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Comprendre la santé autrement (suite) Neuvième partie : la santé scolaire (6)

Comprendre la santé autrement (suite) Neuvième partie : la santé scolaire (6)



« Il s’agit moins de paraitre que de faire, moins de commencer que de continuer, moins de construire que d’entretenir… » Si l’on prône une vision holistique de la santé, pourquoi mettre autant d’emphase sur l’hygiène et l’assainissement à l’école, au détriment des autres aspects?


L’environnement scolaire constitue l’un des quatre axes majeurs d’une « École Promotrice de Santé ». (Voir quatrième et sixième parties de la série) Si l’on se réfère spécifiquement à l’environnement physique, ce qui est prioritaire dans un « pays développé » ne l’est pas dans un « État dit en développement ». Dans le premier, les questions liées à la salubrité, la gestion des déchets solides et liquides, l’accès à l’eau, la qualité de cette dernière, la disponibilité et l’entretien des toilettes, les points de lavage des mains, sont résolues depuis belle lurette, alors que dans le second, elles demeurent un véritable casse-tête national. Cette insalubrité environnementale explique en majeure partie la vitesse de propagation de l’épidémie de choléra introduite en Haïti en octobre 2010, ainsi que la prévalence et l’incidence des maladies oro-fécales et infectieuses dans les pays du Tiers-Monde. La santé d’une population débute par l’hygiène publique ou environnementale. C’est ce que montre l’histoire de la santé publique dans le monde. La première phase de cette histoire dite période de la « médecine sociale » au XVIIIème siècle a, en effet, été suivie en Europe, au XIXème, par celle du « mouvement hygiéniste » qui a révolutionné la santé publique. Rien d’étonnant que durant les années du choléra, l’accent fut mis, au niveau scolaire, sur les infrastructures sanitaires, leur entretien et la promotion de comportements liés à l’hygiène. L’ancien Secrétaire Général des Nations Unies, Kofi Annan, d’origine ghanéenne, Prix Nobel de la paix, l’avait parfaitement compris quand il écrivait : « Nous ne vaincrons ni le SIDA, ni la tuberculose, ni les autres maladies infectieuses qui frappent les pays en développement, si nous ne gagnons pas la bataille de l’eau potable, de l’assainissement et des soins de santé de base. »

Toutefois, il ne faut pas s’emmurer dans l’hygiène. Il convient d’ouvrir progressivement (et parallèlement) les différentes portes de la santé tout en accordant la préséance à d’autres aspects cruciaux en pays pauvre : la nutrition et la cantine, la santé sexuelle, la violence, les parasitoses, les soins de santé adaptés aux jeunes (urgences, accidents de la circulation, les infections sexuellement transmissibles, l’ophtalmologie, l’odontologie .etc.). Il ne faut certainement pas oublier le nouveau coronavirus ou Covid-19. L’ « École Promotrice de Santé » est un idéal difficile à atteindre, même en pays riche. Il faut le faire par étapes, en partant de la réalité locale, surtout dans un contexte de pauvreté. L’hygiène et l’assainissement restent et demeurent la porte d’entrée vers la santé.

Comment cette approche par étapes progressives s’opérationnalise-t-elle en Haïti?

La première étape fut l’élaboration, puis l’exécution du projet « Certification des Écoles Amies de l’Hygiène ».

Vers la fin de l’année 2011, après la phase d’urgence ou de flambée épidémique du choléra, une enquête menée dans le milieu scolaire a montré que la forte mortalité due à la maladie ainsi que sa persistance dans la population étaient imputables en majeure partie à l’insalubrité générale et scolaire. L’enquête a permis d’identifier de manière précise, les déterminants du choléra et des autres maladies oro-fécales : inexistence ou insuffisance en nombre des commodités sanitaires (toilettes/latrines, points de lavage des mains), pénurie ou mauvaise qualité de l’eau, non-adoption de comportements liés à l’hygiène. (Rapport BRIDES/MENFP/UNICEF, 2012). Une Alliance pour l’Eau, l’Assainissement et l’Hygiène en Milieu Scolaire (Alliance EAHMS) venait alors d’être créée en mars 2011 sous l’égide de la Direction Santé Scolaire. Elle incluait au départ, le Ministère de la Santé, l’UNICEF, la DINEPA et des ONG locales impliquées. L’UNESCO et l’OMS s’y sont ralliées un peu plus tard. Un document de normes et d’orientation intitulé « Directives pour la promotion de l’hygiène en milieu scolaire » fut alors élaboré et largement distribué aux différents acteurs. Un renforcement de la « Direction Santé Scolaire » s’ensuivit. Toutefois, il fallut attendre 2013 et 2014 pour que le MENFP conçoive un projet collectif, intersectoriel, intitulé « Certification des Écoles Amies de l’Hygiène ». S’inspirant des expériences de l’UNICEF et de l’USAID en Éthiopie et au Madagascar, il fut exécuté de fin 2014 à 2017 grâce à un financement de la BID, avec contrepartie substantielle de l’UNICEF.

En quoi consistait le projet « Certification des Écoles Amies de l’Hygiène »?

Il visait la création, dans les dix départements du pays, réseau d’Écoles dites Amies de l’Hygiène. Ces établissements étaient encadrés par les directions départementales et scolaires, les inspecteurs de l’éducation, tous préalablement formés en hygiène, en santé scolaire et promotion de la santé (éducation non formelle). Ils devaient respecter un certain nombre de critères minimaux relatifs à l’hygiène et à la salubrité, établis de manière consensuelle et vulgarisés sous forme d’affiches et de spot médiatique. Ils devaient servir de modèles aux autres établissements. Au total, 152 écoles ont pu recevoir officiellement leur plaque d’honneur.

Qu’est-il advenu de ces « Écoles modèles Amies de l’Hygiène »? Comment va-t-on les transformer en « Écoles Promotrices de Santé »?

Dès le départ, « l’Alliance EAHMS » voulait que ce projet se transforme en un véritable programme financé par l’État. Entre le désir et la réalité, il existe tout un monde, surtout dans un pays pauvre dépendant à plus de 80% de l’aide externe. Nombre de ces écoles se détériorent rapidement faute d’entretien, de budget, de supervision, mais aussi de l’incapacité de leur direction et de la municipalité dont elles dépendent. Ceci a conduit la Direction Nationale de l’Eau Potable et de l’Assainissement (DINEPA) à travailler davantage avec les mairies en vue de les impliquer activement dans la lutte contre la défécation à l’air libre. Quant à la Direction Santé Scolaire elle a mis sur pied de 2018 à date, grâce à un financement de l’UNESCO, un « projet-pilote de clubs de santé modèles » visant à favoriser l’entretien des écoles, mais surtout la participation des élèves à l’entretien des infrastructures sanitaires, ceci en continuité avec l’initiative précédente. A travers le club de santé formé essentiellement d’élèves, devraient parallèlement s’organiser des activités et aussi se débattre, des thématiques relatives à la santé et à la vie des jeunes. Les autres aspects comme la nutrition, la cantine, la santé sexuelle et reproductive, les urgences et l’organisation de soins de santé adaptés aux écoliers seront introduits afin de les transformer progressivement en « Écoles Promotrices de Santé niveau II », tout en conservant et en améliorant le noyau fondamental de l’Hygiène et de l’assainissement : le WASH (Water, Sanitation, Hygiene). Des critères additionnels de certification seront ajoutés au fur et à mesure. Telle est la teneur du nouveau projet soumis à la BID, en décembre 2019, « dans le cadre du projet éducatif baptisé « Système Assurance de Qualité » et coordonné par l’Unité de Coordination des Programmes du Ministère de l’Éducation. La Banque Mondiale voudrait aller dans le même sens. Espérons que l’État haïtien prendra ultérieurement la relève dans un délai raisonnable. La santé passe inéluctablement par l’hygiène publique. Les pays du Tiers Monde doivent, à l’instar de l’Europe du XIXème siècle, faire leur propre « révolution hygiénique ». En même temps, d’autres défis s’ajoutent à leur misère : le fardeau des Maladies non Transmissibles (diabète, maladies cardiovasculaires, cancer. etc.), sans oublier le nouveau coronavirus ou Covid-19.

Comment coordonner l’activité de cette pléiade d’acteurs et de bâilleurs dans le domaine de la santé scolaire?

La violence, l’insécurité et la misère qui règnent dans le pays ne favorisent certainement pas les choses. La gouvernance haïtienne est caractérisée depuis la période post 1986 par la « cacophonie multisectorielle » de la dépendance remplaçant le « dirigisme étatique dictatorial ». En ce qui concerne spécifiquement la santé scolaire, les nombreuses actions réalisées avant 2005 n’étaient jamais planifiées par/ou avec le secteur éducatif en raison de l’absence d’une structure interne s’occupant de la question et connaissant le système éducatif, ses intérêts, sa réalité, d’où leur inefficacité et leur caractère sporadique.
Il s’agit :

1. De développer entre les deux Ministères régaliens à savoir l’Éducation et la Santé, une vision commune de la santé scolaire

2. D’avoir une compréhension réaliste de l’intersectorialité qui ne vise ni la fusion, ni la mise sous tutelle de l’autre, mais l’union de compétences différentes pour le bien-être de l’écolier et du jeune. En ce sens, certaines actions resteront l’apanage d’un Ministère, davantage que l’autre, alors que d’autres actions exigeront une collaboration plus étroite, à toutes les étapes : conception, planification, exécution, évaluation. Même dans le cas des actions plus spécifiques à un Ministère, ils devront toujours s’efforcer de partager les informations et de travailler conjointement et en harmonie. Mieux se connaitre afin de travailler ensemble en tant que partenaires.

3. De réunir ainsi les autres protagonistes concernés (autres Ministères et bâilleurs) autour de cette vision en vue d’une coordination intersectorielle du financement

4. De définir clairement les grandes priorités en partant d’actions porteuses déjà réalisées conjointement

La nouvelle « Politique Nationale de Santé Scolaire 2020-2030 » en cours de finalisation, respecte en grande partie, ces exigences. Elle devrait être signée conjointement par les Ministres de l’Éducation et de la Santé…

Dr Erold Joseph

Ceci clôt le dossier « santé scolaire » de la série « Comprendre la santé autrement ».
La dixième partie parlera de la santé en général ; ses définitions, sa réalité.




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