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PNH 25 ans d’émotions : les policiers haïtiens entre l’espoir, la peur et l’humiliation !

PNH 25 ans d’émotions : les policiers haïtiens entre l’espoir, la peur et l’humiliation !



Dominique Moïsi, un célèbre auteur contemporain nous a présenté dans son ouvrage à succès : « La géopolitique de l’émotion », les trois principales émotions qui dominent la mondialisation en cours, en dehors des pays et sociétés inclassables. Il rappelle que l’Europe et les États-Unis vivent depuis le 11 septembre en particulier une culture de la peur. Le monde Arabe, en dehors des rivalités internes vivent une culture de la l’humiliation, tandis que la Chine, l’Inde et les autres dragons économiques de l’Asie sont traversés par une culture de l’espoir. Ceci, bien avant la crise du Coronavirus qui va dans un certain sens redéfinir les cartes de la géopolitique planétaire.

Dans notre présent exercice ethnographique, traversé par une approche psychologique pour marquer la célébration des 300 mois d’existence de la Police nationale d’Haïti (PNH), créée le 12 juin 1995, les témoignages obtenus et les observations réalisées sur les agents et leurs comportements, l’environnement de travail (fixe et mobile) des policiers, les faits marquants et le fonctionnement en permanence de la PNH nous autorisent à adopter ou à adapter la théorie relative à ces trois principales émotions retenues par Dominique Moïse, dans la réalité des policiers haïtiens.

Depuis la fondation de la PNH en 1995, au lendemain même du retour du président Jean-Bertrand Aristide, ces trois émotions étaient encore présentes tant dans le contexte géopolitique de l’occupation américaine, que dans la nouvelle dynamique politique et institutionnelle du retour à l’ordre constitutionnel.

De l’orgueil dessalinien et de la dignité de Charlemagne Péralte, et de l’ensemble des corps et des soldats des Forces armées d’Haïti (FAD’H), tous humiliés. Devant la peur à tout prix de JBA et de ses proches exilés qui ne voulaient pas revivre un autre 29 septembre 1991, le renvoi des FAD’H représentait le seul espoir de ces derniers, mais aussi, un espoir pour les anciens militaires qui allaient être retenus pour créer la Police intérimaire, suivie de la PNH.

Des émotions comme l’espoir, la peur et l’humiliation qui continuent 25 ans après d’alimenter et d’animer les comportements des agents et les nombreux des faits qui dominent l’actualité policière haïtienne. Les dernières manifestations, teintées de revendications et de sanctions sociales imposées par des groupes se réclamant de la PNH, confirment bien quelques comportements émotionnels de la part de certains agents portant des masques ou à visage découvert. Ce n’est pas l’agente Yanick Joseph qui nous dira le contraire, dans des moments plus calmes et réfléchis !

De l’espoir, domine pratiquement l’ensemble des démarches des jeunes pour intégrer les rangs de la PNH. De la peur nourrit l’environnement des policiers haïtiens une fois sortis de l’académie, par rapport aux lieux d’affectation les plus éloignés comme les plus dangereux, les sanctions disciplinaires et la mort qui fréquente en permanence et avec violence les plus sages comme les plus turbulents des agents. Enfin, de l’humiliation qui va finalement caractériser tant les traitements peu valorisants ou même misérables, parfois reçus par les policiers. (Les images sont là et laides) ; les comportements irrespectueux de certains ; et les dérives répétées des autres pour les multiples raisons administratives et économiques, sociales et politiques, juridiques et légales, éthiques et morales, etc.

Durant une formation pour les cadres, suivie en psychologie sociale en 2003, réalisée par l’École des en Éducation spécialisée et en accompagnement sociosanitaire, au cours de laquelle au moins une femme policière avait pris part, ainsi que le célèbre acteur feu Alix Labastille, le psychologue et professeur Jean Robert Chery, avait pris le soin de rappeler aux participants qu’il ne faut jamais laisser tomber une personne dans une situation de « Désespoir total ». Sinon tout était possible, et même l’inimaginable pourrait arriver.

De la culture de l’espoir pour intégrer la PNH !

Derrière la passion traversée par des milliers de jeunes écoliers, universitaires et professionnels haïtiens qui rêvaient de devenir « Chèf », « Kòmandan », avant de pratiquer le métier de policier professionnel, formé, responsable, discipliné et engagé à «Protéger et servir », il y a cette forme d’émotion positive qui incite et excite les jeunes haïtiens à se nourrir d’espoir.
Dans la tradition haïtienne, on entend souvent l’adage : « Lespwa fè viv ». Dans d’autres cultures on retiendra : « Même sans espoir, la lutte est encore un espoir.», « Ne perds jamais espoir, on ne sait pas ce que demain va apporter.».

De l’espoir à revendre, des citations qui traduisent si bien la réalité des jeunes Haïtiens qui trouvent dans l’intégration de l’Académie de police, un emploi, un gagne-pain, une passerelle, un levier pour atteindre d’autres objectifs pas toujours sains, une protection sociale et légale pour porter des armes, un symbole de fierté, un statut d’autorité jusqu'à s’autoproclamer « Kòmandan », un avantage comparatif par rapport aux autres agents de la fonction publique, un laisser passer pour outrepasser certaines lois et normes sociales, jusqu'à des dérives, comme rouler avec des véhicules sans plaque, vitres teintées sans autorisation, stationner n’importe où, en dehors de quelques autres faits rapportés dans la presse. Qui a dit que la nature a horreur du vide ?

De la peur dans le cœur de chaque policier en Haïti

De la peur au quotidien, qui traverse les familles des policiers haïtiens, en considérant le rythme parfois démesuré, des policiers qui tombent dans les rues. Samuel Ferdinand-Lo disait : « On obéit par peur, par devoir et par nécessité. ». Autant comprendre que ces familles ne pouvant offrir mieux à leurs enfants, n’avaient pas d’autres choix de les laisser partir à la boucherie, quand ce ne sont pas leurs enfants qui deviennent les bourreaux.

De la peur dans les camps des policiers haïtiens, c’est le cas de remonter aux actualités qui ont dominé toute l’évolution de l’institution, en passant par l’affaire de Carrefour Feuilles, avec le jugement et la condamnation de Coles Rameau et compagnons. Plusieurs autres crimes ou bavures allaient s’ajouter dans cette funeste et triste liste rouge de la PNH.

Des policiers en uniforme ou en civil sont régulièrement assassinés en Haïti au cours des dernières années (à consulter les rapports des organisations de défense des droits humains). Des policiers ont autant peur de tomber malades, certains parfois ont peur de rentrer dans leurs maisons pour rejoindre leurs familles, quand ces quartiers sont dominés par des groupes armés très puissants. Des policiers ont peur de porter l’uniforme pour ne pas se faire cibler inutilement.

De l’humiliation dans le quotidien des policiers haïtiens !

Derrière l’obligation de voir trouble, au lieu de perdre totalement la vue, la grille salariale des policiers par rapport à la cherté de la vie dans le pays, les conditions de travail souvent misérables qui ne font pas honneur à l’uniforme, les difficultés pour le policier haïtien de mener une vie décente et de s’occuper de ses enfants, s’il ne mène pas plusieurs autres activités économiques parallèles, comme l’importation et la vente des voitures usagers, ou s’il ne démissionne pas tout simplement, ou ne se lancer pas dans des activités illégales, sont autant de raisons ou contraintes qui complètent le lot des humiliations dans le quotidien des policiers haïtiens.

Dualité souvent répétée entre les policiers qui arrêtent des criminels et les honorables juges et avocats des tribunaux qui ordonnent la libération des prévenus, s’ajoutent dans le décor dégradant les efforts et les sacrifices des professionnels de la PNH. Entre des jeux d’intérêt ou des rapports de force entre les agents (armés)des forces publiques et les grands décideurs (civils) qui font la loi ou font appliquer la loi dans le système judiciaire, « La raison du plus fort sera toujours la meilleure ».

Découragement, frustration, indignation, orgueil ou humiliation : Quel policier qui ne va pas se sentir humilier quand il faisait le même travail et beaucoup plus que celui des soldats ou policiers onusiens de la MINUSTHA, avec un salaire qui ne représente pas souvent même le quart de l’agent du salaire de ce dernier ? Quel policier exemplaire, qui ne se sentirait pas frustré, quand il pensait avoir le monopole de la violence sur le territoire national, après le départ des soldats de la MINUSTHA et même avec l’embryon des FAD’H, quand il constate que certains groupes armés dans le pays sont mieux équipés qu’eux, en dehors de certaines proximités et privilèges que ces derniers disposent ? Combien de policiers qui se croyaient privilégiés en bénéficiant d’un détachement avec un officiel, qui vont souvent se sentir humiliés et jaloux du personnel de protocole ou de simples invités aux rencontres, quand ces agents en poste passent parfois toute la journée sans aucune attention ou respect de cette autorité, qui ignore les besoins primaires du policier qui le protège, et font des largesses avec des belles ou d’autres barons ?

Durant les vingt-cinq dernières années, plusieurs policiers haïtiens de toutes les promotions confondues ont dû partir en laissant l’institution par dégout ou déception. D’autres ont du démissionner dans les normes, plusieurs autres ont été arrêtés dans des actes frauduleux et illégaux, comme dans le trafic de la drogue et certains sont transférés à la justice américaine. Certains se sont lancés dans la politique. Plusieurs autres sont morts surtout de maladies connues, mystérieuses ou mystiques. Des dizaines ont été assassinés pour des motifs divers, quand il ne s’agit pas de conflits ouverts, de règlements de compte internes, jusqu'à des affrontements entre frères d’armes, comme le dernier duel entre deux agents, rapporté il y a quelques semaines dans les nouvelles.

De l’espoir pour la population haïtienne, et des survivants de l’après 1986, avec la création de ce nouveau corps de police, qui ne voulaient pas revivre les mêmes horreurs, les tortures et les cicatrices laissées par les « Tontons Macoutes », les FAD’H, et associés, et pourtant, voit souvent de nouveaux nuages sombres de la peur recouvrir son ciel. Le simple fait de voir des policiers portés les mêmes anciens fusils rouillés des anciens militaires, en cagoule et sans matricule fait croire que la mort n’est pas trop loin, comme un traumatisme.

De la peur dans les rues et dans la vie des familles civiles, quand certains policiers viennent harceler jusqu'à frapper arbitrairement certains civils. Les violences policières sur des inconnus, des civils sans défense, des journalistes ou des avocats, lors des manifestations des organisations sociopolitiques ou des secteurs professionnels qui réclament souvent pacifiquement les mêmes conditions que les policiers syndiqués, et sans les moyens utilisés par le groupe « Fantôme 509 », ne font alimenter cette peur multicolore chez la population sans défense, et souvent livrée à elle-même face aux bandits.

De l’espoir souvent illusoire, en passant par la peur des policiers toutes les heures, surtout en ces temps de couvre-feu, qui ne reconnait pour les familles et les paisibles citoyens, aucune urgence dans des villes en majorité dépourvues d’ambulances, ils sont des dizaines de victimes, des centaines de familles, des milliers de personnes, qui sont aussi des proches d’autres policiers, qui se font régulièrement humiliés par des policiers haïtiens, dans les rues, dans les commissariats, dans les prisons, lors des fouilles, dans une forme de retour de l’ascenseur, ou de vengeance sociale.

De la nécessité de développer une nouvelle forme d’intelligence émotionnelle, sociale et collective au sein de la PNH, qui doit passer par une prise en compte des émotions comme la peur, l’humiliation et l’espoir qui dominent, dirigent et divisent l’ensemble des agents dans la chaine de commandement des différentes unités et entités, et dans la hiérarchie institutionnelle.

Dominique Domerçant




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