S'identifier Contact Avis
 
25° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video

Impacts de la saison cyclonique et de la COVID-19 sur le déplacement de la population du pays

Impacts de la saison cyclonique et de la COVID-19 sur le déplacement de la population du pays



Dans l'histoire de la migration internationale, il existe plusieurs causes pouvant être à la base des déplacements des personnes. Ces causes peuvent être d'ordre politique, naturel et autres. Par exemple, dans plusieurs pays, la guerre est considérée comme une des causes de la mobilité des gens. Les causes d'ordre politique jouent également un rôle assez intéressant dans la mobilité des habitants. Si nous prenons le cas des jeunes intellectuels haïtiens qui quittaient Haïti sous les pressions du régime de François Duvalier pour migrer vers les États-Unis (New York), nous pouvons constater que l'espace répulsif (Haïti) a été le grand perdant au profit de l'espace d'accueil à savoir les États-Unis d'Amérique (Georges Eddy Lucien, 2015). D'où, l'on peut parler du phénomène "Brain drain". Au fait, il n'y a pas que ces causes précitées qui ont provoqué de grandes vagues migratoires à travers le monde.

Il en est de même pour les catastrophes naturelles comme: la sécheresse, elle a causé le déplacement de beaucoup de personnes dans plusieurs pays de l'Afrique de l'Ouest; les épidémies; les tremblements de terre (cas de Port-au-Prince, 12 janvier 2010) et les cyclones (Cas des Gonaïves en 2004 et 2008). En Haïti, depuis des décennies, nous assistons à travers plusieurs endroits de forts déplacements. Comme nous venons de mentionner plus haut certaines causes majeures de la mobilité des personnes à travers les territoires, mais dans le contexte actuel où la pandémie COVID-19 commence à s'étendre à travers tout le territoire national, on peut bien la considérer comme étant la récente cause de déplacement des gens vers d'autres paysages du pays.

Déplacement et installation des gens dans d'autres espaces en Haïti

Le séisme du 12 janvier 2010 a joué un rôle important dans le déplacement de la population de la ville de Port-au-Prince vers ses périphéries (Canaan, Cité Soleil,...). Les habitants se trouvaient dans l'obligation de quitter l'espace d'avant pour se rendre vers un espace d'accueil plus prometteur après ce séisme. Mais tout cela se fait accompagner tout d'une congruence de conséquences. À Croix-des-Bouquets par exemple, on observe une nouvelle forme d'urbanisation, les gens utilisent les espaces réservés à l'agriculture pour construire des maisons. Il faut souligner que ce sont des constructions anarchiques qui pourraient causer beaucoup plus de dégâts que le séisme du 12 janvier 2010 dans les années à venir. Toujours dans le contexte de déplacement des gens, tel est le même scénario pour les gens de la ville des Gonaïves après le passage des cyclones de 2004 et 2008: Jeanne, Gustave, Fay, Hannah et Ike. La population de la ville devait se rendre dans les zones périphériques telles que: Morne Blanc, Bienac, Praville et Bois d'Homme. Les gens qui habitaient la ville se trouvaient déjà dans une situation de vulnérabilité avant le passage des cyclones, en arrivant dans les zones périphériques il semblerait que le niveau de leur vulnérabilité soit augmenté à cause du manque des services sociaux de base. Ce qui va pousser ces mêmes personnes à pratiquer une nouvelle forme de mobilité (mobilité pendulaire), dans le but d'entreprendre leurs activités socio-économiques. Ces gens quittent leur zone quotidiennement pour se rendre en ville en vue de fonctionner. De ce fait, ils donnent à leur lieu d'habitation une fonction d'espace-dortoir.

Il faut noter que, lors des déplacements post-catastrophes de ces personnes, en arrivant sur le territoire d'accueil, les gens ne trouvent pas d'infrastructures et de services sociaux de base qui ont été disponibles à travers l'espace. On peut citer le cas du Camp d'hébergement de Delmas 33 (Kensy Bien-Aimé, 2016) et celui du village Jérusalem de Morne Blanc aux Gonaïves.

De prime à bord, en ce qui a trait à la mobilité en temps de catastrophes, on doit préciser que cela peut être effectuée en trois moments: avant, pendant et après les catastrophes.

COVID-19 et la saison cyclonique

Au fait, depuis des mois, nous assistons à une montée en puissance d'une pandémie (COVID-19). Cette situation ne fait qu'aggraver à longueur de journée. Il n'est ni question de pays du Nord ni ceux du Sud. Et jusqu'à date, aucun vaccin n'est encore trouvé pour l'éradication de cette pandémie qui sème la panique un peu partout. D'après les autorités mondiales surtout celles de notre pays, la meilleure chose à faire pour l'instant pour ralentir la propagation de la COVID-19 n'est autre que le respect du confinement. Mais par contre, dans quelques jours, soit le 1er juin prochain, ce sera le début de la saison cyclonique. Nous sommes dans une région géographique qui est exposée aux cyclones. Le cas d'Haïti est pareil à celui des pays d'Asie du Sud-Est qui connaissent chaque année plusieurs typhons. Nous sommes très vulnérables lors des saisons cycloniques. Nous avons l'habitude d'enregistrer beaucoup de pertes. Les maisons mal construites sont exposées. Les égouts sont bouchés à cause de la non-mise en place des programmes d'assainissement à travers les villes. Il n'y a pas non plus de travaux spécifiques qui se font dans nos bassins versants. Au fait, malgré qu'il n'y a pas encore des recherches approfondies qui sont effectuées sur la question du rapport existant entre la propagation de la COVID-19 et le climat, ceci n'empêche pas que plusieurs scientifiques pensent que le virus pourrait être plus propagé lors de la saison cyclonique. A cet effet, il faut se demander: comment sera la situation de la population locale face à la COVID-19 pendant la saison cyclonique?

Prochaine saison cyclonique, contribution à l'augmentation des cas de COVID-19?

Comme nous l'avons susmentionné, une épidémie peut être la cause de déplacement des gens vers d'autres zones. En Haïti, ce que nous sommes en train d'observer, c'est que d'une part, beaucoup de personnes commencent à quitter la capitale pour se rendre dans les villes de province et d'autre part, le centre-ville des provinces pour aller vers les périphéries ou les espaces ruraux (moment pendant de la pandémie). Tout cela est fait dans le but de respecter le confinement.

Il est vrai que la vague des personnes en déplacement à cause de cette pandémie n'est pas trop significative par rapport à certaines vagues causées par d'autres catastrophes comme les cyclones, mais ce qui est crucial, c'est le rôle de cette pandémie sur la mobilité de ces personnes. Des gens qui cherchent des endroits de sûreté, afin de s'abriter contre ce virus.

Si dans un premier temps, la COVID-19 est considérée comme l'élément causal du déplacement des gens vers les provinces et les zones périphériques des villes, en si peu de temps, cette saison cyclonique qui se fera accompagner d'une quinzaine de dépressions, 8 ouragans dont 3 majeurs selon trois instituts météorologiques américains, jouera un rôle beaucoup plus important dans une autre vague de mobilité des gens vers les espaces précités.

De ce fait, lors de la venue des cyclones, les fortes averses et les vents pourront provoquer d'énormes dégâts tant au niveau humain que matériel. De là, les populations habitant les zones inondables seront en droit de trouver des abris provisoires.
Face à une telle situation, l'État ne sera pas en mesure de contrôler le rythme de la propagation du virus auprès de ces personnes abritées.

Du confinement au sein d'un abri où le principe d'un mètre cinquante ne sera pas respecté? En tout cas, le gouvernement vient de publier un décret où il est mentionné dans l'article 6 qu'il ne peut pas y avoir des rassemblements de plus de 5 personnes. Comment est-ce que l'État procédera-t-il face à une situation pareille pendant la saison cyclonique?

On n'a qu'à observer l'évolution des choses. Mais, si les autorités du Ministère de la Santé publique et de la Population et celles du Système de Gestion des Risques et des Désastres ne trouvent pas sous peu une meilleure formule pouvant éviter ce qui pourrait se passer avec la propagation de la COVID-19 lors de la saison cyclonique, on enregistrera beaucoup plus de cas infectés à travers tout le pays.

En effet, les cyclones et les épidémies sont deux phénomènes qui savent jouer leur rôle dans le processus de déplacement de la population vers d'autres zones soit avant, pendant et après les catastrophes. Cependant, lors d'une saison cyclonique, quand une épidémie fait son tremplin surtout dans un pays comme Haïti qui ne possède pas les infrastructures nécessaires, cela pourrait être beaucoup plus désastreux. On fera face à une augmentation du niveau de vulnérabilité de la population haïtienne dans les jours à venir.

Manoël MILFORT,
Étudiant finissant en Géographie à l'IERAH




Articles connexes


Afficher plus [3849]