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COVID-19, Haïti : De la nécessité de donner place à la parole scientifique

COVID-19, Haïti : De la nécessité de donner place à la parole scientifique



Le nouveau coronavirus et les dégâts liés à sa progression cheminent dans les pays depuis tantôt cinq mois dans un monde troublé et bouleversé par l’incertitude et l’arrivée d’une alternative qui traine à faire surface. La bombe éclata à Wuhan en Chine en décembre 2019 et il n’a fallu que de deux mois pour que la pandémie signe son statut. Le monde est alors face à un réel défi en termes de connaissance, de moyens de riposte et surtout d’adaptation. Les manifestations culturelles, sportives au même titre que le monde des affaires sont à genoux.

En Haïti, depuis tantôt deux mois, le gouvernement a décrété l’état d’urgence sanitaire suite à la découverte de deux cas de covid-19 sur le sol haïtien. Nulle surprise, le paysage de la pandémie possède son propre décor. Les autorités sanitaires, la société civile, les sociétés savantes doivent s’impliquer, à défaut de laisser à la nature le privilège de combler lui-même le vide. Si les rôles feignent d’être remplis en Haïti, le modèle adopté affiche clairement ses trop grandes failles. Tout le monde parle de tout, la covid-19 a comme engendré des experts dans un délai record. On invente tout, on publie tout et pire on en consomme. On ne maitrise rien, on se situe partout et nulle part, la parole de l’autorité se fait décimer dans le doute, l’ignorance et la méfiance de la population. La parole scientifique tente avec peine d’imposer sa clairvoyance et son objectivité, seules pouvant frayer un chemin, offrir une lueur d’espoir.

La parole de science en temps de crise doit nécessairement bénéficier de sa juste valeur. Elle doit être le repère de la production, l’adaptation et la diffusion de l’information. Ne serait-il pas intelligent de jurer allégeance à sa rigueur, ses canevas et ses méthodes en toute initiative relative à une réaction à l’épidémie qui continue de prendre chair en Haïti ?
À l’instar du psychanalyste français Pierre Legendre qui trouva contradictoire et contraire à l’esprit scientifique que les sciences s’érigent en instance domoticienne de fait, cette réflexion propose d’insérer la parole scientifique dans sa vraie position dans le puzzle.

Les prévisions de la commission scientifique pour la Covid-19 en Haïti ont été accueillies comme un complot, des méchancetés et même comme un discours ridicule et politique. Ces prévisions qui sont censées être bâties dans un schéma scientifique, portées par un homme de science dans un poste technique n’ont pas pu éviter le rituel d’une population affamée, apeurée, en colère et sévissant dans l’incertitude depuis des lustres. Il est donc nécessaire non seulement de souscrire la production d’une information à des méthodes scientifiques, mais aussi considérer sa diffusion dans ce même registre sans omettre la réalité des réseaux sociaux où toute parole est sujette à des influences, des mésinterprétations les unes plus déconcertantes que d’autres.

Quand il s’agira de se prononcer sur la crise sanitaire, s’offrir ou se référer à des analyses scientifiques bien ancrées dans leurs domaines peut être une bonne entreprise. Le communicateur, le sociologue, le médecin, le technicien en politique devraient pouvoir gravir l’estrade au moment opportun. Il est salvateur de fuir la banalité en temps de crise.

Si on pouvait se permettre de ne pas réfléchir en temps normal, de ne pas évaluer ses prises de décisions, en temps de crise une reconsidération s’impose. Répétons Claude Bernard dans ses mots si équilibrés : la vérité scientifique sera toujours plus belle que les créations de notre imagination et que les illusions de notre ignorance. Nous pouvons aussi apprécier l’austérité d’Aimé Césaire : la vérité scientifique a pour signe la cohérence et l’efficacité, la vérité poétique a pour signe la beauté.

On n’est pas en poésie et nous n’avons non plus le droit d’être ignorant, on est censé atteindre le pic de l’épidémie, le confinement est prolongé pour deux autres mois en Haïti, les cas augmentent, les décès les suivent et le ratio est inquiétant, les rares hôpitaux pouvant se doter d’un moyen de réponse sont à bout de leur capacité, il est encore temps de se reprendre, on peut cette fois-ci jouer un tour au ridicule en faisant place à la parole scientifique.

B. Charlemagne Charlorin




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