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Ethnographie intellectuelle de l’élite cubaine et de l’élite haïtienne

Ethnographie intellectuelle de l’élite cubaine et de l’élite haïtienne



Partie 2

III. La dynamique de la protection sociale de la révolution

La révolution cubaine était plus que nécessaire; surtout quand on observe le fonctionnement des autres pays du continent et de la Caraïbe. Cette révolution a conduit Cuba vers son destin et son émancipation sociale et culturelle. Il faut dire que les révolutionnaires cubains étaient des visionnaires, des émancipateurs sociaux et des amoureux de l’âme humaine ; en donnant à son pays une voie de salut et une place singulière dans le concert des nations. La révolution cubaine a touché tous les aspects de la société, tant dans son fond, dans sa forme et dans sa consolidation nationale. Aujourd’hui, Cuba est un pays unique des grandes Antilles et un modèle social du monde dans le contexte actuel.

Cuba peut se vanter d’une réussite sociale en matière de modèle de bien-être collectif, de la théorie pratique du marxiste-léniniste. Et, pourtant, les Cubains ne sont pas totalement d’accord sur leurs modes de vie, ils sont plutôt critiques à leur sort. Et, les plus vieux d’entre les âges sont pour la plupart satisfaits de l’accomplissement social et politique du régime castriste. Pour la professeure d’histoire de l’Université de La Habana, Mme Fernandez, Cuba reste encore beaucoup à faire sur l’échelle des pays en voie de développement, mais la route est longue et épineuse. Car, Cuba n’est pas un pays industriel. Cuba a beaucoup d’ennemis internationaux et particulièrement les États-Unis d’Amérique. Pour elle, le plus grand mérite du gouvernement de Castro des 50 dernières années est dans la réussite du programme de l’éducation pour tous, c’est-à-dire de l’alphabétisation générale du pays, du plus petit habitant au plus grand. Cuba peut se vanter dans le concert des nations qu’il a vaincu l’analphabétisme : tout le monde sait lire et écrire dans ce pays. La deuxième chose est la politique de la terre ; le gouvernement a donné la terre au paysan. Et, le gouvernement a organisé la production de la terre avec les paysans et, il arrive même à pouvoir donner de la nourriture, de la production agricole mensuellement, à toutes les familles cubaines. Dans ces deux domaines-là, Cuba n’a rien à envier de personne. Ainsi, nous avons vraiment vérifié que dans tous les foyers cubains : il y a de l’eau potable dans les robinets, dans les toilettes, dans les lavabos ; il y a de l’électricité en permanence pour faire fonctionner les appareils électriques de 110 volts à 220 volts ; il y a du gaz propane pour la préparation de la nourriture. Du point de vue des éléments basiques pour que la personne humaine puisse vivre, il n’y a pas à plaindre dans ce pays.

Nous sommes en train d’exprimer des informations ethnographiques, sur des notes que l’on a prises aléatoirement dans les discussions au bord de la rue, sur les places publiques, sur les places publiques avec des amis cubains ; surtout quand on va au restaurant et, en déambulant les regards pour apprécier le modèle architectural cubain. La convivialité cubaine est sans pareille dans un monde globalement individualiste. À la sortie d’une soirée de fête de fin d’année avec des amies cubaines, nous avons visité le long de la mer : un chef-d’œuvre historique, culturel et touristique communément appelé « Malecón ». Nous étions en train d’admirer la beauté de l’œuvre des grands architectes cubains, des poètes et des sculpteurs, exposant leurs esprits à ciel ouvert, sans compter la gentillesse presqu’angélique même des Cubains qui vous saluent. Nous avons constaté un fait marquant, qu’il est rare qu’un Cubain ne fume pas. Ici, presque tout le monde fume : jeunes et vieux. C’est à ce moment-là̀ qu’une de nos amies commence par exprimer la profondeur de la médecine et de la culture cubaine.

Veronica (1), une Cubaine de 75 ans qui fume, nous raconte qu’ici l’espérance de vie est de 120 ans. Les meilleurs médecins du monde se trouvent à Cuba. Cuba exporte même ses médecins vers d’autres pays du monde en termes d’échange scientifique et culturel et de produit national brut. Tout ceci, sommairement, nous permet de comprendre que la révolution castriste est une victoire historique et réelle au profit de plus de 11 millions d’habitants vivant actuellement sur cette île, jadis colonial.

Nous pouvons affirmer que la vie cubaine est relativement moyenne et paradigmatique où un Cubain devait être fier de son pays, de sa production et de sa réussite sociale, qu’aucun autre pays n’aurait pu faire autant, sur cette planète en moins de 6 décennies. Aujourd’hui, avec la montée de l’internet, de la globalisation, de la cybernétisation, il y a nombre de remise en question qui se fait au sein de la communauté cubaine, qui est un mode de gouvernement socialiste et communiste. Les jeunes cubains ne se voient pas comme ceux qui ont vécu la révolution sociale castriste. Certes, ils sont pour la plupart bien formés, courtois et ouverts au changement du monde. Mais, il reste des genres humains avec des besoins complexes et multiples, qu’aucune forme de gouvernement n’aurait pu combler. Gabriella, une jeune professeure de langue espagnole à Cuba, croit que les conditions de vie des Cubains sont médiocres et difficiles, et cela s’empire davantage avec la mort de Fidel Castro. Elle croit que Cuba devrait adopter des nouvelles formes de gouvernement, créer plus d’opportunité financière à la jeune génération. Selon elle, les conditions de vie cubaines sont tellement difficiles, en dehors des réussites collectives basiques, de la nourriture dans les foyers, l’eau et l’électricité, Cuba s’essouffle dans un monde ouvert à la communication, l’économie du pays ne fonctionne pas; il y a une économie à double vitesse où l’on est obligé d’avoir deux monnaies nationales pour une meilleure articulation du système monétaire et institutionnel. Les travailleurs se sont obligés d’avoir plusieurs activités économiques pour subvenir à leur besoin. Si l’organisation sociale cubaine marche dans le domaine de la circulation des gens dans les rues où il y a peu d’agression, mais dans le domaine de l’organisation du travail, les travailleurs sont nettement insatisfaits de leur salaire ; le salaire minimum ne fonctionne pas. Il y a des trafics illicites avec les autres pays, des activités informelles constantes. Ceux qui n’ont pas de travail à Cuba ou qui ne sont pas satisfaits de leurs revenus se jettent dans la mendicité. Il faut observer qu’il y a un commerce informel et florissant, entre les jeunes commerçants cubains et haïtiens qui en trouvent une sorte d’opportunité financière.

Les jeunes, pour la plupart, se vouent à la prostitution dans les rues, ceux qui occasionnent des grossesses précoces, des mariages forcés avec des étrangers pour de l’argent ou de la résidence dans d’autres pays. Tout cela rend misérable la vie à Cuba. Et le gouvernement est conscient de ce phénomène, au point de légiférer là-dessus. Il légalise la prostitution des rues. Cependant, les Cubains sont totalement conscients de leurs cultures et leurs ancêtres. Ils ont un minimum de vie décente. Tout ce qu’on peut ajouter sur le gouvernement cubain, il est depuis quelques années, proactif ; il discute réellement des intérêts du pays. En revanche, il faut le dire, Cuba reste un pays archaïque, fermé et contrôlé où les gens doivent rendre des comptes de leurs forfaits. Et bizarrement, la politique à Cuba est à sens unique, depuis la révolution castriste.

Kolomoundé, une jeune fille de Congo Brazzaville, étudiante en médecine à Cuba à l’université de la Havane, parlant de la dynamique de la protection sociale, nous dit qu’à Cuba la vie est paisible, il faut aimer Cuba, il y a de la sécurité et la paix dans les rues. Les gens sont pacifiques et le pays est stable. Les gens sont agréables et sympathiques. On peut sortir à n’importe quelle heure de la nuit dans la rue, sans risque de se faire agresser par les autres. Et, en plus de cela, les gens du peuple ne sont pas armés, ils n’ont pas le droit de porter des armes à feu. Seule la police nationale révolutionnaire (PNR) peut porter des armes à feu dans les rues. Donc, tout est contrôlé par l’État, du plus petit détail du pays au plus gros. Pour elle, la plus grande difficulté à Cuba dans ce monde moderne est la communication cybernétique. À Cuba, on ne consomme pas ce qu’on veut, on consomme ce que le gouvernement cubain choisit pour vous. Il n’y a pas de libéralisme économique à Cuba, les Cubains sont dans une économie hautement planifiée, calculée et contrôlée.

Junior Cénafils

Notes
1 Nous avons choisi de modifier les noms des personnes qui se trouvent dans le texte ethnographique sur Haïti et Cuba, pour des raisons de déontologie professionnelle. Et tous ceux qui disposent d’un minimum en la matière sauraient apprécier le sens de l’art.




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