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La vie et l’avenir prennent chair dans les chaudières

La vie et l’avenir prennent chair dans les chaudières



Étant en situation pécuniaire très critique, en Haïti, plus particulièrement au cœur de la capitale, les plus démunis n’ont pas les moyens pour fréquenter un bon restaurant. Ce qui s’avère un luxe pour la majorité d’entre eux. Pour ne pas mourir de faim, ils recourent aux marchandes qui vendent de la nourriture précuite à travers les rues, communément appelées « Machann chen janbe, Machann anba dra ». Des appellations archi péjoratives, mais qui semblent ne pas trop les déranger. Ces dernières sont légion dans les milieux les plus défavorisés. Elles sauvent quotidiennement des vies, et donnent forme à l’avenir.


Au centre-ville de Port-au-Prince, les jours semblent adopter le même décor. Toujours la rue truffée de gens qui se bousculent. Des marchandes de produits divers s’érigeant en véritables agents de marketing nés, attisant les lieux de slogans et surtout de musiques sens dessus dessous, rien que pour attirer les clients même les plus coriaces.

Parmi ces marchandes, on peut vite repérer une trâlée qui doit attendre les clients pour entamer leurs activités, et aussi une bande qui se fait prier même par les clients les plus rudes. Ainsi, dans la deuxième catégorie, on trouve les « machann pate’’, les "machann ze a fig" et les ‘’machann aleken’’, toutes, ordinairement surnommées ‘’Manman lavi ‘’.

En effet, plus d’un se plaint du fait que le pays souffre de tous les maux du monde, où même un diplômé a du mal à se trouver du travail ; où l’on prône l’exclusion juvénile ; où il nous arrive de nous demander si ce n’est pas un miracle d’avoir à nos côtés ces salvatrices, que dis-je ? Ces braves âmes qui s’arment de leur chaudière ou leur panier pour tenir toute une population en vie ? Ce n’est plus un constat, c’est un fait ! Chômeurs, ouvriers, écoliers, étudiants, professeurs... Tous, ont leur ventre sur le contrôle des marchandes de la deuxième catégorie. On les rencontre dans tous les recoins, guettant les souffles à moitié coupés afin de les réanimer juste en échange de quelques sous. Parfois même par simple courtoisie.

Madan Da, de son vrai nom Sulfize, n’a jamais eu d’enfants. Pourtant, elle est mère de tous les habitants de la Route des Dalles (Gran Ravin). Chaque jour, quel que soit le décor du temps, on la retrouve devant ses sept chaudières pleines de riz à poids rouge, toujours avec le même souci : s’occuper des enfants que la nature a oubliés de lui donner. Tous les matins on assiste à la même ambiance. La population au complet se met en rang pour s’offrir un plat chaud à un prix on ne peut plus dérisoire.

« À certains égards, l’activité ne m’apporte pas gros. Il m’est vraiment difficile d’économiser, surtout s’il faut prendre en compte l’inflation sur le marché et le prix minimal d’un plat (vingt gourdes). Sans oublier ceux-là qui demandent à crédit sans ne jamais penser à payer, aussi ceux-là qui se pointent sans un sou en main, et qu’on se sent obligée de débloquer puisque la faim se montre dans leur beau visage ». Enchaînée, elle avoue se sentir faible face à la vieillesse, et qu’elle pense souvent abandonner l’activité, question de préserver sa santé qui détériore à petit feu. Cependant, en pensant à ces braves personnes repoussées par la vie, ces courageux jeunes oubliés par l’État, ces diplômés et ces intellectuels qu’on empêche par tout moyen d’intégrer le marché du travail, elle s’est dit que ce serait un péché impardonnable qu’elle commettrait. Que la mort vienne l’arrêter ! Sans doute elle mourrait de la plus belle des morts, a-t-elle martelé.

Le cas de Madan Gras, une marchande de pâté très sollicitée de la rue Müller, ne se diverge pas trop de celui de Madan Da, néanmoins elle précise que rien n’est plus fort que de participer directement ou indirectement à la construction de sa société. « Parfois, on se lance dans le commerce dans l’idée de maximiser ses profits en niant le côté humanitaire de la chose, et au bout du compte, on finit par comprendre qu’on s’est grandement trompé. En toute chose, l’humain doit être priorisé » nous confie-t-elle avec fierté.

« Pour leurs services combien vitaux rendus à la population haïtienne, concrètement ou pas, on les rend hommage. On leur doit de la reconnaissance. Surtout, nous autres qui sommes du secteur estudiantin », argue Martine, étudiante à la Faculté des Sciences humaines (FASCH).

Actuellement, en troisième année en Lettres modernes à l’École normale supérieure (ENS), Dumont confie n’éprouver, ne serait-ce qu’un instant, aucune gêne de raconter à ses camarades qu’il doit tout ce long parcours universitaire particulièrement aux marchandes de la deuxième catégorie. Et que rien ne pourra le motiver d’avantage que le fait de se rappeler avoir été aidé et d’être continuellement aidé à tenir le coup grâce à ces femmes, qu’il qualifie de créatures indescriptibles en bonté. À cet effet, l’avis de plus d’un ne se diverge pas, quoique certains mettent l’accent sur la vulnérabilité de ces dernières, qu’ils estiment mériter la protection des autorités concernées.

Grâce à leurs supports combien salvateurs, certaines gens deviennent des portes qui s’ouvrent à l’avenir, des ponts vers la liberté. Néanmoins, parler de femmes au cœur du développement ne saurait se résumer aux marchandes. Car toutes, quels que soient leurs champs d’activité, ont leur pierre à poser dans la reconstruction de la Perle des Antilles. Entre autres, le mot « développement » résonnerait mieux dans nos tympans si on trouvait plus de femmes dans le secteur politique, administratif, économique, sanitaire et éducatif du pays. Toutefois, il s’avère plus qu’évident que tout cela dépend entièrement d’elles. Car, c’est à elles de mieux se montrer, mieux s’organiser et de mieux exposer leur savoir-faire. Déjà, croyant fermement en leur bravoure et leur sens de créativité, toute la nation attend de mieux contempler leur touche dans la toile de l’évolution du pays.

Marvens JEANTY




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