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Haïti a besoin d’un monument en hommage aux personnes disparues !

Haïti a besoin d’un monument en hommage aux personnes disparues !



Distance sociale, depuis plus de deux siècles, les familles des personnes disparues sont restées pratiquement orphelines dans l’histoire d’Haïti. À défaut d’avoir les nouvelles de leurs proches encore en vie, ou les restes de ces derniers, encore moins pour trouver justice, ces parents n’ont que les larmes et la prière, les images et d’autres souvenirs, la désolation et le silence comme refuge pour crier et demander secours.

Dans toute l’histoire du pays, des personnes ont été certainement torturées et/ou tuer, d’autres sont inscrites dans la liste des victimes de maladies, des accidents, de la migration, des naufrages de boat-people, des incendies, des catastrophes naturelles, des crises sociopolitiques de toutes sortes (coups d’État, massacres, manifestations, tortures, assassinats, etc.), jusqu'à en bénéficier au moins des adieux ou d’un deuil, des funérailles et d’un dernier hommage de leurs proches et parents.

Derrière les souvenirs de ces mortels beaucoup plus chanceux, il faudrait retenir les personnes qui sont tout simplement portées disparues, qui ne sont jamais rentrées chez elles, et dont les familles n’ont pas pu trouver leurs corps. Comment dénombrer en Haïti l’ensemble des personnes disparues dans toute l’histoire de ce pays de marrons ? Qui sont-elles et comment classer ces vies brusquement et totalement détachées de la réalité sans laisser de traces ? Pourquoi ériger un musée ou un monument pour honorer la mémoire de ces êtres portés disparus qui ne reviendront peut-être plus jamais ?

Dix ans après le séisme, il faudrait détacher du lot de l’ensemble des victimes, les personnes tout simplement disparues. La République d’Haïti, dans un devoir de mémoire et un souci d’assister les milliers de familles qui portent des décennies après les douloureux souvenirs de leurs proches disparus, a pour devoir d’investir dans l’aménagement d’un monument qui portera le nom de l’être haïtien disparu.

De la nécessité d’inscrire une journée nationale en hommage aux personnes disparues en Haïti, dans un souci de rendre un digne hommage à ces personnes (individus ou groupes) sauvagement, accidentellement, violemment, mystiquement détachées de leurs familles, sans laisser de traces ou pour donner signe de vie à leurs familles, pour un éventuel retour à la maison dans un futur qui ne viendra peut-être jamais.

De quoi sera fait ce monument dédié en hommage aux personnes disparues en Haïti ? De bétons et de fer, de marbre et de céramique, de terre et d’eau, de feu et de l’air, de bougie et d’écriture, de photos et des souvenirs, qui seront déposés au pied de la tour, sur une table ou sur un autel qui accueillera des centaines de bouquets de fleurs à chaque saison.

De A à Z, et dans les quatre directions, ce monument circulaire qui inclurait les figures basiques de l’univers permettrait à travers des miroirs installés autour des pylônes de traverser l’ombre des disparus et les représentations croisées de leurs proches qui se déplacent sur le site pour rendre un dernier hommage.

Décor des plus somptueux pour servir de reposoir à l’âme des disparus, comme pour tout mémorial, ce monument en tant que véritable espace de pèlerinage, porterait les marques scientifiques et les empreintes esthétiques et le souffle symbolique, de nombreux professionnels tels : les artistes plasticiens haïtiens, les décorateurs et les architectes, les psychologues, les anthropologues et les mystiques de familles ésotériques diverses. Ces hommes et ces femmes qui représentent parmi les véritables gardiens du temple, seraient tous invités à participer dans cet hommage national envers les disparus et en soutien aux familles orphelines de leurs proches.

De « Caonabo, qui disparu en mer avec le bateau qui le portait », comme le premier et plus célèbre des disparus politiques, en passant par toutes les autres personnes (des célébrités comme des anonymes), que des familles pleurent encore, pour inscrire sur les murs du monument, les noms des victimes disparues de chaque régime politique, toutes les familles d’ici et d’ailleurs, celles qui se sont exilées avant, pendant et après la disparition de leurs proches allaient se retrouver dans ce monument national.

Des dizaines, des centaines et des milliers de familles en Haïti, continuent de faire le deuil de leurs proches disparus dans les couloirs de Fort-Dimanche, comme parmi d’autres sites macabres, ces hauts lieux qui ont dominé les heures sombres durant la dictature des Duvalier. On retiendra les proches de la famille Benoit, parmi tant d’autres, qui continuent de réclamer justice. À chaque coup d’État comme après certaines manifestations, durant les fêtes de fin d’années ou pendant les festivités carnavalesques, les disparitions sont monnaies courantes dans certaines villes et à certaines époques. À quand le livre blanc des personnes disparues en Haïti ?

Des noms parmi les plus célèbres reviennent souvent dans la mémoire collective. De Charlot Jaquelin (père), en passant par Félix Lamy, Lovinzky Pierre Antoine, Evinx Daniel, des enfants disparues dans les hôpitaux, des jeunes qui laissent leurs maisons et qui ne sont jamais revenus comme ce fut le cas en mars 2018, du photojournaliste Vladjimir Legagneur, entre autres.

Date de départ, date du dernier aller sans un possible retour, et depuis lors, cette journée s’est imposée tristement dans la mémoire de chaque famille, de ces familles qui ne peuvent pas boucler ce deuil à force que le doute persiste sur les circonstances et le silence.

Dans l’intimité des souvenirs et le silence qui accompagnent les soupirs des parents qui n’ont pas vu grandir leurs enfants portés disparus dans l’espace haïtien, l’aménagement de cette place publique avec une tour suspendue, un arbre géant, où chaque branche représenterait les familles en deuil perpétuel.

Devant l’absence des parents ou d’un membre de la famille qui n’est jamais revenu, les enfants qui grandissent avec ce vide émotionnel, maternel ou paternel, trouveraient un endroit pour déposer une fleur, allumer une bougie, interpeller devant une image la mémoire, le pouvoir et la protection de leurs proches.

D’un monument destiné à calmer la souffrance de ces familles dans un deuil éternel pour leurs proches, et le duel constant durant toute l’année, avec les souvenirs laissés par leurs proches disparus, les élites, les dirigeants et les collectivités territoriales, dans la liste des nouveaux monuments à ériger dans l’espace haïtien n’ont pratiquement rien à perdre, mais tout à gagner en choisissant de s’investir dans une telle démarche. En guise de devoir de mémoire aux disparus et d’assistance psychosociale aux dizaines, centaines et milliers de familles détachées et désespérées.

Dans l’impossibilité de rendre justice à ces familles en pleur et sans pouvoir faire le deuil. Dans l’incapacité des institutions régaliennes d’aboutir dans les éternelles enquêtes sans suite, de retrouver les traces ou de restituer les corps de ces citoyens et citoyennes perdus sur le sol ou le territoire maritime national, l’aménagement de ce monument parait comme l’une des dettes des dirigeants haïtiens envers les familles haïtiennes dans toute l’histoire nationale.

Dominique Domerçant




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