire n’est qu’une marionnette entre les mains des puissances étrangères et de la classe des brasseurs locaux. On utilise les élections, la destruction de la production nationale, l’aide et prêt pour asseoir cette domination. C’est pour cela que nous, au niveau de NPD nous prônons un leadership beaucoup plus éclairé qui pourra prendre en compte les différents enjeux de la politique pour qu’Haïti puisse se frayer un chemin dans ce jeu mondial souvent hostile.

LN: Pendant les événements en cours, trois commissions de sortie de crise ont été créées. Quelle est votre opinion sur la création de ces commissions?

JB: Depuis la première, je savais déjà que c’était une farce. Un régime de type PHTK ne peut pas dialoguer franchement ; ce serait contre sa nature même et si l’on prend en compte sa mission qui est uniquement de se maintenir au pouvoir pour jouir des maigres ressources de l’État. Les évènements qui s’en suivent corroborent mes premières impressions puisque d’autres commissions ont été créées sans aucun rapport d’évaluation des résultats dans l’opacité la plus totale. Cette histoire de commission est un stratagème monté de toutes pièces juste pour tuer le temps. Le régime en place sait très bien qu’il n’inspire confiance à personne et qu’en plus il a fait déjà trop de tort à la société. Donc la mission de ces commissions vise tout simplement à épuiser les mouvements revendicatifs, en créant de l’espace de jouissance pour les proches du régime et leur permettant de se refaire une image dans l’internationale.

LN: Pouvez-vous nous dresser un profil d'un petrochallenger ?

JB: Selon moi, le petrochallenge a connu quatre grandes étapes :
Dans la première, un.e petrochallenger était tout simplement quelqu’un qui a participé au challenge sur les réseaux sociaux. Étant donné que le challenge est descendu dans la rue, on peut dire qu’on a évolué vers une deuxième étape du challenge. Dans ce cas, c’est un activiste qui organise ou participe à des mouvements de rue (sit-in ou manifestation) pour exiger la reddition des fonds Petrocaribe. Jusque-là le petrochallenger est un activiste qui met la pression sur les institutions pour qu’il fasse leur travail d’audit des fonds Petrocaribe. Mais après l’audit des 75 % des projets qui ont été financés par ces fonds et qui prouve qu’effectivement qu’il y a eu une vaste opération de dilapidation et de détournement des fonds, cela a pris une autre tournure. Ajouté à cela le nom du président en fonction, Jovenel Moise, est cité parmi les DG de firme qui ont eu des contrats de manière irrégulière et qui ont empoché de l’argent sans pour autant exécuter les travaux ; le petrochallenge a pris une autre allure. Il devient un combat contre la corruption, mais aussi contre l’impunité. À ce moment, les petrochallenger de NPD exigent maintenant un procès de tous ceux et toutes celles qui ont participé à ce complot contre la société en passant par le président de la République. Le petrochallenger est bel et bien dans la bataille politique. Les petrochallenger font leur entrée dans l’arène. C’est la troisième étape. En fin, dans la politique, la structuration et l’organisation s’imposent. Les débats idéologique et politique entrent dans la partie. C’est ainsi qu’aujourd’hui, le petrochallenger devient un militant progressiste qui met en question tout un système social qui est construit sur la corruption, l’impunité. Ce militant progressiste se bat pour une société juste, pour le bien-être des filles et fils du pays. Celui-ci croit de plus en plus que cette société doit passer par un projet politique nouveau, mais aussi par l’implication d’une large couche sociale progressiste du pays.

On peut aussi explorer d'autres angles dans la question. Au départ quand le challenge était à sa première étape, un petrochallenger était un jeune, étudiant, professionnel, entrepreneur, chômeur des quartiers populaire et élève de secondaire à travers tout le pays. Par la suite, après une grande campagne de sensibilisation sur les réseaux sociaux, d’autres couches pour ne pas dire toutes les couches sociales ont intégré et participé dans le challenge. C’est ce qui a fait la réussite de la manifestation du 17 octobre 2018 principalement. Des gens sortaient du plus bas des régions et dans les quartiers les plus précaires comme ils sortaient des quartiers plus aisés. En terme d’idéologie ou de position politique, au début les challengers se disaient apolitiques et contre tous les politiciens traditionnels. Maintenant, les challengers assument un statut politique, mais refusent de s’associer au système politique traditionnel ou au déjà vu et fait. Il prône quelque chose de neuf, de plus profond, plus participatif. Les petrochallengers qui ont pris de la maturité avec le mouvement veulent beaucoup plus créer au lieu de se greffer sur les vieilles édifices.

LN: Que diriez à ceux-là qui pensent que vous avez laissé la politique vous voler le mouvement?

JB: Je pense qu’ils ont tort pour plusieurs raisons. Ces gens-là, à mon avis, n’arrivent pas à cerner la lutte dans sa dynamique, dans son évolution. Le mouvement garde toute sa cohérence de lutte pour le procès petrocaribe. Comme je l’ai dit antérieurement, le mouvement évolue et prend de la maturité au fur et à mesure qu’il obtient des petites victoires et rencontre des obstacles. Au début le mouvement se disait apolitique, maintenant, après avoir buté sur des obstacles politiques majeurs, tel que le cas du président de la République Jovenel Moise qui constitue un véritable verrou pour la justice, donc pour le procès, on arrive à la conclusion, au niveau des petrochallenger tel que Nou p ap dòmi et d’autres structures, que sans une forte volonté politique, il n’y aura pas de procès. De ce fait, il faut passer la phase de la démission de Jovenel. Pour ce faire, il faut la conjugaison de beaucoup de force de la société. C’est ce qu’on est en train de vivre aujourd’hui à travers tout le pays. Ce n’est pas de la récupération, d’ailleurs nous avons notre exigence pour la transition qui est largement partagée avec tous les acteurs de la crise et on met en place les bases organisationnelles pour mener le combat après la démission du président. En ce sens, nous invitons les gens qui pensent que le procès est nécessaire pour rompre avec l’impunité de nous rejoindre dans cette bataille.

Le National: Avez-vous un dernier mot?

James Beltis : La bataille contre la corruption, l’impunité pour le bien-être de tous-tes les Haïtiens Haïtiens sera longue. Elle a une triple dimension :

1. Une dimension juridique : il nous faut un procès dans lequel un tribunal se prononce sur le cas de ceux et celles qui ont dilapidé les fonds publics.

2. Sociale, une grosse campagne de sensibilisation et d’éducation contre la corruption et l’impunité doit se faire depuis l’enfance dans les programmes de radio et de télévision pour les familles ; dans les écoles pour les enfants et les jeunes ainsi que sur les réseaux sociaux.

3. Politique, il faut un combat pour qu’en période électorale, par exemple, ce ne soit pas les corrompus qui soient élus. Il nous faut non seulement un cadre légal qui bloque les corrompus, mais aussi il faut de nouvelles figures de gens honnêtes qui se présentent dans les prochaines élections, surtout après la transition de rupture.

Propos recueillis par
Lesly Succès




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