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Haïti en plein pic du Covid-19 ?

Haïti en plein pic du Covid-19 ?



Depuis l’annonce officielle des premiers cas de Covid-19 par les autorités le 19 mars 2020, règne une situation nouvelle en Haïti marquée par un ensemble de mesures édictées par le gouvernement, dont l’instauration de l’état d’urgence sanitaire et la recommandation d’un ensemble de mesures individuelles de protection pour réduire la chaine de transmission de la maladie. Si, au début, une certaine peur semblait régner chez une bonne partie de la population dont quelques-uns étaient « restés chez eux » et observaient quelques gestes barrière, on a constaté depuis la troisième semaine de mai un net relâchement général qui fait que tout semble aller à la normale, sauf la reprise des activités scolaires et des cérémonies religieuses. Entre temps, la maladie s’est propagée gravement au point que de bulletin en bulletin du ministère de la Santé publique et de la population, on enregistre quotidiennement depuis fin mai plus d’une centaine de nouveaux cas confirmés. Une progression en flèche qui pousse plus d’un à se poser la question de savoir quand va-t-on atteindre le pic de la pandémie chez nous avec l’espoir de la décrue et de la fin totale de la maladie.

Le but de l’étude qui suit sera de faire le point sur le niveau actuel de la situation épidémiologique d’Haïti où, de toute évidence, on note une accélération de la pandémie depuis plus d’un mois.

1. La notion de pic dans une courbe épidémiologique

La notion de pic est un indicateur important de l’évolution de la courbe épidémiologique d’une maladie contagieuse. Le pic correspond aux chiffres les plus élevés où la maladie a sévi tant en termes de contaminations que de décès. La connaissance du pic est fondée sur des statistiques rigoureuses des données compilées sur l’épidémie de manière quotidienne.

Après le pic survient une certaine stabilisation pendant un certain temps des impacts de la maladie (nouveaux cas, hospitalisation et décès) à laquelle est donné le nom de plateau.

En troisième lieu, on observe une décrue qui signifie la baisse des nouvelles contaminations et des nouveaux décès quotidiennement observés dans un pays.

La phase du pic est la phase la plus redoutée par tous ceux qui sont impliqués dans la gestion ou du suivi d’une épidémie.

Dans le cas du Covid-19, les scientifiques se sont évertués avec plus ou moins de bonheur à tenter de prédire à travers des modèles mathématiques l'évolution de la propagation du coronavirus. Mais, ils ont été presque tous dépassés par les évènements, la maladie étant absolument nouvelle, soit, on en avait surestimé l’ampleur comme pour l’Afrique où l’OMS avait dit redouter un total de 83.000 à 190.000 décès et 29 à 44 millions d’infections en 2020. Soit, au contraire, on avait sous-estimé la dangerosité de la pandémie comme en Angleterre, au Brésil, en Suède et aux États-Unis.

2. Comment a évolué la pandémie jusque-là en Haïti?

2.1 Une évolution qui échappe à tout contrôle depuis le mois de mai

On sait que les deux premiers cas ont été annoncés le 19 mars et qu’au 14 juin nous sommes arrivés à 4 441 cas confirmés pour 9 049 cas suspects.

Tout le mois d’avril, on comptait moins d’une centaine de cas. Puis, on a franchi la barre des 100 cas le 5 mai. Le chiffre relevé au 5 mai avait doublé au cours des cinq jours suivants pour atteindre 209 cas le 10 mai. Puis, il a triplé au 14 mai, quadruplé au 16 mai, quintuplé au 18 mai. Au 25 mai, on avait franchi la barre des 1 000 cas, celle des 2 000 cas au 30 mai, des 3 000 cas au 5 juin, des 4 000 cas au 14 juin. Logiquement, le cap des 5 000 cas confirmés devrait être atteint vers la fin de cette semaine.

On sait qu’en raison de l’insuffisance cruelle des tests pratiqués la réalité devrait accuser au moins huit à dix fois le chiffre annoncé officiellement, sinon plus, comme l’avait dit le docteur Lauré Adrien le 12 mai dernier.

Le niveau d’infestation du pays par le nouveau coronavirus est donc sensiblement élevé, son évolution échappant à tout contrôle depuis le mois de mai. On ne sait rien du nombre exact des personnes infectées ni de celui des personnes décédées, encore moins de celui des personnes guéries.

Sur le plan territorial, depuis début mai, la maladie a étendu ses tentacules dans tous les départements géographiques du pays avec une concentration sur le département de l’Ouest, soit 79,3% des cas.

Si au 14 mai, on ne comptait que 38 communes affectées par la pandémie, un mois plus tard, soit le 14 juin, la maladie s’est invitée dans 89 communes, les plus affectées étant celles de Delmas (892 cas), de Port-au-Prince (829 cas), de Pétionville (565 cas) et de Tabarre (451 cas).

Quand on sait que les chiffres qui circulent n’expriment que des tendances, il y a lieu de s’inquiéter sérieusement par rapport à ce que l’on devine être la situation réelle : à savoir l’insuffisance des dépistages, la fuite des gens malades envers les centres de traitement et aussi les retours d’Haïtiens sans contrôle de la République dominicaine.

2.2 Les tendances profondes de la situation d’après les données disponibles

D’après les données disponibles, la pandémie affecte en Haïti surtout les groupes d’âge jeunes. En effet, la majorité des cas confirmés (31,4%) se recrute dans la tranche d’âge des 30-39 ans, soit 1 398 individus sur les 4 441 cas dépistés au 14 juin. Cette tranche est suivie de celle des 40-49 ans avec 876 malades, soit 19,7%. Au total, ces deux groupes cumulent 51% des personnes touchées par le Covid-19. Les 60 ans et plus ne totalisent que 579 individus, soit seulement 13% de l’effectif global des personnes impactées par la pandémie dans le pays.

En ce qui concerne la létalité liée au Covid-19, elle ne serait pas très élevée d’après les données officielles, soit 1,7% selon le bulletin émis par le ministère de la Santé publique et la population au 14 juin. Cependant, on doit se poser la question de savoir si les décès effectifs de ceux qui sont placés en quarantaine domiciliaire sont vraiment suivis tout comme il en est pour la question des individus guéris. Parallèlement, on sait qu’on ne peut comptabiliser la quantité des gens qui sont morts de « fièvre » ou de malaise respiratoire en dehors du système de santé. Il n’est pas impossible qu’à l’heure actuelle, plus de 200 personnes aient été déjà emportées par la pandémie dans le pays.

Comme dans tous les pays du monde, le taux de létalité est plus important pour les 70 ans et plus, soit 11,6%. Il tombe à 3% pour les 60-69 ans et devient insignifiant pour toutes les autres tranches d’âge. Par exemple, 0,3% chez les 30-39 ans qui sont, comme nous l’avons déjà signalé, le groupe le plus affecté par la pandémie.

Autre détail dans la structure de la létalité liée au Covid-19. D’après les graphiques publiés au 14 juin par le MSPP, on observerait une surmortalité féminine affirmée pour la tranche de 40-49 ans, soit deux fois plus de décès dans cette tranche pour les femmes que pour les hommes. On retrouve cette surmortalité féminine pour le groupe d’âge des 60-69 ans, mais la situation s’inverse légèrement à partir de 70 ans.

3. Peut-on prévoir la date du pic de la pandémie en Haïti ?

Depuis le mois de mai, plus d’un spécule sur la date du pic de la pandémie en Haïti. Et là, les avis divergent et se contredisent. Si l’on se base sur les modèles qui ont été mis au point dans les pays occidentaux, le pic devrait intervenir vers la troisième semaine du mois de mai, soit huit semaines après l’annonce des deux premiers cas.

Nous avons plus d’une fois souligné que ce modèle n’est pas valable pour les pays où les premières contaminations n’ont pas été nombreuses comme dans les pays à intense circulation humaine où il existe plusieurs cas zéro à la fois. Selon une étude de Harvard University, le virus circulerait déjà en Chine depuis le mois d’août 2019. L’Afrique qui semble n’avoir plus peur aura aussi son pic au cours de l’été. De même, la République dominicaine qui a déclaré son premier cas le 1er mars et qui est encore confrontée à une montée en puissance de la maladie n’a pas encore atteint le pic de la pandémie. Elle a même décidé au 12 juin de prolonger l’état d’urgence jusqu’au 27 juin retardant ainsi la réouverture de ses aéroports et la relance de plusieurs autres secteurs d’activité, dans le souci de protéger sa population contre l’accélération de la pandémie.

Certains vont même jusqu’à penser que le pic pour le Covid-19 en Haïti serait derrière nous, comme le directeur du département d'épidémiologie du laboratoire national qui a déclaré le lundi 15 juin au Centre d’informations permanentes sur le coronavirus que le pays aurait été déjà atteint le pic de la pandémie entre le 24 et le 30 mai, alors qu’il l’avait prévu « au cours de la 27e semaine épidémiologique », soit la dernière semaine du mois de juin, compte tenu du contexte haïtien caractérisé notamment par une vague de désinformation sans précédent par rapport à la maladie, qui pousse la population à se méfier des hôpitaux et des centres de traitement pour que les malades se fassent dépister du nouveau coronavirus, on est en droit de douter de la raison évoquée par le directeur du département d'épidémiologie du laboratoire national, qui a mis en avant ce qu’il appelle « une baisse de la fréquentation hospitalière » après la période du 24 au 30 mai. Nous pensons avant tout que, si baisse des présentations aux centres de dépistage il y a, c’est simplement en raison des effets de la vaste campagne de désinformation qui sévit aux dépens de la maladie. De plus en plus de gens se soignent ou croient pouvoir se soigner en utilisant les recettes locales. Les Haïtiens continuent d’ignorer et de minimiser la maladie, la réduisant à une simple fièvre et à une perte de goût et d’odorat qui passe au bout de quelques jours, alors qu’il y a sans doute un bon petit nombre d’anonymes qui passe et qui trépasse de temps en temps.

Conclusion

Au vu du contexte du Covid-19 en Haïti qui a déjà infecté 4 441 personnes et tué 76 de nos compatriotes au 14 juin 2020, selon les données officielles, il est selon nous délicat de fixer une période de pic pour la pandémie. Rien ne prouve à l’heure actuelle que le pic serait derrière nous. Face à la grave insuffisance des tests de dépistage et à la désinformation de la population qui ne veut pas se faire dépister même en cas de fièvre, le comportement le plus sage de tout un chacun est de continuer à observer l’évolution de la maladie. Ce n’est que bien de temps après que l’on pourra parler de pic. Se rappeler qu’en termes de gestion de la pandémie, Haïti ne saurait ressembler en aucun point aux autres pays mieux équipés pour gérer cette maladie.

Jean SAINT-VIL
jeanssaint_vil@yahoo.fr




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