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Les enfants d’abord ! Retour en classe 2020-2021

Les enfants d’abord ! Retour en classe 2020-2021



Charles Tardieu, enseignant à l’université et chercheur, est membre de la « Plateforme de Réponse des Organisations de la Société Civile au COVID-19 » (PROC-19), du sous-groupe « Écoles Horizon 2030 » (ÉCHO 2030) et du « Centre haïtien de Recherche en Gouvernance de Système éducatif » (CHARGOSED). Cette prise de parole s’inscrit dans le travail de réflexion initié par cette structure de recherche scientifique et le PROC-19. Elle bénéficie du support de ses membres et d’autres personnalités du monde de l’éducation haïtien. Je remercie tous les contributeurs aux réflexions contenues dans cet article, cependant, les opinions exprimées sont de l’auteur seul qui en assume pleinement toute la responsabilité et les limites éventuelles.


Contexte socioéconomique

Tous les systèmes éducatifs du monde entier sont mis à rude épreuve par la pandémie du COVID-19. Les philosophes et sociologues de l’éducation pensent que l’école d’après la pandémie sera différente comme de nombreux autres aspects de la vie sociale, économique et culturelle des sociétés actuelles. Le Partenariat mondial pour l’Éducation (PME) exprime ainsi ses préoccupations : « Le nouveau coronavirus a généré une urgence éducative mondiale sans précédent, nécessitant une solidarité extraordinaire pour lancer les efforts d’intervention et de rétablissement, et minimiser les effets néfastes à long terme sur l'apprentissage et le développement des enfants. […] Les fermetures d'écoles à travers le monde ont perturbé l'éducation à une échelle encore jamais vue, coupant les enfants de l'apprentissage ainsi que d'autres services vitaux fournis par les écoles, notamment les soins de santé et les repas nutritifs. À la mi-avril, on comptait 65 pays partenaires du PME et 383 millions d'enfants touchés. » (PME, 2020) . De son côté, l’UNESCO note : « Des millions d’enfants sont empêchés d’aller à l’école à cause de conflits, de catastrophe d’origine naturelle et de pandémies et leur nombre ne cesse de croître. Dans les pays touchés par les crises, le risque de ne pas aller à l’école est deux fois plus élevé que chez les enfants vivant dans d’autres pays. » (UNESCO, 2020a)

Le système éducatif haïtien, tout aussi victime de la pandémie fait face à une situation particulière héritée des troubles politiques à répétition depuis plusieurs années, particulièrement depuis celle engendrée après la tentative d’augmenter le prix du carburant à la pompe début juillet 2018. Les mouvements sociaux et politiques qui suivent immédiatement juillet 2018 vont mettre le gouvernement en grande difficulté qui se traduit par des mouvements de grèves les unes plus violentes que les autres, d’octobre 2018 à juin 2019. Chacune amenant son lot de perte de temps de classe au point où le ministère de l’Éducation avait estimé impératif de réduire les exigences pour les examens officiels de 9e année fondamentale et des classes terminales pour le secondaire à la fin de l’année scolaire 2018-2019.

De l’été 2019 au mois de novembre 2019, le pays a connu une période particulièrement troublée par des grèves violentes et la fermeture des écoles. La rentrée scolaire 2019-2020, prévue pour début septembre, n’a jamais pu se réaliser. Lorsque le climat socio politique a permis l’ouverture des classes fin novembre, une vague de kidnappings, dont certains enlèvements spectaculaires d’écoliers, a frappé le pays créant un climat hautement traumatique pour les jeunes et leurs parents. Cette nouvelle vague d’insécurité, se conjuguant aux difficultés de paiement d’une scolarité tardive, beaucoup de parents auraient choisi de ne pas envoyer leurs enfants à l’école pour le mois de décembre.

Depuis le 19 mars 2020, les écoles sont fermées suite à l’état d’urgence sanitaire décrété par le gouvernement, d’abord pour un (1) mois puis prolongé pour un deuxième, jusqu’au 19 mai, pour faire face à la pandémie du COVID-19. Aujourd’hui, début mai, personne ne peut envisager une date probable de reprise de l’école pour boucler les 147 jours du calendrier remanié publié le 11 décembre (MENFP, 2019) .

Dans les circonstances, tout porte à croire que l’année scolaire 2019-2020 est irrémédiablement perdue pour la grande majorité des écoliers. Aussi, est-il clair que les responsables des secteurs public et privé ont l’obligation de créer un partenariat fort pour offrir des solutions novatrices pour juguler les crises subséquentes, autant que faire se peut, et surtout pour minimiser leurs effets cumulatifs, dévastateurs ! Le premier effort de ce nouveau partenariat devrait être la construction des passerelles pour les étudiants de 9e année fondamentale et de terminale pour les aider à réussir les examens réguliers et non allégés !

C’est dans cette optique qu’il faut comprendre cette présente prise de parole qui veut appuyer les efforts de la Plateforme de la société civile pour une réponse au COVID-19 (PROC-19). Elle s’inscrit aussi dans la foulée de l’appel au partenariat du PME : « Qu'il s'agisse de travailler au sein de groupes locaux des partenaires de l’éducation en tant que plateforme de collaboration pour le dialogue sur les politiques sectorielles entre les gouvernements et leurs partenaires de l'éducation, ou de tout autre structure nationale ou mécanisme de partenariat mis en place pour la riposte au COVID-19, le PME a généré un ensemble de principes directeurs et d'outils de partenariat qui restent pertinents dans la situation actuelle, et qui peuvent aider les pays à gérer leur réponse en matière d'éducation et à gérer plus efficacement leurs efforts de création de partenariats. » (PME, 2020)

Les défis du calendrier scolaire remanié et du rythme scolaire

Les troubles politiques survenus au moment de la rentrée scolaire 2019-2020 ont empêché la majorité des écoles à ouvrir leurs portes entre septembre et novembre. À l’observation, on réalise que ceux-ci ont contribué à faire émerger trois (3) catégories d’écoles face à la crise : 1) celles qui ont dû fermer complètement leurs portes (la majorité des établissements publics et privés du pays) ; 2) celles où les écoliers ont pu parfois se rendre à l’école dans certaines petites localités en bravant souvent des barricades et l’hostilité de certains ; et enfin, 3) cette petite minorité d’écoles parmi les plus favorisées où directions et enseignants mettaient en place des structures d’enseignement à distance offrant aux écoliers la possibilité de poursuivre leurs études chez eux et respecter le calendrier régulier de 189 jours ; à cette dernière catégorie, il faut ajouter les quelques tentatives, vite abandonnées, de certaines autres écoles de poursuivre les classes.

Ceci confirme, s’il le fallait, l’existence d’un système scolaire à plusieurs vitesses qui renforce les inégalités scolaires et la fracture sociale, le tout consolidant l’apartheid scolaire qui sévit en Haïti. Dans cette veine, il est à craindre qu’un remaniement « à la baisse » du calendrier scolaire avec moins de jours de classe ne vienne approfondir ces conditions en validant des objectifs pédagogiques qui ne s’appliqueraient qu’à ces écoliers les moins favorisés des deux premières catégories d’écoles.

Le 11 décembre, le MENFP a effectivement publié un calendrier scolaire réaménagé à « compétences minima » affichant 147 jours de classe, bien en dessous de la moyenne internationale des 180-185 jours. Il y a lieu de signaler la différence fondamentale entre le temps scolaire que l’on retrouve dans le calendrier scolaire (couvrant le temps passé en salle de classe) et le temps périscolaire (englobant les activités sportives, culturelles, artistiques qui développent la curiosité intellectuelle, permettant aux écoliers de se découvrir des compétences et des centres d’intérêt nouveaux, renforçant le plaisir d’apprendre et d’être à l’école) (MEN-France, 2013) . En temps normal, l’espace scolaire permet de réunir, même en dehors des responsables des établissements, mais souvent avec leur aide, les temps scolaire et périscolaire. C’est la combinaison de ces espaces scolaire et périscolaire formant la culture institutionnelle qui confère à chaque établissement sa marque propre. C’est elle aussi qui contribue au développement harmonieux de la personne humaine, du citoyen et du producteur que devient chaque écolière et chaque écolier. C’est par contre, l’absence de cette combinatoire qui produit les échecs faisant obstacle aux progrès et freinant le développement de notre pays.

Malgré l’importance reconnue de ces deux composantes ailleurs, il n’existe aucune politique de gestion du temps permettant d’instaurer un équilibre entre temps scolaire et périscolaire en Haïti. Ceci est laissé à l’initiative des directions d’établissements ou des écoliers qui en sentent le besoin. Lorsque l’espace scolaire est fermé comme actuellement, certains écoliers du troisième type d’école créent un nouvel espace périscolaire virtuel où ils peuvent s’épanouir et pallier les faiblesses de l’espace-école, mettant à profit la culture numérique intégrée aussi bien dans l’espace scolaire que familial.

La plateforme d’enseignement à distance offerte par le MENFP n’est pas encore prête pour offrir ce type des interactions entre écoliers entre eux et écoliers avec les enseignants qui pourrait un tant soit peu simuler ou recréer cet espace d’échanges périscolaires indispensable pour une éducation de qualité.

Conditions de retour en classe

Pédagogiques et Psychologiques - Physiques - Financiers - Tout retour en classe post COVID-19 doit répondre à trois groupes de conditions : celles d’ordre pédagogique (dont le calendrier scolaire) et psychologique ; celles relevant du domaine des aménagements physiques et sanitaires correspondant, entre autres, aux gestes barrières ; et, celles assurant le financement des études essentiellement supportées, en Haïti, par les familles.

Défis pédagogiques - Le calendrier scolaire est l’un des instruments permettant de mesurer le temps prescrit pour valider une année scolaire et les apprentissages y associés. Cette information est indispensable au classement des systèmes éducatifs tant au niveau national que sur la scène internationale où ils sont tous en compétition. La moyenne mondiale de jours de classe par an se situe entre 180 et 185 jours . Le calendrier haïtien 2019-2020 prévoyant 189 jours de classe avait été ramené à 147 suite au « peyilòk », mais avant le COVID-19.

Entre décembre 2019 et mars 2020, une observation attentive des activités scolaires révèle que seulement quelques rares écoles ont pu atteindre 66 jours de classe. La commission nationale chargée du monitoring du COVID-19 estime que le pic de la pandémie pourrait se situer autour du mois de juin ou de juillet, rendant difficile une réouverture des classes avant le mois de juillet ou d’août. En combinant toutes ces informations aux conditions climatiques sévissant en Haïti durant la période de mai à août, il est irréaliste de penser réunir un nombre de jours de classe permettant d’arriver à un calendrier scolaire répondant aux normes internationales.

Défis psychologiques - Les trois évènements traumatiques successifs qui ont marqué l’année académique 2019-2020, peyilòk puis kidnappings et finalement COVID-19, imposent un accompagnement posttraumatique minimal en vue de prévenir les abandons et échecs scolaires massifs qui en résulteront autrement. Ceci devrait comprendre des dispositifs de dépistage et de traitement du stress posttraumatique, le cas échéant, pour tous les écoliers, du préscolaire à l’enseignement secondaire. Ces dispositifs doivent être impérativement mis en place, quelle que soit la date de réouverture des classes. Ceci nécessitera la mobilisation de compétences rares au regard des besoins. Mais, avec la participation notamment des UPR (Université Publique en Région), des stratégies pourraient être mises en place pour offrir un tel service s’assurant la participation de jeunes universitaires encadrés par des psychologues professionnels. On devrait aussi envisager une participation des enseignants eux-mêmes à condition de leur procurer une formation minimale en psychologie pour la gestion du stress posttraumatique.

Défis physiques et sanitaires : Gestes barrières - Quelque soit la date retenue pour le retour en classe, il est évident que pour un certain temps, au moins, la majorité des écoles ne pourront pas continuer à fonctionner dans leur état d’insalubrité et d’absence minimale de dispositifs comme l’eau pour le lavage des mains et la désinfection systématique et quotidienne de tous les espaces à l’intérieur des établissements.

De plus, il faudra prendre les dispositions pour corriger les situations de promiscuité entre des écoliers partageant des pupitres surchargés ne permettant pas la distanciation obligatoire pour éviter la propagation du virus. Les espaces scolaires, tant publics que privés, devront désormais répondre à des normes minimales de nombre d’écoliers par salle de classe et par banc permettant la distanciation des 1.60 m. C’est dire que, compte tenu du nombre d’écoliers assignés par salle de classe actuellement, les responsables d’établissements tant publics que privés devront organiser des horaires où ils reçoivent des groupes d’écoliers à tour de rôle. Par exemple, un groupe le matin et un autre en après-midi, afin d’assurer une gestion sécuritaire de l’espace en salle de classe, mais aussi en cours de récréation. Chaque école doit mettre en place des procédures fiables de désinfection régulière et complet des bâtiments. Organiser des stations de lavage des mains à la barrière principale et devant chaque salle de classe de façon à offrir des moyens facilement accessibles de lavage régulier et fréquent des mains pour écoliers, enseignants et équipe administrative et logistique, mais aussi pour tout visiteur.

Au point de vue strictement sanitaire, le MENFP doit développer avec le secteur santé un protocole fiable et simplifié de dépistage et de prise en charge de tout cas soupçonné d’infection. Un tel dispositif est d’autant plus important face à cette croyance populaire qui a tendance à nier l’existence de la pandémie et du virus. Compte tenu du fait qu’à Séoul, par exemple, les données scientifiques ont démontré que 20 à 25% des personnes infectées étaient des cas asymptomatiques , toute école doit être en mesure de compter sur du personnel habilité à gérer un tel protocole avec tac et efficacité.

Défis financiers - L’équation financière doit faire partie de toute analyse du système éducatif haïtien compte tenu du poids de l’enseignement privé donc payant pour la grande majorité des écoliers à l’école secondaire notamment. (88% : MENFP-DPCE, s.d.) Beaucoup d’écoliers et de familles éprouvent de grandes difficultés à faire face aux exigences économiques de la scolarité pour les institutions privées, mais aussi aux autres charges afférentes à une année d’examens. L’achat d’uniformes, de fournitures et de manuels pour ne citer que les frais plus importants doivent être couverts dès le début de l’année. Il faut aussi pouvoir payer la scolarité entière, pour toute l’année, pour pouvoir retirer, contre un autre paiement, la fiche autorisant l’accès aux salles d’examens. Un nombre important d’écoliers bénéficient d’un support financier de parents en diaspora. Les difficultés économiques récentes d’une frange importante de ceux-ci et des parents ici même en Haïti constituent un défi majeur pour beaucoup d’écoliers en général et tout particulièrement pour ceux qui se trouvent en année d’examen.

La veille de la rentrée scolaire 2019-2020, beaucoup de directeurs d’écoles se plaignaient du peu d’inscriptions enregistrées et de leur baisse comparée aux années précédentes. D’un autre côté, les parents se plaignaient des difficultés insurmontables pour mobiliser les moyens financiers pour supporter les études de leurs enfants.

Conclusion : tout retour à l’école pour terminer l’année scolaire 2019-2020 devra prendre en considération les défis pédagogiques, psychologiques, physiques, sanitaires et financiers cités plus haut. Le gouvernement devrait certainement de son côté voir à résoudre les graves difficultés de gestion des effectifs d’enseignants du secteur public réclamant des arriérés de salaires. De plus, toutes ces questions se présenteront avec la même intensité, quelle que soit la date arrêtée pour la réouverture des classes. Alors, on doit se rendre à une évidence prééminente : nous faisons face à un sujet dont la complexité sociale, économique et psychologique dépasse de plusieurs coudées les capacités de tout gouvernement isolé de ses partenaires. Et c’est précisément ce que l’observation des tâtonnements, hésitations et négociations de nombreux pays avec leurs partenaires du monde de l’éducation nous enseigne. (Derac, 2020)

Et, puisque les écoliers en classes d’examens auront à y faire face quand même, les responsables scolaires, du public et du privé, devront obligatoirement se rencontrer dans le cadre d’un véritable partenariat entre tous les acteurs du secteur éducatif pour y faire face. Ceux-ci doivent concevoir les solutions citoyennes appropriées en offrant à ces jeunes les moyens et outils de réussite réalistes, à leur portée, sans réduction des compétences et/ou des objectifs pédagogiques à évaluer.

Terminer l’année académique 2019-2020 en l’état

Dans les circonstances, il est beaucoup plus réaliste et judicieux de conclure à la fermeture définitive de l’année académique 2019-2020 en l’état, c’est-à-dire immédiatement ! Sauf pour les classes d’examens officiels de 9e année fondamentale et de terminale qui réclament un traitement particulier.

La planification la plus sage alors est de reporter la prochaine ouverture des classes au 31 août 2020, si l’évolution de la pandémie le permet. À ce moment-là, il y aura lieu, dans le cadre du partenariat public privé communautaire (PPP-C) de penser et décider de toutes les actions éducatives autour de deux objectifs majeurs : 1) la recherche de la réussite des écoliers à tous les niveaux ; 2) une gouvernance nouvelle supportant ce premier objectif.

La réussite des écoliers passe par : 1) une prise en charge des écoliers durant les mois de vacances forcées (avril à août) à travers des activités éducatives, culturelles, sportives et d’encadrement psychosocial ; 2) la promotion en classe supérieure de tous les enfants indistinctement de leurs institutions scolaires d’appartenance, sauf pour les écoliers de la 9e année fondamentale et de la terminale qui subiraient les examens officiels à la fin du mois d’août ou début septembre ; 3) l’aménagement des écoles et salles de classe en espaces assurant la sécurité physique et sanitaire des écoliers et du personnel enseignant et administratif.

La nouvelle gouvernance implique 1) la réorganisation du curriculum en fonction de socles de compétences par cycles d’études ; 2) la programmation de l’année scolaire 2020-2021 de manière à ce que les écoles offrent jusqu’à 120 jours de classe permettant aux écoliers de maitriser les socles de compétences réorganisés ; 3) la préparation du personnel éducatif à ces nouvelles dispositions par l’organisation d’un dispositif de formation durant l’été et continue pendant l’année combinée avec un suivi rapproché des écoles ; 4) de confier aux structures locales de partenariat (CME à mettre en place) la gestion rapprochée du calendrier scolaire en coopération entre écoles, enseignants et familles ; et enfin, 5) cette nouvelle forme de gouvernance devrait faciliter la transition vers un cursus de 12 années de scolarisation.

Il s’agirait certainement d’une réforme du rythme scolaire à repenser afin d’offrir les conditions essentielles favorables à l’apprentissage, poursuivant un seul et unique objectif pédagogique : la réussite des écoliers de l’école fondamentale et du secondaire. Dans cette perspective, par exemple, les enseignants devront apprendre plus à « évaluer » les acquisitions de compétences en vue d’aider les écoliers à les maitriser progressivement et stimuler la réussite, plutôt qu’à noter leurs réponses pour sanctionner par une note finale !

De plus ce calendrier devrait pouvoir tenir compte des écoles ayant choisi et pu travailler malgré les situations subies durant l’année 2019-2020 par la majorité. Le suivi et la veille académique qu’une telle mesure exige doivent coïncider à une mise en place progressive des commissions municipales d’éducation (CME), seule structure capable de l’assurer.

Reprise de l’année scolaire 2019-2020 ou activités éducatives, culturelles, sportives

Nous avons vu plus haut qu’il était impensable et impossible de rouvrir les écoles avant le mois d’août ou de septembre prochain. Toutefois, les enfants haïtiens vivent depuis le mois de septembre 2019, au moins, une suite de situations de stress pour lesquelles il leur faut de l’aide psychologique. Tout au moins, il leur faudrait des activités éducatives, culturelles, sportives et psychosociales susceptibles de les aider à meubler leur temps durant ces longues périodes d’inaction. En effet, ces longs mois d’inactivité risquent de se transformer pour certains en conduites douteuses qu’il convient de prévenir dans la mesure du possible et surtout pour les groupes les plus vulnérables dans certains quartiers et zones d’habitation en particulier. Une longue période hors de l’école et la perspective démotivante d’être obligé de reprendre une année scolaire peut inciter de nombreux jeunes à abandonner les études en ne retournant pas à l’école ou encore, à la moindre difficulté au cours de cette nouvelle année, d’abandonner l’école pour toujours.

Comme le note l’UNESCO : « Dans les pays touchés par les crises, le risque de ne pas aller à l’école est deux fois plus élevé que chez les enfants vivant dans d’autres pays. » (2020b) C’est dans cette optique qu’il faut orienter toutes les actions de réponse à la situation engendrée par les trois (3) grandes crises identifiées au début (Peyilòk, kidnapping puis COVID-19). Elles doivent donc impérativement s’adresser à un nombre et pourcentage important des jeunes écoliers dans les zones les plus vulnérables, de manière à assurer que le système éducatif haïtien devienne « plus résilients et plus réactifs aux conflits, aux troubles sociaux et aux risques naturels – et de faire en sorte que l’éducation continue à fonctionner dans les situations d’urgence, pendant les conflits et dans les périodes qui leur succèdent. » (UNESCOb, 2020) Enfin, toutes les actions en réponse aux défis créés par la pandémie doivent veiller, de manière vigoureuse, à offrir des solutions équitables pour la majorité des écoliers plutôt que de creuser le fossé entre les catégories d’enfants en les adressant à des minorités.

Ce sont toutes ces raisons qui poussent le PROC-19, à travers son projet ÉCHO 2030 à proposer au ministère de l’Éducation et au PME de confirmer leur option en faveur d’un fort partenariat public privé communautaire (PPP-C) de manière à renforcer le système éducatif haïtien en ce temps de crises multiples, « dans le but de faire parvenir aux enfants et à leurs familles des messages susceptibles de sauver des vies ; de protéger les enfants et les jeunes contre les attaques, la maltraitance et l'exploitation ; de renforcer la construction de la paix ; et d’offrir aux enfants une sécurité physique et psychologique. » (UNESCOb, 2020)

Il est donc proposé au MENFP de voir à organiser avec ses partenaires sur le terrain des « camps d’été » offrant aux jeunes, même pour une courte période (2 à 3 semaines par camps) des activités éducatives, culturelles, sportives et psychosociales rassembleuses tout en leur transmettant les règles d’hygiène susceptibles de les protéger contre la propagation du virus. Dans un tel cadre, les plateformes numériques conjuguées aux autres interventions à distance du ministère et des autres partenaires pourraient être avantageusement orientées, dans un premier temps, pour aider les écoliers des classes d’examens de 9e année et de la terminale, mais aussi, dans un deuxième temps, sous une forme expérimentale pour tous les autres écoliers pendant les camps et plus tard lors de la réouverture des classes à l’automne.

Charles Tardieu, Ph.D.
Pétion-Ville, mai 2020

20). La réponse du PME au COVID-19, 20 avril 2020, [En ligne] : https://www.globalpartnership.org/fr/blog/reponse-du-secteur-de-leducation-au-covid-19-aucun-pays-et-aucun-acteur-ne-peut-agir-seul.

UNESCO. (2020a). L’éducation dans les situations d’urgence, [En ligne] : https://fr.unesco.org/themes/leducation-situations-durgence.

MENFP. (2019). Direction de la Planification et de la Coopération Externe, 11 décembre 2019.
PME, ibid.

France, Ministère de l'Éducation nationale. (2013). Réforme des rythmes scolaires, [En ligne] : https://sites.google.com/site/reformesdeleducationnationale/reformes-apres-2000/2013-reforme-des-rythmes-scolaires.

La France avec 162 jours et la Lithuanie 160 sont parmi les pays qui affichent le moins de jours de classe au niveau international.

Radio-Canada international, (2020). 10 avril 2020, [En ligne] : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1692773/port-masque-coree-du-sud-coronavirus-covid-19
MENFP-DPCE. (s.d.). Recensement scolaire 2010-2011, Présentation des résultats.

Derrac, Louis. (2020). Les injonctions de la continuité pédagogique selon les pays : Voir à ce sujet les cas du Québec, de la France, de l’Allemagne, des États Unis, de la Belgique francophone, de la Suisse notamment.

Nous reviendrons dans le prochain article sur ces deux notions évaluation et notation dont la différence est capitale dans une approche visant, d’abord et avant tout, la réussite de tous les écoliers.

UNESCO. (2020b). L’éducation dans les situations d’urgence, [En ligne] : https://fr.unesco.org/themes/leducation-situations-durgence.

ibid.

ibid.




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