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Pour la prise en compte de la santé mentale des Haïtiens à l’ère du coronavirus

Pour la prise en compte de la santé mentale des Haïtiens à l’ère du coronavirus



Depuis le début de la pandémie, de nombreuses initiatives sont développées en faisceau pour faire face à l’extension du coronavirus/Covid-19 dans plusieurs pays du monde. Ces derniers jours, à côté des dispositions de soins médicaux, les prestataires de santé et de soin dans certains pays adoptent des stratégies nouvelles de prise en charge psychologique et psychiatrique durant la période de la pandémie et du confinement. Haïti ne devrait-elle pas emboîter le pas en prenant aussi de telles mesures de prises en charge psychologiques/psychiatriques en faveur de ses filles et fils ?

En effet, considérant la présente conjoncture, tout porte à croire que les maladies mentales peuvent s’installer avec faste dans les communautés touchées par le coronavirus. Dans cette perspective, aux États-Unis, l'Américan de Psychiatric association (APA), dans une correspondance adressée au congrès le 13 avril a mentionné que plus d’un tiers des Américains seraient affectés mentalement. L’APA a profité de cette circonstance pour demander avec insistance des fonds afin de faire la prévention, la téléconsultation et de garantir l’accès aux soins (TV5 monde, 2020). Toujours d’après TV5 monde, 37% de la population française présenterait des détresses psychologiques. Ce qui pousse le syndicat des psychiatres français ( SPf) à réclamer le 23 mars des investissements pour la prévention et la continuité des soins psychiatriques au même titre que les soins médicaux.

En Haïti, toutes les prédictions s’accordent à reconnaître que cette pandémie va déboucher sur la famine, le chômage et la suspension des emplois. En effet, à un mois de la crise actuelle, les conséquences du confinement et de la pandémie se font davantage sentir. Mais force est de constater que la prise en charge psychologique est toujours laissée pour compte. Ainsi est-il plus qu’impérieux d’attirer l’attention de tous pendant cette période assez difficile, en faisant la lumière autour des éventuelles conséquences néfastes que pourrait porter la pandémie sur la santé mentale de la population haïtienne.

En 1998, une étude américaine menée par Ronald E. Kleinman et al auprès de 4 millions d’enfants américains indique que ceux qui souffrent d’insuffisance alimentaire et de faim sont plus susceptibles de développer des troubles psychologiques et comportementaux. En 2012, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) suivant un document publié faisant état des facteurs de risque pour la santé mentale, mentionne que la peur de l’avenir, les sentiments d’impuissance, de solitude, manque de perspectives, d’emploi ou de revenues sont autant de facteurs pouvant conduire à des problèmes mentaux. En plus, l'Université de Chicago (2014) pour sa part a démontré que l’isolement favorisait les risques de dépression et d'anxiété. Enfin, selon une enquête réalisée en France par l’Institut français d'Opinion publique (IFOP) le 31 mars, on constate que les détresses psychologiques, les troubles du sommeil surviennent en période de confinement. Il faut préciser qu’une détresse psychologique peut conduire à de sérieux troubles psychiatriques, en particulier à des troubles anxieux, dépressifs et le stress post-traumatique.

Fort de ce constat alarmant et inquiétant, il apparaît clairement que le bien-être mental peut se trouver menacer. La pandémie actuelle associée au confinement contraignant peut avoir un impact négatif sur la santé mentale de certains Haïtiens puisqu’ils sont déjà en proie à tous les maux. Il est à observer que la santé mentale en Haïti est quasi inexistante, car elle n’a jamais fait l’objet de préoccupation pour les dirigeants. D’ailleurs, en 2017, le Dr Hans Lamarre dans un interview a déclaré que les maladies mentales sont classées comme deuxième problème de santé publique en Haïti. Pour preuve, on a recensé que 15 psychiatres pour le pays et 4% du budget est alloué à la santé en Haïti (Le Nouvelliste, 2017).

Si les perspectives d’intervention de l’État haïtien restent unilatérales, le pire est à craindre. Déjà selon certaines observations, on peut remarquer la peur chez certains, la crainte de l’avenir, certains comportements compulsifs commencent à prendre place, l’ennui face a l impuissance, l’inquiétude et les plaintes somatiques. Les séquelles du séisme dévastateur du 12 janvier 2010 peuvent en témoigner, puisque jusqu’à date des personnes vivant avec des troubles de stress post-traumatiques, ayant des problèmes d’estime de soi et d’acceptation survenus à la suite des traumatismes (Cardichon, 2020).

En résumé, vu les enjeux de la situation actuelle en Haïti, les interventions de l’État devraient avoir pour visée la protection de la santé mentale et physique de la population. Une telle action irait du coup en parfaite conformité à la définition de la santé selon l’OMS. En outre, il est important que chaque personne indistinctement adopte une bonne hygiène de vie tant sur le plan somatique que psychique. Pour ce faire, n’hésitez pas de dormir, de se reposer, de faire du sport, de rester positif, de demander de l’aide au besoin, de prendre soin de soi et des autres, de s’aimer davantage, de méditer régulièrement, de lire, de respecter les consignes des autorités et surtout ne négligez pas la quête d’une assise spirituelle.

Camille DORMÉTUS,
étudiant finissant en psychologie (Faculté d’Ethnologie/UEH)

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES :

Cardichon, J. M. (2020). Narrations du sensible Récit post-traumatique de survivants du séisme du 12 janvier 2010 en Haïti. Port-au-Prince : .

IFOP. (2020, 11 avril). Étude Coconel, confinement et confinement: impact sur la santé mentale. France.

OMS, 2012, les risques pour la santé mentale, Aperçu des vulnérabilités et des facteurs de risques. Genève.

Oyollet, S. (2020, 19 avril). OBS, confinement prolongé santé mentale à surveiller. France.

Kleinman, R. E. et al (1998). Hunger in Children in the United States: Potential Behavioral and Emotional Correlates.

St Juste, E. (2017, 29 novembre). Les maladies mentales classées deuxième problème de santé publique en Haïti, le Nouvelliste, Port-au-Prince.




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