S'identifier Contact Avis
 
31° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video

Les Haïtiens ont-ils raison de se ruer sur l’armoise ?

Les Haïtiens ont-ils raison de se ruer sur l’armoise ?



Depuis que le Président du Madagascar a enflammé le monde en lançant son fameux « médicament-miracle », le Covid-Organics, à base d’armoise à 62%, qui guérirait du Covid-19, les Haïtiens sont tombés sous le charme des feuilles de cette plante herbacée. Brusquement, les prix de cette plante ont augmenté sur les marchés, alors que surtout à titre surtout préventif, les gens se l’arrachent un peu partout, croyant aveuglément que l’utilisation de cette plante les protègerait de la pandémie. Certaines personnes consomment au moins deux tasses de « thé » d’armoise par jour, souvent mélangée à d’autres plantes traditionnelles. Dans un pays qui a toujours privilégié le bouche-à-bouche et qui croit dur comme fer aux miracles, on comprend l’engouement des populations pour une plante jusque-là ignorée par la majorité de la population à l’exception des hougans qui s’en servent généralement comme antipoison.

Cependant, en tenant compte des savoirs sur cette plante ainsi que de la grande diversité des espèces d’armoise dans le monde, il faut se poser la question de savoir si nos compatriotes ont raison de se ruer sur les espèces d’armoise locale sur lesquelles aucune évidence n’a été établie ni sur les substances qu’elle contient ni sur les effets préventifs ou curatifs de ses feuilles contre la pandémie.

1 Qu’est-ce que c’est que l’armoise ou artémésine ?

1.1 D’où vient le nom armoise ou artémésine ?

Le mot artémésine remonte à l'Antiquité où la plante a été associée à la femme et à ses problèmes de santé. Il dérive du nom de la déesse grecque Artémis, (Diane chez les Romains) fille de Zeus et de la déesse Leto, à la fois déesse de la chasse et de la fécondité L’une de ses propriétés médicinales connues depuis l’Antiquité serait similaire aux actions bénéfiques apportées par cette divinité grecque, comme la facilitation de l'accouchement, le soulagement des femmes ayant des règles douloureuses et la régularisation du cycle menstruel.

1.2 Quid de la plante elle-même ?

L’armoise ou artémésine (en latin artemesia ou artemisia ou encore artemesis) possède plusieurs noms suivant l’espèce considérée. L’espèce la plus célèbre est l’artémésine annuelle ou artemisia annua.

Cette plante était connue des civilisations les plus anciennes et sans doute des peuples ayant vécu pendant la Préhistoire. L’armoise était utilisée comme remède d’abord par les Chinois et par les Egyptiens au moins dans le courant du 2e millénaire avant J.C, puis par les Grecs et les Romains pour le traitement des problèmes menstruels, des fièvres, également comme tonique et comme antiseptique.

Il existe de nombreuses autres espèces d’armoises comme l'absinthe ou le semen-contra, naturalisées en Haïti depuis longtemps.

En Europe, l’artemesis vulgaris L, l’espèce la plus connue, aussi appelée « herbe de feu », a été longtemps associée à des pratiques superstitieuses en l’honneur de Saint-Jean jusqu’au 16e siècle. D’après le Grand Albert (un célèbre livre de magie populaire édité au Moyen Age), celui qui portait toujours sur lui cette herbe ne devait point « craindre les mauvais esprits, ni le poison, ni l'eau, ni le feu et rien ne saurait lui nuire ».

Dans le cas de l’artemisia annua, on sait qu’il est très important de faire sécher les feuilles à l'abri du soleil pendant deux à trois jours, pour conserver la matière active de l’armoise à laquelle les Chinois avaient donné le nom d’artémésinine quand il l’ont découverte en 1972, en pleine guerre du Vietnam, ce qui avait contribué à soulager les Vietnamiens du paludisme alors que les Américains en mouraient en grande quantité. Après le séchage, les feuilles et les jeunes tiges sont transformées en poudre, à mélanger avec de l’eau comme préventif et comme curatif contre la malaria. Les études observationnelles prouvent d’ailleurs une meilleure efficacité de la poudre que la tisane ou décoction.

L’armoise est également connue pour des usages culinaires, certaines espèces étant surtout employées comme condiments surtout la variété artemisia dracunculus ou estragon pour parfumer les viandes, les poissons gras et aromatiser certains plats, dont la lasagne et certaines sauces. Enfin, une autre variété entre dans la composition des liqueurs.

On en fait aussi des huiles essentielles par distillation de ses feuilles et de ses tiges qui sont utilisées pour ses multiples propriétés médicales. En raison des risques liés à son utilisation, l’huile essentielle d’armoise se vend exclusivement en pharmacie dans certains pays.

2. La ruée sur l’armoise en Haïti

La ruée sur l’armoise est indéniable dans le pays depuis l’apparition du Covid-19. L’armoise se vend cher dans les marchés ainsi que dans les rues, les vendeurs n’hésitant pas à demander 100 gourdes pour une toute petite botte de feuilles de cette plante.
2.1 L’utilisation de l’armoise en Haïti

D’après une étude publiée en 2016 par Georges Valmé, l’armoise est utilisée traditionnellement par les « hougans » en Haïti pour traiter « les coups de poudre » ou empoisonnements.

En plus de ses propriétés connues depuis l’Antiquité, l’armoise serait également employée en Haïti d’après cet auteur pour le traitement de nombreuses autres maladies en raison de ses actions antifongiques, antiparasitaires et antibactériennes ainsi que comme diurétique dans le cas de l’hypertension artérielle.

L’étude avait attiré l’attention sur les risques associés à la prise non contrôlée de l’armoise qui peut causer des irritations gastriques et intestinales, voire une intoxication et sur les interférences médicamenteuses avec les anti-inflammatoires.
2.2 A la recherche de la bonne armoise

Puisque les Haïtiens se ruent aveuglément sur l’armoise, il faut se poser la question de savoir s’ils ne sont pas en train de faire fausse route en consommant cette plante à tout va.

Le 27 mai dernier, l’agronome Maxo Noel, spécialiste en santé naturelle, avait mis les compatriotes en garde contre l’utilisation à l’aveugle des armoises existant en Haïti, qui sont différentes de l’espèce d’armoise utilisée à Madagascar, qui est bien étudiée alors que chez nous les espèces d’armoise contiennent des substances toxiques non encore identifiées susceptibles d’entrainer la mort des consommateurs.

En résumé, le spécialiste en phytothérapie avait invité la population haïtienne à une grande prudence sur l’utilisation abusive et inappropriée de l’armoise ainsi que de l’aloès (lalwa) qui sont considérées comme des médicaments miracles en Haïti.

Conclusion

Cette étude avait pour objectif d’attirer l’attention de nos compatriotes sur les risques associés à l’utilisation à l’aveugle des espèces d’armoise qui sont cultivées en Haïti, lesquelles n’ont jamais fait l’objet d’étude en termes de leur composition biochimique ainsi que de leur efficacité contre le Covid-19. Comme les espèces connues en Haïti n’ont rien à voir avec celle pour laquelle le président du Madagascar a fait le marketing depuis le 20 avril dernier, l’artemisia annua, il est essentiel d’inviter les populations à se méfier de la consommation abusive et incontrôlée d’une substance inconnue qui peut leur causer beaucoup de tort et même la mort.

Jean SAINT-VIL
jeanssaint_vil@yahoo.fr




Articles connexes


Afficher plus [3872]