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La différence entre l’homme et la femme est d’ordre linguistique

La différence entre l’homme et la femme est d’ordre linguistique



Tout changement social entraine des changements linguistiques. Ce qui fait qu’un mot peut adopter des connotations différentes allant d’une époque à une autre. Tel est apparemment le cas du mot « galanterie » pour ce qui concerne notre réflexion ici. Un mot qu’il nous faudrait certainement revoir afin de nous assurer qu’on ne va pas le confondre avec la servitude. Ce mot, qui depuis un certain temps ne cesse de faire poindre, comme poussent des champignons, des esclaves de femme avec sur leur dos le costume de la galanterie. Et en ce sens, il serait sans doute très profitable de préserver ceux qui ne font pas encore partie du lot. Déjà, les hommes ont le poids-monde sur le dos, une façon de les épauler ne serait certainement pas d’en rajouter, en les mettant en situation de servir comme s’ils ne sont venus sur terre que pour cela. Être galant n’a jamais voulu dire « donner vie à la servitude maquillée ».

Une petite historicité du mot nous rapporte que son origine viendrait tout d’abord de l’ancien français Gale, désignant la réjouissance, le plaisir et l’amusement. Par la suite, on l’utilise pour qualifier des personnes honnêtes, de bonne grâce, qui ont des manières agréables, de l’esprit, du jugement, de la civilité, de la gaieté, et qui s’évertuent à plaire. Au fait, la galanterie peut justement être perçue comme un code de conduite organisé autour de la femme, souvent sous la forme de propos ou compliments flatteurs à leur égard. Pour certains, elle est comme une forme de politesse et de savoir-vivre, et peut parfois être considérée comme un moyen de séduction. Donc, Il y a là lieu de se poser la question suivante : pourquoi dans la société haïtienne, ça part généralement des hommes vers les femmes ?

On va être d’accord là-dessus, la question est davantage d’ordre sociologique que littéraire. D’ailleurs, en littérature, la galanterie consiste à établir un climat dans lequel se développent un art de plaire et un art de dire, se transformant sans peine en art d’écrire. Une logique qui à proprement dite tend plutôt vers l’écriture et l’art oratoire, néanmoins un coup d’œil dans la littérature du XIIe et XIVe siècle, avec respectivement Marie de Campagne qui fut la mécène de Chrétien de Troyes, Madeleine de Scudéry, Dante et Pétrarque, Ronsard, Du Bellay et à travers toute la littérature amoureuse de la renaissance, pour ne citer que ceux-là, nous permettrait de mieux comprendre la problématique. Tout d’abord, précisons que la galanterie semble avoir une double origine.

La toute première serait celle de la courtoisie se développant à partir du XIIe siècle où on écrivait pour des femmes de haut rang tout en chantant les mérites d’un nouvel art d’aimer. Il s’agissait de freiner les pratiques brutales de certains hommes et de les conduire non seulement à respecter les femmes, mais à même les considérer comme des suzeraines naturelles, sur le modèle des rapports féodaux. Dans ce cas, le chevalier devait être au service de sa dame en toutes circonstances. De là, il faut voir que la galanterie donne aux hommes une fonction de salvateur et protecteur, plutôt que de serviteur inconditionnel.

La deuxième serait celle des salons du XVIIe siècle, où se réunissaient, sous l’égide d’une grande dame, écrivains et artiste de l’âge de baroque et de l’âge classique. Dans ce contexte, s’est développée la galanterie qui ressemble beaucoup à la courtoisie médiévale, mais s’en distingue tout de même par plus de légèreté et une moindre influence du néo-platonisme.

Chez nous autres haïtiens, est-ce donc la galanterie ou la servitude qui pousse les hommes à faciliter les déplacements, les mouvements ou l’habillement de la femme ? Par quoi arrive-t-on, par exemple à laisser la priorité à la femme sur le seuil d’une porte, à lui céder notre place dans les transports en commun ou à l’aider à porter ses bagages ? Pourquoi est-ce généralement aux hommes d’être prévenants et attentionnés à l’égard des femmes et de leur témoigner du respect et de la considération ? Enfin, pourquoi est-ce généralement aux hommes de s’assurer des frais lors d’une sortie, quelle que soit la situation maritale ou effective du couple ?

À ces questions, certaines femmes diront vaguement que c’est par galanterie que les hommes arrivent à se perdre dans cette vague de servitude, parfois sans en être conscients. C’est encore par galanterie que les hommes arrivent à s’oublier rien que pour plaire à la femme. Jusque-là, il n’y a pas de problème, mais qu’est-ce qui par tous les Diables empêche les femmes de faire pareil ? La médaille n’a donc pas de revers ! Elles, qui se disent tout le temps féministes et prônent l’égalité des sexes ! Se sentir obligé de s’abstenir ou de faire quelque chose dans l’intérêt ou pour le plaisir d’un autre ne renvoie donc plus alors à la servitude !!! Sinon, il va falloir revoir également le mot « servitude ».

Pour couronner le tout, loin de vouloir situer la réflexion au cœur de la lutte que mènent les féministes haïtiennes particulièrement, depuis un certain temps. Une lutte qui, à mon humble avis, n’est pas trop nécessaire, mais que je salue tout de même. Nous pensons qu’il n’est pas encore trop tard de freiner cette mode de servitude maquillée, qualifiée de galanterie. Pour ce faire, les hommes devraient essayer de comprendre le mot dans sa plénitude, partager leur compréhension avec d’autres afin que les couches les plus vulnérables de la communauté masculine ne soient pas atteintes. Quant aux femmes, elles pourraient cesser de montrer, à travers leurs actions et leurs discours, qu’elles sont faibles. Ce n’est qu’une illusion fallacieuse !!!

L’esclavage a longtemps été aboli, pas question de le revivre à nouveau sous n’importe quelle forme que ce soit.La différence entre l’homme et la femme n’est qu’un problème linguistique. Un problème de nomination plus précisément. Ce qui nous amène à dire qu’entre l’homme et la femme il n’y a pas rapport d’infériorité ou de supériorité, il y a juste une différence nominale, ce qui justifie que dans nos moindres actes, la mutualité et la réciprocité ont leur chance de triompher.


Bibliographie

– Dominiue Picard, Politesse, savoir-vivre, et relation sociale, Paris, PUF, coll. « que sais-je ? » (3e édition) 2007.

– Alain Viala, La France galante, Paris, PUF, 2008.

– Alain Montandon, Dictionnaire raisonné de la politesse et du savoir-vivre, Paris, le Seuil, 1995

– Frederic Rouvillois, Histoire de la politesse de 1789 à nos jours, Paris Flammarion, 2006.

Marvens JEANTY




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