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Petit billet aux paysans et à la société globale

Petit billet aux paysans et à la société globale



Le 6 janvier est communément appelé en Haïti « Les Rois », jour associé aux personnages considérés comme des sages. Une tradition qui était très présente dans la culture paysanne, caractérisée par des visites, le partage des repas, la danse et qui s’ouvre sur la campagne agricole du printemps. Mais, aujourd’hui, cette tradition a perdu de son élan, comme bien d’autres d’ailleurs. Ce qui est le signe évident d’une société paysanne en déclin.

Face aux difficultés globales du pays, à la détérioration accélérée de la situation dans la paysannerie en particulier, et au semblant de résignation du paysan, le Centre Banyen invite ce dernier à vomir le somnifère qui paralyse son âme et ses membres. Le paysan est de la lignée de combattants et non de défaitistes et d’assistés. Faites un retour aux origines, vous saurez que ses parents étaient des rebelles qui ont fui les plantations, avant et après l’indépendance, pour gagner les montagnes en quête d’une autre vie faite de liberté, d’égalité et de fraternité.

Les dirigeants et les élites ne pensent au paysan que dans leurs propres intérêts, sans qu’aucun de ces trois éléments de la devise nationale ne lui soit reconnu. C’est pourquoi il vit dans une pauvreté infrahumaine et une dépendance quasi totale des villes. Il a fallu attendre 183 ans après l’indépendance pour voir disparaitre « paysan » de son acte de naissance. Le tremblement de terre a frappé son espace de vie et il est resté longtemps sans secours, au point d’aller s’exposer aux abords des routes nationales, sous des abris de fortune pour attirer sur lui l’attention. Dix ans plus tard, les séquelles psychologiques et matérielles sont là, à travers les tombes de ses proches, ses terres qu’il ne peut plus cultiver, sa maison qu’il ne peut pas reconstruire, etc. Matthew a dévasté son village, on ne lui a servi que des miettes au tout dernier moment. Alors que la situation politique de pays « lock » a créé une crise humanitaire sans précédent, les décisions ne se prennent que pour venir en priorité au secours des zones urbaines et semi-urbaines.

C’est comme si on demandait au paysan d’abandonner son village pour venir s’installer dans les villes. Or, celles-ci n’ont pas un cadre d’accueil capable de lui offrir mieux, voire de répondre à ses aspirations. La plupart des paysans qui ont émigré, en quête de lait et de miel, ne sont pas bien casés. Certains deviennent les fourmis du secteur informel et d’autres la racaille et une proie facile pour les politiciens et les riches assoiffés de pouvoir. Ceux dont les parents paysans se sont appauvris pour financer leurs études et qui arrivent à intégrer le système ont tourné le dos à la paysannerie et deviennent aussi les prédateurs qui la mettent en quarantaine.

Le paysan vit dans la privation des facilités du monde moderne et de la plupart des services auxquels il a droit. Il est maintenu exclu et marginalisé. Pourtant, il paie des taxes directes et indirectes. Il va voter pour donner le pouvoir aux dirigeants. Il est cité dans les discours. Sa situation constitue la toile de fond de grands projets et d’émissions de levée de fonds. Sauf qu’au lieu de s’améliorer, elle ne fait qu’empirer, justifiant le dicton : « la chaudière est mise sur le feu au nom des enfants, mais ce sont les adultes qui profitent le mieux du repas ».

Paysans des quatre coins du pays, il est temps de vous réveiller pour faire respecter vos droits de citoyen, garantis par la Constitution que l’état a l’obligation de protéger. Soyez avant tout des pacifistes intrépides qui ont un idéal, un état d’esprit positif et une méthode. Mettez-vous debout, unissez-vous et conjuguez vos efforts pour vaincre ce fléau qui fait de vous un citoyen de second rang. Il est certes vrai que vous ne pourrez pas seuls gagner la bataille. Soyez ouverts à négocier des alliances stratégiques, dans lesquelles vos intérêts particuliers et ceux du pays en général sont protégés. Imaginez un instant que vos fils opulents acceptaient de restituer à la paysannerie une partie de son investissement, le pays en gros et les villes en particulier auraient un bien meilleur destin.


Abner Septembre
Sociologue, Chercheur et Praticien en Sociogronomie
Centre Banyen @ Vallue, 6 janvier 2020.




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